Le groupe chinois Jiangsu Aishelun Medical Technology Group engage son implantation industrielle au Maroc. Le 24 mai 2026, l’entreprise a lancé les travaux de construction de son usine de consommables médicaux à Tanger Tech, à travers sa filiale marocaine InnovMed Tech Group. Ce projet positionne la Cité Mohammed VI Tanger Tech sur une filière stratégique : les produits paramédicaux et les consommables de santé.
L’investissement annoncé atteint 20 millions d’euros. Il a été renforcé en janvier 2026, après une première enveloppe initiale de 5 millions d’euros, à laquelle le groupe a ajouté 15 millions d’euros supplémentaires. La filiale marocaine InnovMed Tech Group, créée en novembre 2024 avec un capital de 9 000 euros, porte désormais le déploiement industriel du groupe au Maroc.
Le contrat de construction s’élève à 151,75 millions de dirhams. La première phase du projet couvrira près de 60 000 m² de terrain, dont 31 348 m² de bâtiments destinés à la production, au stockage et aux bureaux. La durée des travaux est estimée à environ un an, avec une mise en exploitation progressive envisagée à partir de 2027.
Une fois opérationnelle, l’usine devrait produire 232 millions d’articles médicaux par an. La valeur annuelle de production est estimée à près de 200 millions de yuans, avec une montée en charge prévue sur deux à trois ans après le démarrage de l’activité. Le site fabriquera notamment des alèses de soins, des protections absorbantes, des couches pour adultes, des poches urinaires, des poches de glace médicales, des blouses chirurgicales, des champs opératoires, des packs chirurgicaux et des fournitures de contrôle des infections.
Ce positionnement répond à une demande mondiale soutenue en consommables médicaux. Depuis la pandémie de Covid-19, les États, les hôpitaux, les distributeurs et les industriels de la santé ont renforcé leur attention sur la disponibilité des équipements de protection, des dispositifs d’hygiène et des produits utilisés au quotidien dans les structures de soins. L’implantation d’Aishelun à Tanger s’inscrit dans cette recomposition des chaînes d’approvisionnement.
Pour le groupe chinois, le Maroc offre une base industrielle hors de Chine, proche des marchés européens, africains et moyen-orientaux. Aishelun, coté à la Bourse de Pékin et spécialisé dans les consommables médicaux, cherche à renforcer ses capacités de production, de livraison et, potentiellement, de recherche et développement à l’international. Tanger permet de combiner proximité logistique, accès aux marchés et insertion dans un écosystème industriel déjà structuré.
Le choix de Tanger Tech renforce aussi l’attractivité du pôle. Le site ambitionne d’accueillir des projets industriels internationaux à forte intensité productive, notamment portés par des investisseurs asiatiques. L’arrivée d’un acteur chinois du secteur médical confirme l’intérêt croissant pour cette zone, située dans une région déjà soutenue par les infrastructures portuaires, logistiques et industrielles de Tanger.
L’enjeu dépasse la seule construction d’une usine. Le Maroc cherche depuis plusieurs années à diversifier son tissu industriel au-delà de l’automobile, de l’aéronautique, du textile ou de l’agroalimentaire. Les produits médicaux et paramédicaux représentent une filière à potentiel, à la croisée de la souveraineté sanitaire, de l’exportation industrielle et de la montée en compétence locale.
Le nombre d’emplois directs n’a pas encore été communiqué officiellement. Un projet de cette taille pourrait toutefois générer des besoins importants dans la production, la logistique, le contrôle qualité, la maintenance, l’administration et les fonctions support. L’impact réel dépendra du rythme de montée en puissance de l’usine, du niveau d’automatisation retenu et de la capacité à former localement les profils requis.
L’implantation d’Aishelun peut également ouvrir des perspectives pour l’écosystème marocain de la santé. Des partenariats locaux pourraient émerger autour de la sous-traitance, de la formation, du contrôle qualité, de la distribution ou de la conformité aux normes internationales. Pour les entreprises marocaines, l’arrivée d’un acteur industriel spécialisé peut favoriser des transferts de savoir-faire, à condition que l’intégration locale ne se limite pas à l’assemblage ou à la production standardisée.
Ce projet confirme enfin une tendance plus large : le Maroc devient une plateforme de production recherchée par des groupes asiatiques souhaitant servir plusieurs marchés depuis un même site. L’avantage n’est pas uniquement géographique. Il repose aussi sur la stabilité industrielle, les infrastructures, les zones spécialisées et la capacité du pays à offrir une alternative compétitive aux chaînes d’approvisionnement trop concentrées. Avec Aishelun, Tanger Tech consolide son positionnement sur une industrie médicale appelée à prendre plus de poids dans les stratégies industrielles internationales.




