Le financement était acquis depuis le printemps. Sa signature permet désormais d’engager sa mise en œuvre. Le Maroc et la Banque africaine de développement (BAD) ont officialisé, jeudi 17 septembre à Rabat, deux accords représentant au total 405 millions d’euros. Le premier, de 205 millions d’euros, concerne les infrastructures ferroviaires. Le second porte sur 200 millions d’euros consacrés à Cap Compétences 2030, programme centré sur la formation professionnelle, l’apprentissage et l’insertion des jeunes.
La cérémonie a réuni Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget, Achraf Tarsim, responsable-pays de la BAD au Maroc, ainsi que Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’ONCF.
Approuvé par le Conseil d’administration de la BAD le 21 mai 2026, Cap Compétences 2030 doit être déployé sur cinq exercices budgétaires, de 2026 à 2030. Le programme s’inscrit dans la Feuille de route nationale pour l’emploi 2025-2030 et dans les orientations retenues pour la réforme de la formation professionnelle. La BAD présente l’opération comme un financement axé sur les résultats destiné à améliorer la pertinence, la qualité et la diversification de l’offre de formation, mais aussi la numérisation des services et les mécanismes d’insertion professionnelle.
L’enjeu financier dépasse le seul prêt signé jeudi. Le coût global du programme gouvernemental est estimé à 619 millions d’euros. Les 200 millions apportés par la BAD représentent ainsi environ 32 % de son financement. L’État marocain doit mobiliser quelque 267 millions d’euros, le complément provenant d’autres partenaires techniques et financiers.
L’essentiel du prêt de la BAD, soit 139,25 millions d’euros, est consacré au développement des compétences et aux partenariats stratégiques. Cette composante représente près de 70 % des 200 millions d’euros engagés par la Banque. Une deuxième enveloppe de 57,75 millions d’euros, soit 28,9 %, finance le système de formation-insertion et d’intermédiation avec les entreprises. Les 2,5 millions d’euros restants sont affectés à la transformation numérique, au renforcement institutionnel et aux systèmes opérationnels.
Derrière cette répartition se trouve surtout un changement d’échelle de dispositifs déjà déployés au Maroc. Cap Compétences 2030 doit notamment étendre Tadaroj, le programme d’apprentissage et d’alternance organisé dans le cadre de la loi 12-00. Son modèle repose majoritairement sur la pratique professionnelle en entreprise, complétée par une formation théorique.
La cible retenue est considérable : 260 000 jeunes doivent bénéficier de ce dispositif. Le programme vise plusieurs profils, notamment les jeunes sans diplôme, les diplômés, les NEET, c’est-à-dire ceux qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, ainsi que les populations rurales. Plus de 200 métiers sont concernés dans des secteurs aussi différents que l’agriculture, l’artisanat, le tourisme, l’industrie ou les services.
Pour favoriser l’implication des entreprises et organismes accueillant les apprentis, une subvention annuelle de 5 000 dirhams par bénéficiaire est prévue. Cette architecture place ainsi l’entreprise directement dans le processus de développement des compétences, plutôt que de concentrer l’ensemble de la formation dans les établissements spécialisés.
Le programme prévoit parallèlement des infrastructures sectorielles. Deux projets sont notamment programmés : un Institut des métiers de l’eau et de l’assainissement à Fès et un pôle consacré aux métiers de l’aviation, adossé aux instituts Ismala 1 et Ismala 2. L’objectif consiste à rapprocher les capacités de formation des besoins identifiés dans des filières considérées comme stratégiques.
À Tadaroj s’ajoute Taehil, dont l’extension doit concerner 60 000 jeunes supplémentaires. Le dispositif repose sur deux approches. La première est la formation contractualisée pour l’emploi : les compétences sont développées à partir d’un besoin de recrutement préalablement identifié par une entreprise. La seconde concerne les formations qualifiantes ou de reconversion destinées notamment aux métiers en tension ou émergents.
En additionnant les 260 000 bénéficiaires ciblés par Tadaroj et les 60 000 concernés par Taehil, Cap Compétences 2030 porte ainsi une ambition de formation et d’accompagnement de 320 000 jeunes. Des unités mobiles de formation doivent également permettre d’élargir la couverture aux territoires ruraux, tandis que les services d’orientation et d’intermédiation doivent être renforcés.
Le troisième volet, financièrement beaucoup plus réduit, porte sur la numérisation. La BAD prévoit 2,5 millions d’euros pour moderniser les services de formation et d’intermédiation, les systèmes d’information et les outils de pilotage. L’enveloppe ne représente que 1,3 % du prêt, mais elle doit servir de support aux deux composantes opérationnelles du programme.
Cap Compétences 2030 intervient surtout dans un contexte où le Maroc cherche à réduire plusieurs déséquilibres persistants de son marché du travail : chômage des jeunes, faible participation économique des femmes, difficultés d’insertion des non-diplômés et inadéquation entre certaines formations et les compétences recherchées par les employeurs. La BAD inscrit précisément son intervention dans l’objectif d’améliorer l’accès à une offre diversifiée et l’insertion professionnelle, particulièrement pour les jeunes et les femmes.
La particularité du montage retenu réside enfin dans son financement axé sur les résultats. Les décaissements sont associés à des indicateurs de réalisation et de performance. Le nombre de bénéficiaires ne constituera donc pas le seul critère : la capacité d’insertion, la couverture des publics ciblés, le déploiement des dispositifs sectoriels et la modernisation des systèmes devront également être suivis.
La signature des accords transforme ainsi un programme approuvé en mai en chantier opérationnel pour les quatre prochaines années. Les 200 millions d’euros sécurisent une partie substantielle de son financement, mais le principal test se situera désormais dans l’exécution : convaincre suffisamment d’entreprises d’accueillir et de former des apprentis, atteindre les jeunes éloignés des dispositifs classiques et, surtout, convertir les volumes de formation annoncés en insertion durable. Pour Cap Compétences 2030, le véritable indicateur ne sera donc pas seulement le nombre de jeunes formés d’ici 2030, mais la proportion de ces 320 000 bénéficiaires qui parviendra effectivement à entrer et à rester sur le marché du travail.




