L’industrie aéronautique marocaine prépare une nouvelle étape de son développement. En marge du Marrakech Airshow, organisé du 7 au 10 octobre 2026, Mohammed Bellatig, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), a annoncé que les exportations du secteur pourraient atteindre cinq milliards de dollars annuels dans les trois prochaines années.
Dans un entretien accordé à Reuters, le président du GIMAS a expliqué que cette progression serait principalement portée par l’arrivée de nouveaux fournisseurs et par le développement d’activités industrielles plus complexes. L’objectif consiste à augmenter la valeur ajoutée produite au Maroc, au-delà des activités traditionnelles de câblage, d’usinage et de fabrication de composants.
La filière compte actuellement près de 160 entreprises et emploie environ 25 000 personnes. Elle rassemble plusieurs fournisseurs de constructeurs et d’équipementiers internationaux, notamment Airbus, Boeing et Safran. Son développement s’est largement concentré autour de Casablanca et de la plateforme industrielle de Nouaceur, devenue l’un des principaux pôles aéronautiques du continent africain.
Les exportations avaient atteint environ trois milliards de dollars en 2025. Sur les huit premiers mois de 2026, elles ont progressé de 21,5 %, pour approcher 23 milliards de dirhams, confirmant la dynamique commerciale de la filière.
Les prochains investissements doivent permettre d’élargir les activités réalisées localement et de réduire la dépendance aux opérations de sous-traitance les moins complexes.
L’un des projets les plus importants concerne Safran, déjà fortement implanté au Maroc, avec plus de 5 500 collaborateurs répartis sur une dizaine de sites.
Le 13 octobre 2025, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait présidé le lancement d’un complexe industriel consacré aux moteurs d’avions à Nouaceur. Ce programme comprend une ligne d’assemblage des moteurs LEAP-1A, utilisés notamment sur les Airbus A320neo, ainsi qu’une installation de maintenance.
L’investissement consacré à l’assemblage représente environ 200 millions d’euros. À terme, la ligne devrait disposer d’une capacité de 350 moteurs par an. Sa mise en service est attendue fin 2027, avec quelque 300 emplois à la clé.
Un second investissement de Safran concerne la fabrication d’équipements de trains d’atterrissage. Annoncé en février 2026, ce projet représente plus de 280 millions d’euros et prévoit la construction d’une usine de 26 000 m² dans la zone aéroportuaire de Casablanca.
Le futur établissement produira des composants et modules de trains d’atterrissage ainsi que des équipements hydrauliques destinés aux avions court et moyen-courriers. Son entrée en activité est programmée pour 2029, avec près de 500 emplois qualifiés à terme.
Ces implantations devraient modifier progressivement les besoins en ressources humaines du secteur. La fabrication et l’assemblage de systèmes aéronautiques complexes nécessitent des qualifications avancées en mécanique de précision, ingénierie industrielle, contrôle qualité, matériaux, maintenance et méthodes de production.
Safran prévoit notamment un programme de formation associé à sa future usine de trains d’atterrissage afin d’accompagner le développement des compétences spécialisées.
En parallèle, d’autres industriels renforcent leur présence dans l’écosystème marocain. Pratt & Whitney Canada développe une activité de fabrication de composants de moteurs, avec un objectif d’environ 200 emplois d’ici 2030, tandis que Trelleborg investit dans les systèmes d’étanchéité.
Le développement des drones militaires constitue un autre axe de diversification annoncé lors du Marrakech Airshow.
Le Maroc et l’entreprise française Harmattan AI ont signé une lettre d’intention concernant le développement et la production locale du système IRIFI, un drone autonome de frappe à longue portée. L’appareil est présenté comme capable de réaliser des missions jusqu’à 2 000 kilomètres.
Le programme prévoit le développement de technologies critiques au Maroc, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, des systèmes embarqués, de la navigation et des capteurs.
Un accord d’investissement distinct porte également sur l’implantation d’une plateforme industrielle et technologique consacrée aux systèmes autonomes de défense. Le projet pourrait générer jusqu’à 1 000 emplois directs et indirects, selon les annonces effectuées lors du salon.
La concrétisation de ces ambitions dépendra cependant des investissements effectivement réalisés, des capacités de production installées et du transfert de compétences vers les équipes marocaines. Le calendrier industriel et les volumes de fabrication des futurs drones restent notamment à préciser.
Avec les moteurs, les trains d’atterrissage et les systèmes autonomes, l’industrie aéronautique marocaine cherche désormais à associer croissance des exportations, maîtrise technologique et création d’emplois qualifiés. L’atteinte des cinq milliards de dollars annoncés par le GIMAS dépendra autant de la montée en production des nouveaux sites que de la capacité de la filière à former et fidéliser les compétences nécessaires à leur fonctionnement.




