Le recrutement saisonnier reste l’un des paradoxes du marché de l’emploi en France. Chaque année, plusieurs centaines de milliers de postes sont ouverts dans l’hôtellerie-restauration, le tourisme, les stations de montagne ou les zones littorales. Pourtant, de nombreuses structures peinent à recruter, malgré une demande existante. Du côté des candidats, les difficultés sont tout aussi importantes : manque d’informations fiables, offres incomplètes, conditions de logement incertaines, et expériences souvent difficiles à anticiper.
C’est à partir de ce constat que Pierre Porcher, ancien professionnel de la restauration et designer de formation, décide de créer Ohmyseason. Dans l’entretien, il revient sur une expérience de terrain marquée par des recrutements dans l’urgence, une forte instabilité des équipes et une visibilité très limitée sur la réalité des postes proposés. Pour lui, le problème ne réside pas uniquement dans le volume d’offres, mais dans la qualité de l’information disponible au moment de la décision.
Avec Laura Krasniqi, issue des secteurs de la communication et du marketing après des expériences à la SNCF et chez Orange, il structure une réponse hybride : une plateforme digitale couplée à un accompagnement RH. L’objectif n’est pas seulement de publier des offres, mais de réorganiser la manière dont employeurs et saisonniers se rencontrent.
La plateforme s’adresse en premier lieu aux candidats, majoritairement âgés de 18 à 35 ans. Elle met en avant des offres détaillées et contextualisées : rémunération, conditions de logement, avantages en nature, cadre de vie, ambiance de travail et localisation précise. Cette granularité de l’information constitue un élément central du positionnement d’Ohmyseason. Dans un secteur où les décisions sont souvent prises rapidement, la qualité des données disponibles devient un facteur déterminant.
Pierre Porcher insiste sur cette logique de transparence comme levier de réduction du turnover. Selon lui, une partie des difficultés du secteur provient d’un décalage entre attentes et réalité. En rendant les conditions de travail plus lisibles dès le départ, la plateforme cherche à améliorer l’adéquation entre profils et postes et à limiter les abandons en cours de saison.
L’expérience utilisateur côté candidat repose également sur une simplification du parcours. L’objectif affiché est de permettre de sécuriser une saison complète en quelques étapes, sans multiplier les échanges dispersés. Le tourisme saisonnier devient ainsi un marché plus structuré, avec des règles de présentation plus homogènes et une meilleure lisibilité des opportunités.
Du côté des employeurs, Ohmyseason se positionne comme un outil de recrutement et de marque employeur. Plus de 400 entreprises utiliseraient déjà la plateforme pour diffuser leurs offres et accéder à un vivier de candidats qualifiés. L’approche repose sur un double mécanisme : un matching algorithmique initial, complété par une validation humaine des profils via des échanges directs. Cette combinaison permet de réduire les délais de recrutement tout en améliorant la qualité des embauches.
L’un des enjeux identifiés dans l’entretien est la dépendance structurelle du secteur aux recrutements de dernière minute. Les entreprises du tourisme fonctionnent souvent avec des cycles courts, des pics d’activité imprévisibles et une pression forte sur les délais de constitution des équipes. Cette organisation génère mécaniquement des tensions sur le marché du travail saisonnier. Ohmyseason cherche à anticiper cette temporalité en fluidifiant la mise en relation en amont des saisons.
La plateforme revendique également une dimension sociale. Le travail saisonnier est souvent perçu comme un emploi transitoire ou précaire. Pierre Porcher décrit un marché où les parcours sont rarement structurés et où les expériences professionnelles sont peu valorisées. L’objectif d’Ohmyseason est de redonner une forme de visibilité et de continuité à ces trajectoires, en considérant la saison comme une étape à part entière dans un parcours professionnel.
Les entreprises partenaires mettent en avant une amélioration de la qualité des recrutements et une réduction des coûts liés au turnover. La notation élevée des expériences utilisateurs, proche de 4,9 sur 5 selon les éléments communiqués, traduit une adoption progressive du modèle par les deux côtés du marché. L’enjeu reste toutefois l’industrialisation du dispositif sur un secteur très éclaté, composé de milliers d’acteurs de tailles très différentes.
La question du logement, centrale dans l’entretien, apparaît comme l’un des principaux points de friction du marché saisonnier. Dans de nombreuses zones touristiques, la tension immobilière limite la capacité des entreprises à recruter. Ohmyseason intègre cette dimension dans son approche en mettant en avant les conditions d’hébergement lorsque celles-ci sont disponibles ou mutualisées. Ce facteur devient souvent décisif dans le choix des candidats.
À moyen terme, la startup ambitionne d’étendre son modèle à l’échelle européenne et de structurer davantage le lien entre emploi saisonnier, formation et mobilité professionnelle. L’enjeu dépasse alors le simple recrutement pour toucher à la structuration d’un marché du travail spécifique, fortement lié aux cycles touristiques et aux territoires.
Dans un secteur où les besoins en main-d’œuvre restent élevés mais irrégulièrement couverts, Ohmyseason propose une approche fondée sur la transparence, la donnée et la simplification du parcours candidat. Une tentative de transformation d’un marché longtemps perçu comme contraint en un espace plus lisible, plus organisé et potentiellement plus attractif pour les nouvelles générations.




