L’intelligence artificielle redessine progressivement les contours des métiers du numérique. Pour les entreprises de services informatiques, la question n’est plus de savoir si elles doivent intégrer l’IA dans leurs activités, mais à quelle vitesse elles peuvent transformer leurs compétences internes. Avec l’annonce de son partenariat stratégique mondial avec Anthropic, DXC Technology apporte une réponse particulièrement ambitieuse à cette problématique.
L’accord, officialisé le 11 juin 2026, fait de DXC l’un des rares partenaires mondiaux de premier rang du Claude Partner Network. Au-delà de l’aspect technologique, ce partenariat repose sur une opération de transformation humaine d’une ampleur rarement observée dans le secteur des services numériques.
Le groupe américain, qui emploie plus de 115.000 collaborateurs répartis dans 70 pays, prévoit de constituer une force dédiée composée de dizaines de milliers d’ingénieurs et de « builders » certifiés Claude. Ces spécialistes auront pour mission d’accompagner les grandes entreprises et administrations dans le déploiement d’agents d’intelligence artificielle au sein de leurs activités critiques.
Le choix de DXC est d’autant plus remarquable qu’il intervient dans un contexte de forte tension sur le marché mondial des compétences IA. Les entreprises technologiques, les cabinets de conseil et les grands groupes industriels se disputent aujourd’hui les mêmes profils spécialisés dans l’intelligence artificielle générative, les modèles de langage, la cybersécurité et l’automatisation intelligente.
Plutôt que de lancer une campagne massive de recrutement externe, DXC a choisi de valoriser son vivier interne. Si seulement 20 % de ses effectifs participaient au programme, cela représenterait déjà plus de 23.000 collaborateurs. Avec un taux de 30 %, le nombre de professionnels concernés dépasserait 34.500 personnes, soit davantage que les effectifs totaux de nombreuses entreprises mondiales du secteur numérique.
La formation sera dispensée à travers l’Anthropic Partner Academy. Les collaborateurs sélectionnés devront obtenir leur certification dans un délai d’environ 90 jours avant d’être déployés sur les projets clients. Une telle cadence représente un défi organisationnel considérable. Former 30.000 collaborateurs en une année supposerait de certifier en moyenne plus de 2.500 personnes par mois, soit près de 80 professionnels chaque jour.
Ces nouveaux profils ne seront pas affectés aux centres de services traditionnels du groupe. DXC adopte un modèle dit « forward-deployed », qui consiste à intégrer directement les ingénieurs certifiés au sein des équipes clientes. Les banques, compagnies d’assurance, entreprises industrielles, groupes aéronautiques, opérateurs télécoms et administrations publiques figurent parmi les secteurs ciblés.
Cette évolution marque une rupture profonde dans les métiers historiques du groupe. Une partie des collaborateurs spécialisés dans la maintenance d’applications ou l’exploitation de systèmes legacy évolueront vers des fonctions liées à la conception, au pilotage et à la supervision d’agents d’intelligence artificielle capables d’automatiser des processus complexes.
Le partenariat s’appuie sur les premiers résultats obtenus grâce à DXC OASIS, la plateforme d’orchestration IA lancée par l’entreprise en avril 2026. Selon DXC, la solution est déjà utilisée par plus de 50 clients à travers le monde. Les gains de productivité annoncés sont significatifs : certaines équipes de développement auraient multiplié leur vitesse de livraison logicielle par dix grâce à l’utilisation de l’IA générative.
Plus spectaculaire encore, l’entreprise affirme que plus de 95 % du code peut désormais être généré automatiquement avant validation et contrôle humains. Ces chiffres illustrent l’ampleur des transformations qui attendent les métiers technologiques dans les prochaines années.
Pour la fonction RH, le défi dépasse largement la seule formation. Les référentiels de compétences devront être entièrement repensés. Les fiches de poste, les systèmes d’évaluation, les parcours de carrière et les mécanismes de rémunération devront intégrer ces nouvelles expertises.
La question de la mobilité internationale constitue également un enjeu majeur. Avec une présence dans 70 pays, DXC devra gérer le déploiement de milliers de collaborateurs auprès de clients opérant dans des environnements fortement réglementés. Les problématiques liées aux détachements, à la conformité sociale, à la fiscalité internationale ou encore aux conditions de travail devront être anticipées.
La rétention des talents représente un autre défi stratégique. Une fois certifiés, ces ingénieurs deviendront particulièrement attractifs pour le marché. Dans plusieurs régions du monde, les spécialistes de l’intelligence artificielle bénéficient déjà de rémunérations largement supérieures à celles des profils informatiques traditionnels. Les experts les plus recherchés peuvent voir leur valeur progresser de 30 % à 100 % selon leur niveau d’expertise et leur expérience.
DXC devra donc accompagner cette montée en compétences par des politiques de fidélisation adaptées. Les perspectives d’évolution, les programmes de mobilité internationale, les mécanismes de reconnaissance et les dispositifs de rémunération joueront un rôle déterminant dans la réussite du programme.
Le projet comporte également une dimension culturelle importante. Tous les collaborateurs ne seront pas sélectionnés ou ne réussiront pas nécessairement le processus de certification. La capacité de l’entreprise à éviter la création d’une fracture entre les profils certifiés et le reste des effectifs constituera un facteur clé de succès.
Les enjeux réglementaires et éthiques occupent également une place centrale. Les futurs ingénieurs certifiés devront maîtriser les questions liées à la cybersécurité, à la protection des données personnelles, aux biais algorithmiques et aux nouvelles réglementations encadrant l’intelligence artificielle dans les principaux marchés mondiaux.
Pour Raul Fernandez, Président et CEO de DXC Technology, cette alliance représente un moment décisif pour l’entreprise. Pour les professionnels des ressources humaines, elle constitue surtout un cas d’école. Avec plus de 115.000 collaborateurs, une présence dans 70 pays, plus de 50 clients déjà utilisateurs de sa plateforme IA, des certifications réalisées en 90 jours et une productivité logicielle annoncée jusqu’à dix fois supérieure, DXC engage l’une des plus importantes opérations de transformation des compétences jamais menées dans l’industrie des services numériques. Dans cette nouvelle économie de l’intelligence artificielle, la technologie constitue l’outil. L’avantage concurrentiel, lui, demeure profondément humain.




