Le tissu industriel marocain accueille un nouvel acteur dans l’automobile. La société Mafaco Tesca Metal s’apprête à mettre en service une unité de production à Kénitra, dédiée aux composants textiles pour véhicules. Ce projet, porté par une coentreprise franco-marocaine, illustre à la fois l’attractivité croissante du Royaume pour les équipementiers internationaux et la volonté des industriels locaux de s’ancrer dans les chaînes de valeur mondiales. Avec ce lancement, la région Rabat-Salé-Kénitra consolide son rôle dans la dynamique d’industrialisation nationale.
Mafaco Tesca Metal a vu le jour en 2024, fruit d’un partenariat équilibré entre deux acteurs de poids. Le groupe marocain Safari, à travers sa filiale Mafaco, apporte son expertise dans le textile technique, tandis que le groupe français Tesca met à disposition son savoir-faire reconnu dans la conception et la production de textiles automobiles. La coentreprise repose sur un capital social initial de 17 millions de dirhams, réparti à parts égales.
Le rapprochement ne relève pas du hasard. Tesca est implanté au Maroc depuis 2004, avec trois usines situées à Tanger. Ces sites emploient près d’un millier de collaborateurs, soit environ 20 % de ses effectifs mondiaux. Mafaco, basée à Kénitra, a pour sa part construit sa réputation sur le textile denim et sportwear avant de diversifier ses activités vers l’automobile. Ensemble, les deux groupes créent un acteur hybride, enraciné dans le tissu industriel marocain et ouvert sur l’international.
Une usine tournée vers les composants textiles automobiles
La nouvelle unité de Kénitra se concentre sur la production de pièces textiles à forte valeur ajoutée. Les lignes de fabrication seront principalement dédiées aux appui-têtes et aux garnitures textiles coupées et cousues pour l’habillage intérieur des véhicules. Ces composants, essentiels à la fois pour le confort et la sécurité, sont au cœur des attentes des constructeurs automobiles.
L’installation de cette usine répond à la demande croissante de pièces textiles de qualité. Elle vise à satisfaire les besoins des constructeurs déjà présents au Maroc, comme Renault et Stellantis, tout en orientant une partie de sa production vers l’exportation, notamment en Europe. Le projet vient ainsi compléter et diversifier la chaîne de valeur automobile marocaine, qui s’appuie déjà sur la production de véhicules finis et de composants mécaniques.
Kénitra s’est imposée en quelques années comme un territoire clé de l’automobile marocaine. L’implantation de Stellantis, suivie de nombreux équipementiers, a transformé la ville en véritable cluster industriel. La proximité avec Rabat, Tanger et Casablanca, l’accès rapide aux infrastructures logistiques, ainsi qu’un bassin de main-d’œuvre qualifiée expliquent l’attractivité croissante de la zone.
Dans ce contexte, la nouvelle usine de Mafaco Tesca Metal s’inscrit dans un écosystème en expansion. Elle profitera d’un environnement où se développent déjà de nombreux sous-traitants et prestataires spécialisés. Ce projet s’aligne sur la stratégie marocaine de développement industriel régional, qui cherche à multiplier les zones intégrées dédiées à l’automobile.
Emploi et montée en compétences : un levier social et économique
Bien que le nombre exact de postes n’ait pas encore été officialisé, plusieurs centaines d’emplois directs devraient être créés. Ces recrutements viendront s’ajouter aux quelque 1 000 collaborateurs déjà employés par Tesca dans ses autres sites marocains. À cela s’ajouteront des emplois indirects générés auprès des sous-traitants locaux et des prestataires de services.
Au-delà de l’impact quantitatif, la valeur du projet réside dans le transfert de compétences. La fabrication de composants textiles automobiles requiert une main-d’œuvre qualifiée, formée aux standards internationaux de qualité et de sécurité. Pour les écoles techniques et les instituts de formation professionnelle de la région, l’usine ouvre de nouvelles perspectives d’insertion pour les jeunes diplômés. La montée en compétence des équipes locales sera un atout déterminant pour renforcer la compétitivité du Maroc face à d’autres destinations industrielles.
Ce projet marque une étape décisive dans la stratégie des deux groupes. Pour Safari, maison mère de Mafaco, il s’agit d’un prolongement naturel de sa diversification vers l’automobile. Le groupe, initialement spécialisé dans les textiles grand public, confirme son repositionnement vers des segments techniques à haute valeur ajoutée.
Pour Tesca, le Maroc est une plateforme industrielle de premier ordre. Après la Chine et l’Inde, le Royaume figure parmi ses principales bases de production. Avec un chiffre d’affaires de 320 millions d’euros en 2023, le groupe continue d’investir massivement. Ses usines marocaines ont déjà bénéficié d’investissements de 90 millions de dirhams à Tanger, et la création de Mafaco Tesca Metal illustre une stratégie de consolidation et de croissance à long terme.
Environnement et conformité réglementaire
L’ouverture d’une usine industrielle implique des démarches réglementaires strictes. Mafaco Tesca Metal a lancé une enquête d’impact environnemental (EIE) prévue pour septembre 2025. Cette étape permettra d’évaluer les effets de l’activité sur l’environnement et de mettre en place les mesures nécessaires pour limiter les impacts.
Cette initiative s’inscrit dans une logique d’industrialisation durable. Les constructeurs automobiles exigent désormais des composants répondant à des critères écologiques stricts : matériaux recyclables, procédés économes en énergie, respect des normes environnementales. La coentreprise devra anticiper ces exigences pour s’imposer comme fournisseur de confiance sur les marchés internationaux.
L’ambition de Mafaco Tesca Metal dépasse la production locale. La coentreprise entend devenir un acteur de référence dans les composants textiles automobiles à l’échelle internationale. Grâce à l’alliance entre le savoir-faire technologique de Tesca et la connaissance du marché local apportée par Mafaco, elle vise à répondre aux besoins des constructeurs mondiaux en matière d’innovation et de qualité.
Cette orientation s’inscrit dans la stratégie marocaine de montée en gamme industrielle. Le Royaume ne cherche plus seulement à assembler des véhicules ou produire des pièces standardisées, mais à se positionner comme un partenaire stratégique au sein des chaînes de valeur mondiales. Mafaco Tesca Metal illustre ce passage d’une logique de sous-traitance à celle d’un partenariat industriel à long terme.
Avec cette nouvelle usine, Mafaco Tesca Metal apporte une contribution tangible à l’économie nationale. Le projet combine plusieurs dimensions : il favorise l’investissement étranger, soutient l’emploi local, stimule la montée en compétences et participe à la diversification de l’offre industrielle marocaine.
Pour le Maroc, ce type de projet représente un atout supplémentaire pour renforcer son attractivité face à des concurrents régionaux comme la Turquie ou l’Égypte. Il illustre également l’efficacité des politiques publiques en faveur de l’industrialisation, qui ont permis de faire émerger en deux décennies un secteur automobile désormais central dans les exportations du pays.
La dynamique enclenchée à Kénitra par l’arrivée de Mafaco Tesca Metal va bien au-delà d’un simple investissement. Elle conforte la région dans son rôle de locomotive industrielle et confirme la place du Royaume dans la reconfiguration mondiale des chaînes d’approvisionnement.




