Le gouvernement marocain a enclenché un nouveau cycle de dialogue social en adressant, début avril, des convocations officielles aux principales centrales syndicales et organisations patronales. Cette séquence, pilotée par le Chef du gouvernement Aziz AKHANNOUCH, intervient à un moment où les tensions économiques s’installent durablement et où les revendications sociales se structurent autour de la question du pouvoir d’achat. Les premières réunions doivent s’ouvrir dans les jours à venir à Rabat, avec un objectif affiché : dresser un bilan précis de l’accord signé en avril 2024 et ouvrir de nouvelles pistes de négociation.
L’initiative intervient dans un climat marqué par une hausse continue des prix, notamment sur les carburants et les produits de consommation courante. Cette pression sur les ménages reconfigure les priorités du dialogue social. Les syndicats, à commencer par l’UMT et la CDT, entendent replacer la question salariale au centre des discussions, tandis que le patronat, représenté par la CGEM, insiste sur la nécessité de préserver la compétitivité des entreprises dans un environnement international incertain.
Le dialogue social marocain s’inscrit dans une trajectoire progressive depuis 2022, avec la signature d’un premier accord structurant entre le gouvernement, les syndicats et le patronat. Ce cadre a été renforcé en 2024 par un protocole qui a fixé une feuille de route autour de plusieurs chantiers : revalorisation des salaires, réforme des retraites et amélioration des conditions de travail. Ce socle constitue aujourd’hui le point de référence des discussions en cours.
La session d’avril 2025 n’avait pas permis d’aboutir à un nouvel accord global, malgré certaines avancées sectorielles. L’annulation d’un round prévu à l’automne avait accentué les tensions, en particulier sur le dossier du droit de grève. Cette séquence a nourri une défiance partielle des partenaires sociaux, qui attendent désormais des engagements plus concrets et des mécanismes d’application plus lisibles.
Le nouveau cycle s’ouvre avec un enjeu immédiat : évaluer la mise en œuvre effective des engagements de 2024. Les dispositions relatives aux salaires dans le secteur privé, notamment les augmentations progressives prévues entre 2025 et 2026, font l’objet d’une attention particulière. Dans le secteur public, les revalorisations annoncées soulèvent des interrogations sur leur financement et leur impact budgétaire.
La question des retraites reste l’un des dossiers les plus sensibles. Les syndicats plaident pour une réforme qui protège le pouvoir d’achat des futurs retraités, notamment à travers une indexation sur l’inflation. À l’inverse, les organisations patronales mettent en avant la soutenabilité financière du système. Ce désaccord structurel pourrait constituer un point de blocage si aucun compromis n’émerge.
Les conditions de travail dans les collectivités territoriales et les secteurs précaires figurent également parmi les priorités. Les revendications portent sur la stabilisation des contrats, la formation et la reconnaissance des compétences. Ces sujets, moins visibles médiatiquement, restent déterminants pour la cohésion sociale et la qualité de l’emploi.
Le ministre du Travail, Younes SEKKOURI, insiste sur la continuité des réformes engagées depuis 2022, évoquant une dynamique progressive plutôt qu’une rupture. La création de l’Observatoire du dialogue social, chargé de suivre les engagements, s’inscrit dans cette logique de structuration. Toutefois, les syndicats restent prudents et conditionnent leur participation active à des mesures tangibles sur le pouvoir d’achat.
Du côté de l’exécutif, la stratégie repose sur une phase de consultations bilatérales avant les réunions plénières. Cette méthode vise à réduire les tensions en amont et à identifier des zones de compromis. La CGEM, pour sa part, défend une approche conditionnelle des hausses salariales, liée aux gains de productivité et à la situation économique des entreprises.
Les positions restent contrastées. Les centrales syndicales demandent des augmentations générales substantielles et une clarification du cadre légal du droit de grève. Les représentants du monde agricole, à travers la COMADER, introduisent des spécificités liées aux zones rurales et à la saisonnalité de l’emploi. Cette diversité d’intérêts complique la recherche d’un consensus global.
Ce cycle de négociation revêt une dimension particulière. Il intervient à l’approche d’échéances politiques importantes et pourrait constituer un marqueur de la capacité du gouvernement à gérer les tensions sociales. Les syndicats n’excluent pas des mobilisations si les discussions n’aboutissent pas à des résultats concrets.
Au-delà des arbitrages immédiats, ce dialogue pose la question de la transformation du modèle social marocain. L’articulation entre croissance économique, protection sociale et compétitivité devient centrale. Les DRH, dans les secteurs public et privé, suivent de près ces évolutions, qui auront un impact direct sur les politiques de rémunération, de gestion des talents et de climat social.
L’issue de ce round d’avril dépendra de la capacité des acteurs à dépasser les logiques d’opposition pour construire un compromis opérationnel. Un accord permettrait de consolider le cadre du dialogue social et de stabiliser le climat économique. À l’inverse, un blocage prolongé pourrait raviver les tensions et fragiliser l’équilibre social déjà sous pression.




