L’intelligence artificielle générative a d’abord été perçue comme un outil de rédaction, de synthèse ou de recherche. VivaTech 2026 montre que le débat s’est déplacé. Les agents IA ne se limitent plus à répondre à une question ou à produire un contenu à partir d’une instruction. Ils commencent à prendre en charge des séquences de travail plus longues, à coordonner des actions, à interagir avec plusieurs systèmes et à soutenir des décisions dans des environnements professionnels complexes.
C’est tout l’objet de la session « Sounds Like AI: How Smart Agents Are Reshaping the Way We Work and Communicate », organisée le 18 juin sur le Red Stage dans le cadre du thème « Productivity Reimagined ». Le panel a réuni Mohamad ALI, à la tête d’IBM Consulting, Kelsey CHENG de Caixin Global, Éléonore CRESPO, cofondatrice et co-CEO de Pigment, Bar WINKLER, cofondateur et CEO de Wonderful, ainsi que Su YANG, responsable IA chez BNP Paribas. Le choix des profils illustre la nature transversale du sujet : conseil, médias, finance, planification d’entreprise et solutions IA conversationnelles.
La notion d’agent intelligent marque une nouvelle étape dans l’adoption de l’IA en entreprise. Les copilotes ont ouvert la voie en assistant les collaborateurs dans la rédaction, la recherche, l’analyse ou la préparation de documents. Les agents vont plus loin. Ils peuvent exécuter des workflows, traiter des informations issues de plusieurs sources, formuler des recommandations et intervenir dans des interactions avec des clients ou des équipes internes. Cette évolution modifie la frontière entre assistance, automatisation et délégation.
Le programme de la session insiste sur les usages en première ligne. Service client, vente, engagement commercial, support bancaire ou traitement de demandes complexes : les agents IA deviennent des interfaces entre l’entreprise et ses clients. Cette évolution promet des gains de rapidité, de disponibilité et de personnalisation. Elle pose aussi une question plus sensible : les utilisateurs acceptent-ils réellement qu’une machine soit leur premier point de contact ? L’enjeu n’est pas seulement technique. Il touche à la confiance, à l’empathie, à la qualité de réponse et à la responsabilité en cas d’erreur.
Dans les organisations, ces agents soutiennent déjà des activités de recherche, de rédaction, d’analyse et d’aide à la décision. Leur intérêt repose sur leur capacité à absorber une partie du travail préparatoire, à organiser des données dispersées et à accélérer certaines tâches répétitives ou complexes. Mais leur efficacité dépend d’un cadre précis. Un agent IA utile doit comprendre le contexte, respecter les droits d’accès, tracer ses actions et rester supervisé lorsque les conséquences d’une décision sont importantes.
La présence de BNP Paribas dans cette discussion rappelle que les secteurs régulés avancent avec prudence. Dans la banque, l’assurance ou les services financiers, l’IA agentique ne peut pas être déployée comme un simple outil de productivité. Elle doit composer avec la sécurité des données, la conformité, l’explicabilité des décisions et la protection du client. Le potentiel est important, mais la confiance devient une condition d’adoption aussi importante que la performance.
L’intervention de dirigeants issus de Pigment et Wonderful élargit le débat à la planification et à la relation client. Dans ces domaines, les agents peuvent aider à simuler des scénarios, suivre des indicateurs, préparer des arbitrages ou automatiser certaines interactions. La promesse est celle d’une organisation plus réactive, capable de traiter davantage d’informations et de réduire les délais entre l’analyse et l’action.
« Sounds Like AI » s’inscrit dans une séquence plus large de VivaTech 2026 consacrée au futur du travail. Les débats sur Copilot Cowork, la reconversion des compétences ou la collaboration humain-machine convergent vers le même constat : l’IA agentique n’est plus un sujet expérimental. Elle commence à entrer dans les processus opérationnels. Le vrai enjeu consiste désormais à définir ce qui peut être confié à ces systèmes, ce qui doit rester sous contrôle humain et comment maintenir une communication crédible lorsque l’interface devient automatisée.
Cette session montre ainsi que l’avenir du travail ne se résume pas à l’automatisation des tâches. Il se joue dans la manière dont les entreprises redessinent leurs interactions, leurs responsabilités et leur rapport à la décision. Les agents intelligents peuvent améliorer la productivité et fluidifier la communication. Leur adoption durable dépendra toutefois de leur capacité à préserver la confiance, la transparence et la qualité du lien humain dans les moments où celui-ci reste décisif.




