Le Maroc figure parmi les dix-neuf nouveaux pays ayant rejoint la « Joint Statement on AI Opportunity Partnership », initiative américaine destinée à renforcer la coopération entre économies partenaires dans les technologies stratégiques. Les nouvelles adhésions ont été formalisées en septembre, à l’occasion de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.
Outre le Maroc, cette nouvelle vague comprend l’Albanie, l’Autriche, la Croatie, Chypre, la Tchéquie, la République dominicaine, la Géorgie, l’Islande, la Malaisie, Malte, Maurice, le Pérou, Palaos, les Tonga, la Roumanie, la Serbie, la Slovénie et le Vietnam. Leur arrivée porte à 54 le nombre de pays associés au partenariat.
Pour Washington, l’objectif dépasse la seule coopération dans les logiciels et les modèles d’intelligence artificielle. Le dispositif couvre l’ensemble de la chaîne technologique nécessaire au développement des systèmes avancés : minéraux critiques, approvisionnement énergétique, semi-conducteurs, centres de données et infrastructures de calcul.
L’intégration du Maroc renforce notamment la présence africaine et méditerranéenne au sein de ce réseau. Le Royaume dispose déjà de relations économiques importantes avec les États-Unis, notamment dans l’industrie, l’énergie et les phosphates. Il cherche parallèlement à développer ses capacités dans les infrastructures numériques, les énergies renouvelables et les industries technologiques.
Le partenariat s’inscrit dans l’initiative Pax Silica, lancée en décembre 2025 par Washington afin de structurer un réseau de pays partenaires autour des chaînes d’approvisionnement indispensables au développement de l’intelligence artificielle. Un premier groupe d’une trentaine de pays avait signé le texte lors du deuxième sommet Pax Silica organisé à Washington en juin 2026.
Les engagements pris restent toutefois politiques et non contraignants. Les pays participants sont notamment appelés à favoriser un environnement réglementaire propice à l’investissement et à l’innovation, à rapprocher leurs chaînes d’approvisionnement de celles des États-Unis et des autres économies partenaires et à explorer de nouvelles coopérations dans la recherche et développement, les centres de données et les technologies stratégiques.
Cette extension intervient également dans un contexte de changement de vocabulaire au sein de l’administration américaine. Depuis fin septembre, l’exécutif américain privilégie officiellement l’expression « Super Intelligence », ou « SI », dans ses communications, en remplacement des termes « Artificial Intelligence » et « AI ». Cette nouvelle terminologie apparaît désormais dans les communications diplomatiques consacrées au partenariat.
Derrière cette évolution se dessine surtout une stratégie industrielle et diplomatique. Washington cherche à consolider un écosystème international autour de ses technologies et de ses entreprises, tout en réduisant la dépendance à des fournisseurs considérés comme sensibles. Les semi-conducteurs, les capacités de calcul, l’énergie et les matières premières nécessaires à leur production deviennent ainsi des composantes de la politique économique extérieure américaine.
Le programme américain consacré aux exportations de technologies d’intelligence artificielle complète cette approche en proposant aux pays partenaires des offres pouvant associer matériel informatique, infrastructures, logiciels, cybersécurité et applications. Pour les entreprises américaines, l’élargissement du partenariat doit également permettre d’accéder à davantage de marchés et de fournisseurs considérés comme fiables.
Pour le Maroc, l’adhésion ouvre surtout un nouveau cadre de coopération avec les États-Unis et les autres membres du partenariat. Elle pourrait faciliter les échanges autour des investissements technologiques, des infrastructures numériques, de la recherche et des chaînes d’approvisionnement stratégiques. La déclaration ne prévoit toutefois ni montant d’investissement obligatoire ni calendrier contraignant.
Les projets susceptibles de découler directement de l’adhésion marocaine n’ont pas encore été détaillés. L’enjeu sera désormais d’observer comment cet alignement politique pourra se traduire par des investissements, des infrastructures de calcul, des partenariats de recherche ou de nouvelles implantations industrielles et technologiques au Maroc.




