Geodis et la famille Deret ont annoncé, le 30 septembre 2026, avoir trouvé un accord concernant la cession d’une partie importante des activités du groupe logistique orléanais. Le périmètre comprend Deret Logistique, Deret Transporteur ainsi que les filiales Sogipac, Logtex et Deret Services Numériques. Les principaux actifs immobiliers logistiques détenus par Deret SAS sont également concernés.
Au total, treize agences de transport, vingt-huit sites et environ 2 400 collaborateurs doivent rejoindre Geodis si l’opération aboutit. La transaction reste soumise à plusieurs étapes, dont la consultation des instances représentatives du personnel et l’obtention des autorisations nécessaires au titre du contrôle des concentrations. Son montant n’a pas été communiqué.
Pour Geodis, l’opération répond d’abord à une logique de consolidation de ses activités de logistique contractuelle en France. Le groupe cherche notamment à renforcer ses positions dans trois secteurs à forte valeur ajoutée : le luxe, la cosmétique et la pharmacie. Ces activités imposent des exigences élevées en matière de traçabilité, de qualité de service, de gestion des stocks et de respect des délais.
Le réseau de Deret apporte également à Geodis une implantation importante dans l’Orléanais, territoire historiquement associé au développement du groupe familial et devenu un bassin logistique majeur. La complémentarité géographique entre les deux réseaux figure parmi les arguments avancés pour justifier le rapprochement.
Les données disponibles sur les surfaces concernées diffèrent selon le périmètre retenu. Environ 340 000 m² de bâtiments seraient directement associés aux actifs repris, tandis que l’ensemble des vingt-huit implantations représente un parc exploité sensiblement plus important. Cette différence s’explique notamment par la présence d’entrepôts exploités en location. Deret revendiquait historiquement un parc logistique beaucoup plus vaste : l’accord ne porte donc pas sur l’intégralité des activités et actifs du groupe.
Le projet avait commencé à se préciser durant l’été. Fin juillet, Deret avait annoncé être entré en négociations exclusives avec Geodis. Plusieurs acteurs français et internationaux de la logistique ainsi que des investisseurs financiers auraient examiné le dossier avant que le choix ne se porte sur la filiale de la SNCF.
La logique industrielle semble avoir pesé dans la sélection du repreneur. Geodis dispose déjà des infrastructures, des métiers et des capacités permettant d’intégrer les activités concernées dans un ensemble plus large. Deret insiste pour sa part sur la volonté de préserver la culture et l’identité développées depuis près de quatre-vingts ans.
Cette question sera particulièrement observée par les 2 400 collaborateurs concernés. À ce stade, aucune réorganisation détaillée n’a été annoncée. La consultation des représentants du personnel devra permettre de préciser les conséquences du projet sur les organisations, les métiers, les implantations et les conditions d’intégration au sein de Geodis.
Pour la fonction RH, le rapprochement ouvre plusieurs chantiers potentiels. L’intégration de 2 400 collaborateurs suppose notamment de rapprocher les politiques sociales, les systèmes d’information RH, les dispositifs de rémunération, les classifications, les processus de mobilité et les pratiques managériales. La coexistence de deux cultures d’entreprise constitue également un enjeu dans une opération où l’identité familiale de Deret est présentée comme un élément à préserver.
La question des éventuels doublons organisationnels devra aussi être suivie. Dans ce type d’acquisition, les fonctions support, les systèmes numériques, certaines activités administratives ou les implantations géographiquement proches peuvent donner lieu à des mutualisations. L’importance de l’Orléanais dans les réseaux des deux groupes rend ce sujet particulièrement sensible. Aucune fermeture de site ni suppression de poste n’a cependant été annoncée dans le cadre de l’accord présenté le 30 septembre.
L’opération intervient par ailleurs dans une période particulière pour l’actionnariat familial de Deret. Lucien Deret, son épouse et leur fille ont été mis en examen en 2025 dans une affaire portant notamment sur des soupçons d’abus de biens sociaux. Cette procédure reste distincte du projet de cession et les personnes concernées bénéficient de la présomption d’innocence. Aucun élément communiqué par les entreprises n’établit de lien direct entre cette procédure judiciaire et la transaction avec Geodis.
Sur le plan économique, l’acquisition ne modifierait pas fondamentalement la taille de Geodis, qui a réalisé 5,34 milliards d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2026 pour un excédent brut d’exploitation de 534 millions d’euros. Elle renforcerait en revanche significativement la densité de son dispositif français.
Le rapprochement pourrait porter le chiffre d’affaires cumulé des activités de logistique contractuelle en France autour de 925 millions d’euros. Au-delà du volume, Geodis récupérerait surtout des compétences, des implantations et des portefeuilles clients positionnés sur des secteurs exigeants, où la maîtrise opérationnelle et les compétences des équipes constituent des éléments déterminants de la relation commerciale.
Le calendrier prévoit encore plusieurs étapes avant la réalisation définitive de l’opération. Le périmètre immobilier pourrait également être précisé, l’accord portant sur les « principaux » actifs logistiques de Deret SAS et non sur l’ensemble de son patrimoine.
Après près de quatre-vingts ans sous contrôle familial, une partie centrale de Deret s’apprête ainsi à rejoindre l’un des principaux groupes européens de transport et de logistique. Pour les 2 400 collaborateurs concernés, la prochaine séquence sera désormais celle de l’intégration : elle permettra de mesurer concrètement comment Geodis entend conjuguer les synergies recherchées avec la préservation de l’organisation, des compétences et de l’identité de Deret.




