Le cumul d’emplois s’installe à un niveau historiquement élevé aux États-Unis. La série officielle LNS12026619, issue de la Current Population Survey, recense 8,693 millions de personnes occupant plusieurs emplois en juillet 2026, contre 8,358 millions en juillet 2025. Publiée le 7 août, cette donnée est ajustée des variations saisonnières afin de neutraliser les fluctuations liées notamment aux vacances, aux périodes scolaires et aux activités saisonnières.
Le chiffre doit être interprété avec précision. Il mesure des personnes, et non le nombre de postes occupés, et ne renseigne pas sur leurs motivations. Le Bureau of Labor Statistics ne permet donc pas d’affirmer que ces travailleurs ont tous recherché un second revenu pour compenser la hausse du coût de la vie. Certains cumulent par nécessité financière, d’autres pour développer une activité, diversifier leurs compétences ou préparer une reconversion.
La donnée ne se confond pas non plus avec l’overemployment, pratique consistant à exercer simultanément plusieurs emplois à temps plein, parfois à l’insu des employeurs. Dans les données non corrigées de juillet, 4,772 millions de personnes combinaient un emploi principal à temps plein et un second à temps partiel. Environ 2,161 millions cumulaient deux activités à temps partiel et 473 000 déclaraient deux emplois à temps plein. Cette dernière catégorie reste donc minoritaire.
La hausse s’inscrit néanmoins dans un marché du travail moins dynamique. En juillet, l’emploi salarié non agricole a reculé de 23 000 postes, tandis que les créations des deux mois précédents ont été révisées à la baisse de 103 000. Le chômage est resté à 4,1 %, mais 4,8 millions de personnes travaillaient à temps partiel pour des raisons économiques. Le cumul d’activités constitue ainsi l’un des signaux d’un marché où stabilité apparente et fragilités individuelles peuvent coexister.
Pour les DRH, la première alerte concerne la rémunération. Lorsqu’un salarié cherche régulièrement des revenus complémentaires, l’entreprise doit examiner le positionnement de ses salaires, mais aussi la prévisibilité des horaires, l’accès aux primes et la valeur des avantages sociaux. Interdire une activité secondaire ne corrige pas une rémunération devenue insuffisante ou une progression professionnelle bloquée.
Le deuxième enjeu concerne la santé. Cumuler plusieurs activités peut allonger les journées, réduire le repos et augmenter le risque d’erreur. Le manager doit pouvoir évoquer la charge globale sans exiger une intrusion dans la vie privée. Une baisse inhabituelle de concentration doit conduire à analyser l’organisation du travail avant de conclure à un manque de loyauté.
| Dimension | Signal américain | Enjeu pour les employeurs marocains | Réponse RH |
|---|---|---|---|
| Pouvoir d’achat | Hausse du cumul d’emplois | Multiplication des activités complémentaires | Revoir les grilles, primes et avantages |
| Formes de cumul | Temps plein et activité secondaire | Conseil, cours, commerce ou plateformes | Clarifier les activités compatibles |
| Santé au travail | Temps de travail fragmenté | Fatigue et baisse de vigilance | Suivre la charge, le repos et la performance |
| Confidentialité | Risque de cumul concurrent | Partage de données ou de clients | Renforcer les règles de sécurité |
| Compétences | Diversification professionnelle | Acquisition de savoir-faire externes | Valoriser les compétences transférables |
Au Maroc, le phénomène peut prendre des formes moins visibles : prestations de conseil, cours particuliers, commerce électronique, missions numériques ou activité sous statut d’auto-entrepreneur. Faute de données nationales comparables, il serait hasardeux d’en mesurer l’ampleur. Les entreprises ont toutefois intérêt à sortir d’une gestion fondée sur le silence et la suspicion.
Le contrat doit distinguer l’activité complémentaire légitime du conflit d’intérêts. Les restrictions peuvent porter sur la concurrence directe, l’utilisation des ressources de l’employeur, la confidentialité, la propriété intellectuelle et le respect des temps de repos. Une clause d’exclusivité générale peut être disproportionnée lorsqu’aucun risque précis ne la justifie.
L’enjeu managérial consiste finalement à déterminer ce que révèle le second emploi. Il peut signaler une rémunération insuffisante, mais aussi un besoin d’autonomie, d’apprentissage ou d’entrepreneuriat que l’organisation ne satisfait pas. Une entreprise qui réduit toute activité parallèle à un problème disciplinaire risque de perdre ses salariés les plus entreprenants. Celle qui l’ignore totalement s’expose à la fatigue et aux conflits d’intérêts. Entre interdiction et laisser-faire, la réponse la plus solide reste une politique transparente, proportionnée et fondée sur les risques réels.




