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[RAPPORT] Enseignement supérieur : l’UNESCO met en garde contre le modèle de « l’usine à diplômes »

Face à la massification des effectifs, à l’intelligence artificielle et à l’évolution rapide des métiers, l’université ne peut plus être évaluée uniquement au nombre de diplômes délivrés. Dans une feuille de route présentée le 12 mars 2026 à Paris, l’UNESCO appelle les établissements à développer des compétences durables, à favoriser l’insertion professionnelle et à contribuer davantage aux transformations économiques et sociales. Pour le Maroc, cette réflexion rejoint les objectifs du PACTE ESRI-2030, tout en soulignant l’ampleur du chemin restant à parcourir.

Nisrine M. par Nisrine M.
20 juillet 2026
dans Etudes et publications
Temps de lecture : 13 mins
[RAPPORT] Enseignement supérieur : l’UNESCO met en garde contre le modèle de « l’usine à diplômes » l DRH.ma

[RAPPORT] Enseignement supérieur : l’UNESCO met en garde contre le modèle de « l’usine à diplômes » l DRH.ma

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L’enseignement supérieur mondial n’a jamais accueilli autant d’étudiants. Pourtant, cette croissance spectaculaire ne garantit ni la qualité des apprentissages ni l’employabilité des diplômés. C’est le principal avertissement formulé par l’UNESCO dans son rapport « Transformer l’enseignement supérieur : collaboration mondiale pour la prospective et l’action », présenté le 12 mars 2026 au siège de l’organisation à Paris.

Le document ne remet pas en cause la valeur du diplôme. Il conteste plutôt la place excessive qui lui est accordée dans l’organisation des systèmes universitaires. Lorsque l’obtention d’une qualification devient la finalité presque exclusive du parcours, le risque est de transformer les établissements en « usines à diplômes », déconnectées des mutations du travail, des besoins des territoires et des défis sociaux.

Cette critique intervient alors que le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur est passé d’environ 100 millions en 2000 à 269 millions en 2024. Le taux mondial de participation à l’enseignement supérieur atteint désormais 43 % de la population concernée. La mobilité internationale a également plus que triplé en deux décennies, avec près de 7 millions d’étudiants poursuivant leurs études hors de leur pays. Plus de 22 000 établissements accrédités et soumis à des dispositifs d’assurance qualité sont aujourd’hui recensés dans le monde.

La massification ne suffit plus à mesurer le progrès

Pendant plusieurs décennies, l’augmentation des capacités d’accueil, du nombre d’universités et du volume de diplômés a été considérée comme le principal indicateur de progrès. Cette expansion a incontestablement démocratisé l’accès aux études supérieures et ouvert des perspectives à des millions de jeunes. Elle a cependant fait apparaître une nouvelle difficulté : l’écart entre la qualification académique obtenue et la capacité réelle à s’insérer dans une économie en transformation.

Dans de nombreux pays, les diplômés sont plus nombreux, mais les emplois qualifiés ne progressent pas au même rythme. Certaines filières continuent d’accueillir des cohortes importantes sans disposer d’une visibilité suffisante sur leurs débouchés. Parallèlement, les entreprises signalent des difficultés de recrutement dans certains secteurs, malgré l’importance du chômage des jeunes diplômés.

Cette contradiction révèle que le problème ne se résume pas au nombre de postes disponibles. Il concerne également la correspondance entre les connaissances enseignées, les compétences développées et les besoins des organisations. Maîtriser une discipline demeure indispensable, mais cette maîtrise ne suffit plus dans un environnement où les technologies, les méthodes de travail et les modèles économiques évoluent rapidement.

L’UNESCO invite donc à sortir d’une conception linéaire de l’enseignement supérieur, longtemps présenté comme une étape située entre l’école et le premier emploi. La formation universitaire doit désormais accompagner plusieurs périodes de la vie professionnelle. Un diplôme obtenu à 22 ou 25 ans ne peut plus être considéré comme un acquis suffisant pour une carrière de plusieurs décennies.

Former à apprendre plutôt qu’à reproduire

La feuille de route place les compétences transversales au centre de cette transformation. La pensée critique, la résolution de problèmes, la créativité, la communication, la coopération et le leadership ne doivent plus être traités comme des compléments périphériques. Ils constituent une partie essentielle de la qualification.

