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[ETUDE] Croissance économique et emploi : pourquoi le Maroc peine à transformer sa dynamique en opportunités durables


Malgré deux décennies de réformes et d’investissements massifs, la croissance marocaine continue d’afficher un contenu en emploi limité. Le récent rapport de l’IRES (mai 2025) met en lumière les failles structurelles du modèle de développement et appelle à une redéfinition des priorités pour faire de l’emploi un véritable pilier de la prospérité partagée.

Nisrine M. par Nisrine M.
9 octobre 2025
dans Etudes et publications
Temps de lecture : 7 mins
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Depuis les années 2000, l’économie marocaine a connu plusieurs phases d’expansion : 5 % de croissance annuelle moyenne entre 2000 et 2008, puis 3,6 % entre 2009 et 2019. Mais cette performance n’a pas suffi à absorber la pression démographique et encore moins à créer des emplois de qualité. Pire, la période 2020-2023 a été marquée par une destruction nette d’emplois, avec en moyenne 96 000 postes perdus par an.

Le diagnostic dressé par l’IRES confirme une tendance lourde : l’agriculture, le BTP et certains services comme le commerce restent les principaux pourvoyeurs d’emplois, mais la majorité de ces postes sont précaires, faiblement rémunérés et peu qualifiés. À l’inverse, les secteurs industriels et technologiques, qui devraient tirer la croissance, n’arrivent pas à jouer ce rôle faute d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

Des freins structurels persistants

Le rapport identifie plusieurs facteurs expliquant cette faiblesse du contenu en emploi de la croissance. D’abord, un tissu productif marqué par la prépondérance des entreprises familiales, souvent fragiles, peu innovantes et limitées dans leur capacité d’investissement. S’y ajoutent des obstacles externes : financement difficile, lourdeurs administratives, faible accès aux marchés publics. Les disparités régionales aggravent la situation : Casablanca et Rabat concentrent l’essentiel des services et de l’industrie, laissant des pans entiers du territoire en marge du développement.

La productivité stagne également. Si le Maroc a massivement investi dans le capital public (ports, routes, énergie), l’efficacité de ces investissements reste limitée. Le capital accumulé est jugé de « faible qualité », car il n’a pas été orienté vers les secteurs les plus dynamiques, et la main-d’œuvre n’a pas bénéficié de compétences adaptées pour en tirer parti.

Un marché du travail fragmenté et inégalitaire

Le marché de l’emploi marocain reste marqué par trois réalités.

  • L’informel, qui pèse entre 60 et 80 % des emplois occupés et environ 30 % du PIB. Cette économie souterraine réduit le potentiel d’exportation, prive l’État de ressources fiscales et enferme des millions de travailleurs dans la précarité.
  • Les disparités régionales, avec un chômage dépassant 20 % dans l’Oriental et les provinces du Sud, contre 8 % à Marrakech-Safi.
  • Les inégalités socio-démographiques : en 2024, le chômage atteignait 39,5 % chez les jeunes (15–24 ans), 20,8 % chez les femmes et près de 20 % chez les diplômés. Le taux d’activité global a chuté de 52 % en 2000 à 42,6 % en 2024, signe d’un découragement croissant.

Cette déconnexion entre croissance et emploi met en danger la cohésion sociale et interroge la pertinence des politiques économiques menées depuis deux décennies.

Des politiques actives de l’emploi en demi-teinte

Le Maroc a lancé depuis la fin des années 1990 plusieurs vagues de politiques actives : programmes « Idmaj » et « Tahfiz » pour l’emploi salarié, dispositifs « Taehil » pour améliorer l’employabilité, soutien à l’auto-emploi. En 2015, une Stratégie nationale de l’emploi (2015-2025) a été adoptée avec pour objectifs la création d’emplois décents, l’égalité d’accès aux opportunités et la réduction des disparités régionales.

Malgré ces efforts, les résultats restent limités. L’ANAPEC, pivot de ces politiques, a vu son mandat élargi, mais ses dispositifs touchent encore trop peu de demandeurs d’emploi, surtout parmi les diplômés de l’enseignement supérieur.

Intelligence artificielle, climat et mutations du travail

Le rapport consacre une partie à l’impact des transformations mondiales sur le marché du travail marocain. L’intelligence artificielle, par exemple, n’est pas perçue uniquement comme une menace. Près de 13 % des emplois au Maroc pourraient être « augmentés » par l’IA, contre seulement 2 % susceptibles d’être automatisés. Mais cela suppose un effort massif de formation et d’adaptation des compétences.

D’autres défis s’ajoutent : le vieillissement de la population, qui pèsera sur le ratio actifs/inactifs ; le changement climatique, qui menace l’agriculture et pourrait détruire des milliers d’emplois ; enfin, l’émergence de nouvelles formes d’organisation (plateformes, télétravail, auto-entrepreneuriat) qui bousculent les statuts traditionnels.

Enseignements internationaux

Le rapport propose une analyse comparative riche. La Malaisie et la Corée du Sud ont réussi à cibler les industries du futur, malgré des structures productives très différentes. Le Vietnam, avec un État développementaliste, a su ajuster son marché du travail face aux fluctuations mondiales. Le Mexique a misé sur le capital humain et la concertation citoyenne. L’Espagne et la Grèce illustrent, à l’inverse, les risques de politiques mal coordonnées.

Ces exemples montrent que la réussite ne dépend pas seulement du niveau de richesse, mais de la cohérence entre stratégie industrielle, formation et politiques sociales.

Quelles orientations stratégiques pour le Maroc ?

Le rapport IRES formule plusieurs recommandations structurées.

  • Cibler les secteurs porteurs : industries manufacturières avancées, énergies renouvelables, numérique, services financiers et innovants.
  • Cibler les groupes vulnérables : jeunes, femmes, diplômés, zones rurales.
  • Soutenir les entreprises : faciliter l’accès au financement, alléger les procédures, renforcer la gouvernance et la culture managériale.
  • Réformer l’éducation et la formation : aligner les compétences avec les besoins des secteurs à forte productivité.
  • Réguler le marché du travail : formaliser progressivement l’informel, renforcer la protection sociale et encourager la mobilité entre secteurs.

L’étude de l’IRES tire une conclusion claire : sans transformation structurelle profonde, le Maroc restera piégé dans un modèle de croissance peu créateur d’emplois décents. La valeur sociale de l’emploi, au-delà du revenu, impose d’intégrer la question de l’insertion professionnelle au cœur du projet de société.

Pour les décideurs publics comme pour les DRH, ce constat appelle à une réorientation : investir dans le capital humain, promouvoir l’innovation, réduire les inégalités territoriales et sociales. C’est à ce prix que la croissance pourra se traduire en opportunités tangibles pour des millions de Marocains.

Consultez l’étude complète ci-après :

Tags: Chômage des jeunescroissance économiqueemploiFormation professionnelleIRESMarché du TravailMarocprécaritésecteur informeltransformation structurelle
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Nisrine M.

Nisrine M.

Analyste rigoureuse des systèmes de compensation, Nesrine se consacre à l'optimisation des politiques de rémunération et des "Benefits". Elle s'appuie sur une veille constante des études de marché et des publications statistiques pour offrir des analyses comparatives sur l'évolution des salaires et de la protection sociale. Son expertise aide les directions RH à concevoir des packages globaux attractifs et équitables, mêlant rémunération directe et avantages périphériques. Elle transforme les données complexes en indicateurs de pilotage stratégique pour une gestion fine de la masse salariale et de la motivation financière.

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