Le partenariat énergétique entre OCP Group et ENGIE devrait prochainement entrer dans une phase opérationnelle. Selon des informations rapportées en juillet 2026 par Africa Intelligence, les deux groupes préparent la constitution officielle d’une joint venture à l’automne. Cette entité commune aurait pour mission de structurer et de superviser les différents projets étudiés depuis la signature de leur accord de développement conjoint, le 28 octobre 2024 à Rabat.
Cet accord avait été conclu lors de la visite d’État du président français Emmanuel Macron au Maroc. Il traduisait la volonté des deux groupes de construire une coopération industrielle de long terme autour de la transition énergétique. La possibilité de créer une joint venture figurait déjà parmi les modalités envisagées pour organiser le développement et le financement des projets.
Depuis plusieurs mois, OCP et ENGIE mènent des études de faisabilité portant sur quatre domaines prioritaires. Le premier concerne la production d’électricité à partir de sources solaire et éolienne, associée à des capacités de stockage. L’objectif est de fournir une énergie bas carbone plus régulière aux installations industrielles d’OCP, malgré l’intermittence propre aux ressources renouvelables.
Le deuxième axe porte sur la conception d’infrastructures électriques adaptées aux sites du groupe. Celles-ci devront connecter les nouvelles capacités de production renouvelable aux unités industrielles, tout en garantissant la stabilité et la flexibilité de l’approvisionnement.
La production d’ammoniac vert représente le troisième volet et l’un des enjeux les plus stratégiques de cette coopération. L’ammoniac est une matière première déterminante dans la fabrication des fertilisants phosphatés. Sa production conventionnelle dépend largement du gaz naturel et reste fortement émettrice de carbone. En développant une production fondée sur l’hydrogène vert, OCP pourrait réduire l’empreinte environnementale de ses engrais et limiter sa dépendance aux importations.
Les études doivent également évaluer le potentiel d’autres dérivés de l’hydrogène, notamment l’e-méthanol et les carburants durables destinés à l’aviation. Ces activités pourraient ouvrir de nouveaux marchés au Maroc, alors que la demande internationale pour les molécules bas carbone devrait progresser sous l’effet des politiques climatiques.
Le quatrième domaine concerne le dessalement durable de l’eau de mer. Les installations envisagées devront répondre aux besoins industriels d’OCP, mais pourraient également soutenir l’irrigation agricole dans certaines zones confrontées au stress hydrique. Ce volet associe ainsi sécurité hydrique, développement agricole et décarbonation des procédés.
La future joint venture devrait permettre aux deux partenaires de passer progressivement de la phase d’études à celle de la réalisation. Les montants d’investissement, la répartition du capital et le calendrier précis des premiers projets n’ont toutefois pas encore été communiqués publiquement. L’annonce officielle pourrait intervenir à l’occasion de nouvelles rencontres institutionnelles entre le Maroc et la France à l’automne 2026.
Pour OCP, cette alliance accompagne un programme d’investissement vert estimé à 13 milliards de dollars jusqu’en 2027. Le groupe cherche à sécuriser ses besoins en énergie et en eau, tout en développant une offre de fertilisants moins carbonée. La création, en avril 2026, d’une entité interne « Sustainability & Green Utilities » confirme la place désormais accordée à ces enjeux dans son organisation.
Pour ENGIE, la joint venture renforcerait sa présence au Maroc et lui donnerait accès à des projets industriels intégrant plusieurs composantes de la transition énergétique. Le groupe français pourrait y mobiliser son expertise dans les renouvelables, le stockage, les infrastructures électriques, l’hydrogène et le dessalement.
La concrétisation de cette structure constituerait également un signal pour la stratégie énergétique marocaine. Elle rapprocherait les ambitions nationales en matière d’hydrogène vert d’applications industrielles immédiates, tout en favorisant les investissements, les transferts technologiques et la création de nouvelles compétences. L’enjeu sera désormais de convertir ce partenariat en capacités de production effectives, avec des calendriers, des financements et des retombées clairement établis.




