Le Maroc conserve sa première place parmi les nationalités étrangères affiliées à la Sécurité sociale espagnole. En août 2026, 407 350 cotisants marocains étaient recensés, devant les Colombiens, au nombre de 368 901, et les Roumains, avec 336 681 affiliés. Viennent ensuite les Vénézuéliens avec 248 550 cotisants et les Italiens avec 222 158.
Cette première place s’inscrit dans une progression de long terme. Fin 2022, l’Espagne comptait 305 428 affiliés marocains. Ils étaient 323 143 fin 2023, 346 597 fin 2024 puis 373 436 fin 2025. En août 2026, leur nombre atteignait 407 350. En moins de quatre ans, l’effectif a ainsi augmenté de près de 102 000 personnes, soit environ 33 %.
Les affiliés marocains à la Sécurité sociale espagnole
Évolution du nombre de cotisants marocains entre 2022 et 2026
Graphique 1 : évolution des affiliés marocains à la Sécurité sociale espagnole. Données de fin d’année pour 2022 à 2025 et d’août pour 2026. *La donnée 2026 n’est donc pas directement comparable à une clôture annuelle.
La photographie de l’été 2026 est néanmoins plus contrastée. Après avoir dépassé 420 000 affiliés au printemps, le nombre de cotisants marocains a reculé pendant les mois d’été pour revenir à 407 350 en août. Cette contraction ne remet pas en cause la tendance de fond, mais elle intervient au moment où d’autres nationalités connaissent une accélération beaucoup plus forte.
La Colombie en constitue l’exemple le plus spectaculaire. Fin 2024, l’Espagne comptait 221 319 affiliés colombiens, contre 346 597 Marocains. L’écart atteignait alors plus de 125 000 cotisants. En août 2026, avec 368 901 Colombiens contre 407 350 Marocains, il est tombé à seulement 38 449 personnes. Entre fin 2024 et août 2026, les effectifs colombiens ont progressé d’environ 67 %, contre 17,5 % pour les Marocains.
| Nationalité | Fin 2024 | Août 2026 | Évolution | Part des demandes de régularisation 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Maroc | 346 597 | 407 350 | +17,5 % | 13,3 % |
| Colombie | 221 319 | 368 901 | +66,7 % | 25,9 % |
| Roumanie | 334 721 | 336 681 | +0,6 % | – |
| Venezuela | 175 121 | 248 550 | +41,9 % | 11,8 % |
| Pérou | – | 140 467 | – | 8,8 % |
Tableau 1 : évolution des principales nationalités étrangères affiliées et poids dans les demandes déposées dans le cadre de la régularisation extraordinaire de 2026.
La régularisation extraordinaire engagée par le gouvernement espagnol explique une partie de cette recomposition. Ouverte le 16 avril et clôturée le 30 juin 2026, elle a donné lieu à 1 174 978 demandes. La Colombie représente à elle seule 25,9 % des dossiers, devant le Maroc avec 13,3 %, le Venezuela avec 11,8 %, le Pérou avec 8,8 % et le Honduras avec 4,9 %. Près des deux tiers des demandeurs sont ainsi originaires d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.
Pour le Maroc, une part de 13,3 % correspond à environ 156 000 demandes. Le chiffre est considérable, mais reste très inférieur aux quelque 304 000 dossiers correspondant à la part colombienne. Cette différence contribue à expliquer pourquoi la hiérarchie historique des travailleurs étrangers en Espagne évolue rapidement.
Régularisation 2026 : la Colombie loin devant le Maroc
Part des 1 174 978 demandes enregistrées, par principales nationalités
Graphique 2 : répartition des demandes de régularisation extraordinaire parmi les cinq principales nationalités. Les barres représentent leur poids relatif par rapport à la Colombie, première nationalité.
L’effet sur l’emploi formel est déjà visible. Au 30 juin, 159 097 personnes étaient affiliées à la Sécurité sociale à la suite de la régularisation. Fin août, elles étaient près de 340 000. En quelques semaines, plus de 180 000 personnes supplémentaires issues du dispositif avaient donc intégré les statistiques de l’emploi déclaré. Près de 80 % des bénéficiaires affiliés fin août relevaient du régime général et 5 % exerçaient comme travailleurs indépendants.
Le Maroc conserve néanmoins un avantage important : sa présence sur le marché du travail espagnol est ancienne et ne dépend pas du seul processus de régularisation de 2026. Les travailleurs marocains sont particulièrement présents dans l’agriculture, la construction, l’hôtellerie et différents services. Cette implantation explique pourquoi le pays reste en tête du classement malgré l’accélération des arrivées latino-américaines.
Le mouvement observé depuis deux ans montre toutefois que cette hiérarchie n’est plus figée. Les Marocains étaient environ 125 000 de plus que les Colombiens fin 2024 ; leur avance est tombée sous les 40 000 en août 2026. Dans le même temps, la régularisation extraordinaire compte près de deux fois plus de demandes colombiennes que marocaines en proportion du total.
La progression des Marocains en Espagne reste donc forte lorsqu’elle est observée sur cinq ans, mais elle coexiste désormais avec une transformation beaucoup plus rapide de la composition de la main-d’œuvre étrangère. Les prochaines statistiques permettront de déterminer si le recul marocain enregistré durant l’été était essentiellement saisonnier et, surtout, si l’affiliation des personnes régularisées continuera de réduire l’écart entre le Maroc et la Colombie dans les prochains mois.




