Le groupe espagnol Incom, spécialisé dans les composants en matériaux composites destinés aux pales d’éoliennes, renforce son implantation industrielle au Maroc. L’entreprise doit achever, le 31 juillet 2026, sa troisième unité de production à Tanger, tout en préparant l’expansion de sa filiale marocaine à Nador. Cette évolution confirme la place prise par le Royaume dans l’organisation industrielle du groupe et dans la chaîne d’approvisionnement des énergies renouvelables.
La filiale marocaine d’Incom emploie aujourd’hui 300 collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros, soit plus de 22 % des 112 millions d’euros enregistrés par le groupe en 2024. Environ 65 % de sa production est exportée vers les États-Unis, portée par l’accord de libre-échange entre le Maroc et le marché américain. Le site marocain occupe ainsi une fonction stratégique pour servir à la fois l’Afrique, l’Europe et le premier marché international du groupe.
L’implantation d’Incom à Tanger remonte à la période qui a suivi les confinements liés au Covid-19. L’entreprise avait alors démarré avec 15 salariés, principalement pour répondre aux besoins de Siemens Gamesa. Six ans plus tard, l’effectif a été multiplié par vingt. La fermeture de l’usine Siemens Gamesa à Tanger n’a pas interrompu cette trajectoire. Incom a diversifié sa clientèle, réorganisé son portefeuille commercial et élargi ses débouchés.
Cette progression marocaine intervient dans un contexte de redéploiement industriel du groupe. En Espagne, sur le site d’Elda, dans la province d’Alicante, Incom a réduit ses effectifs de 136 postes sur environ 400, soit près de 34 %. Le Maroc présente, en parallèle, une combinaison d’atouts industriels : coûts de production maîtrisés, accès à des compétences techniques, proximité des marchés européens et ouverture vers les États-Unis grâce à l’accord de libre-échange.
L’activité d’Incom s’inscrit dans le développement du secteur éolien marocain. La puissance installée est passée de 902 MW en 2016 à 2 452 MW en 2025, représentant 52,5 % de la capacité renouvelable du pays. Entre 2003 et 2024, le Maroc a attiré 38,1 milliards de dollars d’investissements étrangers directs dans les énergies renouvelables, associés à près de 12 300 emplois directs et indirects.
Au sein du groupe, la filiale marocaine se distingue aussi par ses indicateurs sociaux. Juan Antonio Vidal, directeur général d’InCom Composites Morocco, met en avant la qualité du capital humain local. Selon lui, le Maroc a révélé un vivier de compétences particulièrement adapté aux besoins industriels de l’entreprise. La filiale affiche également le taux d’absentéisme et de rotation du personnel le plus bas du groupe, présent en Espagne, en Pologne, en Inde et au Royaume-Uni. Cette stabilité constitue un facteur important dans une industrie où la maîtrise des procédés, la régularité de la production et la formation des équipes jouent un rôle déterminant.
La prochaine étape se situe à Nador. Incom prépare le développement de ses activités à proximité du futur complexe portuaire Nador West Med. L’entreprise fournit déjà le groupe chinois Aeolon, qui y construit sa première usine hors de Chine sur une superficie de 50 hectares. Ce projet, évalué à plus de 220 millions d’euros, prévoit une capacité annuelle d’environ 600 pales d’éoliennes et la création de plus de 3 300 emplois.
Nador West Med, dont les premières opérations sont attendues au quatrième trimestre 2026, bénéficie de financements internationaux, dont 200 millions d’euros de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et 113 millions d’euros de la Banque africaine de développement. Avec ses terminaux à conteneurs et sa zone industrielle, le complexe portuaire doit renforcer le positionnement du nord du Maroc dans les échanges entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.
Le cas Incom illustre la montée du Maroc dans les chaînes de valeur industrielles liées à la transition énergétique. À Tanger, le groupe a construit une base productive tournée vers l’export. À Nador, il se positionne autour d’un nouvel écosystème portuaire et industriel. Entre investissement, emploi, formation et exportation, l’implantation marocaine d’Incom donne une lecture concrète de l’attractivité du Royaume dans les métiers industriels des énergies renouvelables.