Cette évolution impose de revoir les programmes, mais aussi les méthodes pédagogiques. Un cursus peut être régulièrement actualisé sur le papier tout en conservant des pratiques fondées sur la mémorisation, la restitution et la réussite aux examens. Or, ces méthodes préparent insuffisamment les étudiants à des situations professionnelles caractérisées par l’incertitude, la collaboration et la prise de décision.

L’intelligence artificielle rend cette réforme encore plus urgente. Lorsque des outils numériques peuvent produire un résumé, traduire un texte, générer du code ou rédiger une première analyse, la valeur humaine se déplace vers la formulation des bonnes questions, la vérification des résultats, le jugement, la contextualisation et la responsabilité.

L’enjeu n’est donc pas seulement d’ajouter des modules consacrés à l’IA. Il s’agit de repenser ce qui doit être appris, évalué et certifié. Une formation ne peut plus être jugée uniquement à la quantité de connaissances transmises, mais à la capacité des étudiants à mobiliser ces connaissances dans des situations nouvelles.

L’université conserve ici une fonction irremplaçable. Elle ne doit pas se limiter à préparer des exécutants immédiatement opérationnels. Elle doit former des citoyens et des professionnels capables de comprendre les transformations, d’en mesurer les conséquences et d’agir avec discernement.

Sept principes pour redéfinir la qualité universitaire

Pour structurer cette évolution, l’UNESCO propose sept principes directeurs. Le premier consiste à consacrer davantage de ressources à l’équité et au pluralisme afin que l’expansion de l’enseignement supérieur ne renforce pas les inégalités sociales, territoriales ou numériques.

Le deuxième principe porte sur la liberté d’apprendre, d’enseigner, de rechercher et de coopérer au niveau international. L’autonomie académique est considérée comme une condition de production et de circulation du savoir, et non comme un simple privilège institutionnel.

Le troisième appelle à favoriser l’enquête, la pensée critique et la créativité. Le quatrième défend une utilisation des technologies numériques et de l’intelligence artificielle centrée sur l’humain, avec une attention particulière portée aux risques d’exclusion, de dépendance technologique et de reproduction des biais.

Le cinquième principe érige la collaboration et la solidarité en fondements de l’enseignement supérieur. Le sixième intègre la durabilité, la préservation des ressources et la régénération dans les programmes comme dans le fonctionnement des campus.

Enfin, le septième principe propose d’élargir les définitions de la qualité, de l’excellence et de la pertinence. Une université ne devrait pas être jugée uniquement à son classement, au nombre de publications produites ou au volume de diplômes délivrés. Son impact sur l’insertion professionnelle, l’innovation, le développement territorial et la résolution des problèmes collectifs doit également être pris en compte.

Ces orientations, issues du processus engagé lors de la troisième Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur organisée à Barcelone en 2022, ont été nourries par des consultations réunissant plus de 15 000 participants, 250 sessions, 1 500 contributions et 250 productions de connaissance.

Le diplôme concurrencé par de nouvelles certifications

Le rapport intervient également dans un contexte de remise en question du rendement économique des études supérieures. La hausse des coûts de formation, l’allongement des parcours et les difficultés d’insertion conduisent les étudiants et leurs familles à examiner plus attentivement le rapport entre l’investissement consenti et les perspectives professionnelles.

Dans le même temps, les certifications courtes, les microcertifications, les formations en ligne et les programmes proposés directement par des entreprises gagnent du terrain. Ces formats répondent à une demande de flexibilité, de spécialisation rapide et d’actualisation régulière des compétences. Ils ne remplacent pas nécessairement le diplôme universitaire, mais ils remettent en cause son monopole dans la reconnaissance des acquis.

Pour conserver leur pertinence, les universités doivent devenir des espaces d’apprentissage accessibles tout au long de la vie. Cela suppose de proposer des parcours modulaires, de reconnaître les acquis de l’expérience et de permettre aux actifs de revenir régulièrement en formation sans devoir reprendre un cursus complet.

Cette évolution nécessite aussi une meilleure lisibilité des compétences. Les employeurs doivent pouvoir comprendre précisément ce qu’un diplômé sait faire. Les étudiants, de leur côté, doivent pouvoir construire progressivement un portefeuille de compétences reconnues et transférables entre plusieurs secteurs.

Le Maroc face au défi de la traduction opérationnelle

Pour le Maroc, les orientations de l’UNESCO rejoignent plusieurs objectifs du Plan national d’accélération de la transformation de l’écosystème de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, connu sous le nom de PACTE ESRI-2030. Celui-ci repose notamment sur l’excellence académique, la recherche et l’innovation, le développement de territoires d’innovation et la modernisation de la gouvernance universitaire.

