L’atelier « Your Next Coworker Is Here and He Isn’t Human », organisé le 19 juin 2026 sur le Red Stage de VivaTech, a abordé l’une des évolutions les plus concrètes de l’intelligence artificielle en entreprise : l’arrivée des agents IA comme acteurs opérationnels du travail quotidien. Pendant vingt-cinq minutes, Helen O’REILLY, Deputy Editor du French Tech Journal, a conduit l’échange avec Stanislas POLU, cofondateur et CTO de Dust, startup française spécialisée dans les agents IA d’entreprise.
La discussion a d’abord permis de clarifier un changement de statut. L’IA n’est plus seulement présentée comme un outil auquel un collaborateur adresse une requête. Avec les agents, elle entre dans une logique d’action. Ces systèmes peuvent suivre un objectif, mobiliser plusieurs sources de données, exécuter des tâches enchaînées, interagir avec des outils internes et restituer un résultat exploitable. Le passage du prompt ponctuel à l’agent connecté aux systèmes de l’entreprise change profondément la nature du sujet. L’IA ne se contente plus d’assister. Elle participe à l’exécution du travail.
Stanislas POLU a illustré cette mutation par des cas d’usage directement liés aux workflows d’entreprise. Un agent peut analyser des appels clients dans un CRM pour identifier les retours récurrents sur une nouvelle fonctionnalité. Un autre peut préparer un reporting en allant chercher des informations dans plusieurs outils. D’autres encore peuvent traiter des tâches administratives complexes, structurer des données dispersées ou accompagner des équipes métiers dans leurs routines quotidiennes. L’enjeu n’est donc pas de produire une réponse isolée, mais d’insérer l’IA dans un processus de travail complet.
Dust se positionne précisément sur cette zone : l’IA dite « multiplayer », où humains et agents travaillent dans un même environnement. Cette approche suppose des exigences fortes. Les agents doivent accéder aux bons outils, respecter les niveaux d’autorisation, laisser des traces, être contrôlables et s’intégrer dans les règles de sécurité de l’entreprise. Pour les grands comptes, ces conditions sont décisives. Un agent performant mais non gouverné devient un risque. Un agent traçable, sécurisé et paramétré selon les droits internes peut au contraire devenir un levier d’efficacité opérationnelle.
Helen O’REILLY a orienté l’échange vers les conséquences organisationnelles. L’arrivée de collègues non humains soulève immédiatement des questions de confiance, de responsabilité et d’acceptation. Comment faire comprendre aux équipes que ces agents ne sont pas seulement de nouveaux outils imposés par la direction ? Comment éviter qu’ils soient perçus comme une menace diffuse sur les emplois ? Comment organiser la collaboration lorsque certaines tâches répétitives, analytiques ou administratives peuvent être confiées à des systèmes autonomes ?
La réponse développée pendant l’atelier repose sur une idée centrale : les agents IA doivent être pensés comme des amplificateurs de capacité, non comme des substituts mécaniques aux collaborateurs. Cette distinction est essentielle. Dans une organisation mature, l’agent prend en charge des tâches qui ralentissent les équipes, structure l’information, prépare des analyses ou automatise des séquences répétitives. Le collaborateur conserve le jugement, la décision, la relation, l’arbitrage et la responsabilité finale. La valeur de l’IA dépend alors de la qualité de l’orchestration entre l’humain et le système.
Stanislas POLU a insisté sur la notion d’« enterprise-ready ». Dans un cadre professionnel, un agent IA ne peut pas être déployé comme un outil grand public. Il doit être compatible avec les contraintes de confidentialité, de conformité, de souveraineté des données et de sécurité informatique. Les permissions doivent être strictement contrôlées. Les actions doivent être auditables. Les usages doivent pouvoir être expliqués. Cette exigence est particulièrement sensible en Europe, où les entreprises doivent composer avec le RGPD, les attentes de leurs clients et des exigences internes de gouvernance.
La session a également montré que l’agent IA modifie la frontière entre métiers et équipes techniques. Si les collaborateurs peuvent créer ou configurer eux-mêmes des agents adaptés à leurs besoins, l’innovation ne dépend plus uniquement des services informatiques. Les métiers peuvent automatiser une partie de leurs processus, tester des usages, ajuster leurs assistants et construire des solutions proches du terrain. Cette autonomie constitue un gain potentiel, mais elle suppose un cadre clair pour éviter la multiplication d’agents mal définis, redondants ou insuffisamment contrôlés.
L’atelier a ainsi replacé les agents IA dans une logique de transformation du travail. Leur arrivée oblige les entreprises à revoir les processus, les responsabilités et les compétences. Les collaborateurs devront apprendre à formuler des objectifs, superviser des agents, vérifier leurs résultats, détecter leurs limites et décider du bon niveau d’autonomie à leur accorder. Le management devra lui aussi évoluer : piloter une équipe ne signifiera plus seulement coordonner des personnes, mais aussi organiser la contribution d’outils intelligents capables d’agir.
Au terme de la session, le message était clair : les agents IA ne relèvent plus de la prospective. Ils commencent déjà à s’installer dans les environnements professionnels. « Your Next Coworker Is Here and He Isn’t Human » a rappelé que leur valeur ne dépendra pas seulement de leurs capacités techniques, mais de la manière dont les entreprises sauront les intégrer. Sécurité, traçabilité, gouvernance, formation et responsabilité humaine seront les conditions réelles de leur adoption. Les collègues numériques arrivent dans l’entreprise. La question n’est plus de savoir s’ils travailleront avec les équipes, mais selon quelles règles, avec quelles limites et pour quelle finalité.




