Réunie le 10 juin, l’Association des barreaux du Maroc a décidé de durcir son mouvement de protestation en appelant l’ensemble des avocats du Royaume à observer une grève nationale du lundi 15 au dimanche 21 juin. L’organisation présente cette action comme un avertissement adressé aux pouvoirs publics, tout en laissant entendre que d’autres formes de mobilisation pourraient être envisagées si les revendications de la profession ne sont pas prises en compte.
Cette décision intervient après plusieurs mois de tensions entre les représentants des avocats et le ministère de la Justice. Au cœur du différend figure le projet de loi n°66.23 relatif à la profession d’avocat, actuellement en cours d’examen parlementaire. Les avocats estiment que certaines dispositions du texte remettent en cause des principes fondamentaux liés à l’indépendance de la profession et à son organisation.
L’ABM reproche notamment au projet de loi de modifier l’équilibre institutionnel qui régit le fonctionnement des barreaux. Plusieurs dispositions sont perçues comme une réduction des prérogatives traditionnellement exercées par les ordres professionnels. D’autres mesures, portant notamment sur les conditions d’exercice de la profession ou sur certains mécanismes disciplinaires, suscitent également l’opposition de la profession.
Les tensions se sont accentuées ces dernières semaines à la suite de déclarations du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, vivement critiquées par l’Association des barreaux du Maroc. Cette dernière considère que certains propos tenus à l’égard de la profession, de l’aide judiciaire ou encore du système de protection sociale des avocats ont contribué à détériorer davantage le climat de dialogue.
La grève annoncée risque d’avoir un impact significatif sur l’activité des juridictions. Les audiences impliquant la présence obligatoire d’avocats pourraient être reportées, tandis que de nombreuses procédures judiciaires devraient connaître des ralentissements. Cette situation intervient alors que les tribunaux font déjà face à d’importants défis liés aux délais de traitement des dossiers et à l’augmentation du volume des affaires.
Malgré cette nouvelle escalade, les représentants de la profession affirment demeurer ouverts au dialogue. Ils plaident pour une réforme élaborée en concertation avec les barreaux et respectueuse des garanties jugées essentielles au bon fonctionnement de la justice.
Le gouvernement défend pour sa part un projet présenté comme nécessaire pour moderniser la profession et adapter son cadre juridique aux évolutions du système judiciaire. Les prochains jours devraient donc être déterminants pour l’avenir de cette réforme et pour l’évolution du bras de fer opposant les avocats aux pouvoirs publics.