L’approche par compétences, la transformation numérique, l’ouverture sur les langues étrangères, le développement de la mobilité et le rapprochement entre universités et entreprises s’inscrivent dans cette logique. La difficulté réside désormais dans la mise en œuvre homogène de ces orientations au sein des établissements et des filières.

Le marché marocain du travail continue en effet de révéler un décalage entre les formations et les besoins économiques. Le chômage élevé parmi certains diplômés ne signifie pas que l’enseignement supérieur serait inutile. Il montre que la possession d’un diplôme ne produit pas automatiquement une insertion professionnelle, surtout lorsque l’orientation, l’expérience pratique et les compétences comportementales restent insuffisamment intégrées au parcours.

L’alternance, les stages encadrés, les projets menés avec des entreprises et l’intervention de professionnels peuvent contribuer à réduire cet écart. Mais ces dispositifs ne doivent pas devenir de simples formalités administratives. Leur qualité doit être évaluée à partir des compétences réellement acquises, de l’autonomie développée et de leur effet sur l’insertion.

Le rapprochement entre les universités et les entreprises ne doit pas non plus conduire à soumettre entièrement les formations aux besoins immédiats des recruteurs. Les entreprises recherchent des profils capables de répondre à leurs priorités actuelles, mais l’université doit préparer les étudiants à des métiers qui évolueront et à des fonctions qui n’existent pas encore.

Les DRH appelés à devenir des partenaires de formation

La transformation préconisée par l’UNESCO concerne directement les directions des ressources humaines. Les entreprises ne peuvent plus attendre du système universitaire qu’il leur livre des collaborateurs définitivement formés. Elles doivent participer à la construction des compétences par l’alternance, le mentorat, la formation continue, l’accueil de stagiaires et la définition partagée des référentiels métiers.

Les DRH peuvent également contribuer à améliorer la visibilité sur les besoins futurs. Trop souvent, le dialogue entre l’université et l’entreprise repose sur les recrutements du moment, alors que les programmes nécessitent plusieurs années pour être conçus, accrédités et déployés. Une coopération efficace doit donc s’appuyer sur la prospective des métiers et non sur la seule gestion des postes vacants.

Cette responsabilité implique, en retour, de revoir les critères de recrutement. Si les employeurs continuent à filtrer systématiquement les candidats selon le prestige du diplôme ou de l’établissement, ils entretiennent eux-mêmes le modèle qu’ils critiquent. Le recrutement fondé sur les compétences, les mises en situation et le potentiel d’apprentissage constitue un complément nécessaire à l’évaluation des qualifications académiques.

Le message de l’UNESCO ne consiste finalement pas à opposer diplôme et compétence. Il rappelle que le premier ne conserve sa valeur que s’il atteste réellement la seconde. La réforme de l’enseignement supérieur ne pourra donc pas se limiter à créer de nouvelles filières, à rebaptiser des cursus ou à numériser les cours. Elle doit transformer les apprentissages, les méthodes d’évaluation, les relations avec les entreprises et les possibilités de retour en formation.

Pour le Maroc, le PACTE ESRI-2030 fournit une orientation stratégique cohérente avec cette ambition. La réussite dépendra toutefois de sa traduction dans chaque salle de cours, chaque programme et chaque partenariat. L’enjeu n’est plus seulement de diplômer davantage de jeunes, mais de leur permettre de comprendre, de s’adapter, de créer et de contribuer durablement à l’économie comme à la société. C’est à cette condition que l’enseignement supérieur pourra devenir le fondement d’un nouveau contrat social plutôt qu’une simple machine à délivrer des qualifications.

Tags: compétencesemployabilitéEnseignement supérieurformation continueInsertion professionnelleintelligence artificiellemicrocertificationsPACTE ESRI-2030UNESCOuniversité
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Nisrine M.

Nisrine M.

Analyste rigoureuse des systèmes de compensation, Nesrine se consacre à l'optimisation des politiques de rémunération et des "Benefits". Elle s'appuie sur une veille constante des études de marché et des publications statistiques pour offrir des analyses comparatives sur l'évolution des salaires et de la protection sociale. Son expertise aide les directions RH à concevoir des packages globaux attractifs et équitables, mêlant rémunération directe et avantages périphériques. Elle transforme les données complexes en indicateurs de pilotage stratégique pour une gestion fine de la masse salariale et de la motivation financière.

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