À la fin de l’année 2024, Campus Education, à travers les RH Awards, dévoile une nouvelle initiative destinée à valoriser les entreprises investissant dans l’attractivité des jeunes diplômés. Baptisé Next Gen Employer, le label entend mettre en lumière les organisations qui développent des pratiques innovantes en matière de recrutement, d’intégration, de formation, de développement des compétences et de marque employeur auprès des nouvelles générations.
L’initiative intervient dans un contexte où les entreprises marocaines sont confrontées à une concurrence croissante pour attirer les jeunes diplômés et fidéliser les profils qualifiés. La marque employeur devient progressivement un levier stratégique et les distinctions spécialisées se multiplient pour valoriser les meilleures pratiques.
Le projet est porté par Omar Layachi, alors directeur associé et co-initiateur du label. Figure connue de l’écosystème RH et entrepreneurial, il présente cette initiative comme un outil de rapprochement entre les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises. L’objectif est double : offrir davantage de visibilité aux employeurs engagés et fournir aux étudiants des repères dans leur recherche d’emploi.
La méthodologie retenue repose sur un appel à candidatures, une évaluation par un comité scientifique composé d’experts des ressources humaines et de l’enseignement supérieur, puis une consultation d’établissements universitaires partenaires. Les entreprises distinguées obtiennent un label destiné à renforcer leur crédibilité auprès des jeunes talents.
La première édition, organisée en 2025, confirme l’intérêt suscité par cette démarche. Plusieurs entreprises sont récompensées dans différentes catégories, notamment YASSIR pour l’insertion professionnelle, Givaudan pour l’innovation RH, Orange Maroc pour le développement RH, Bank of Africa pour le bien-être au travail, Attijariwafa bank pour la marque employeur, DISLOG Group pour l’intégration des stagiaires, DXC CDG pour l’impact social, Safran Aircraft Engine Services Morocco pour la formation continue et LafargeHolcim Maroc pour sa vision RH.
Cette première promotion bénéficie d’une visibilité importante auprès des écoles, des universités et des acteurs de l’écosystème RH. Le positionnement du label apparaît alors complémentaire aux distinctions déjà existantes, en mettant exclusivement l’accent sur la relation entre les entreprises et les jeunes diplômés.
Fort de ce premier succès, Campus Education lance à l’automne 2025 un nouvel appel à candidatures. Les communications diffusées au début de l’année 2026 annoncent une troisième édition dont la cérémonie de remise des prix est programmée le 7 mai 2026 à Casablanca, en marge du salon Master Plus.
Pourtant, cette échéance passe sans événement, sans publication d’un palmarès et sans aucune communication officielle. Depuis le début de l’année 2026, les différents canaux du label sont restés silencieux. Le site internet demeure figé sur les contenus de l’édition précédente et aucune annonce n’est venue préciser si le projet était suspendu, reporté ou définitivement abandonné.
Selon les informations recueillies par notre rédaction, Omar Layachi a quitté le projet pour prendre la direction générale de GoMyCode Maroc. Son départ intervient au moment où le label cesse progressivement toute activité publique. Si cette concomitance ne permet pas d’établir un lien de causalité, elle marque néanmoins un tournant dans la vie de cette initiative dont il assurait une large part de l’animation et de la visibilité.
Afin d’obtenir des explications sur l’absence de la troisième édition et sur l’avenir du label, DRH.ma a sollicité Campus Education. L’organisation n’a pas souhaité répondre à nos questions. En l’absence de communication officielle, les raisons de cette interruption demeurent inconnues.
Cette disparition est d’autant plus notable que le marché marocain des labels RH continue de se structurer. Plusieurs référentiels occupent aujourd’hui des positionnements complémentaires.
Le Label RSE de la CGEM constitue la référence nationale en matière de responsabilité sociétale. Il évalue la gouvernance, les pratiques sociales, le capital humain, l’éthique et les engagements environnementaux des entreprises.
À l’échelle internationale, la certification Top Employer, délivrée par le Top Employers Institute, analyse l’ensemble des politiques RH, depuis le recrutement jusqu’au développement des compétences, à la gestion des carrières et à la fidélisation des collaborateurs selon des standards harmonisés.
D’autres labels reposent davantage sur l’expérience vécue par les salariés. Great Place to Work et Best Places to Work mesurent la qualité de la culture d’entreprise, le climat social et l’engagement des collaborateurs à travers des enquêtes internes.
Le marché marocain dispose également de référentiels développés par ReKrute. Le label Feel Good récompense les entreprises qui développent une culture d’entreprise favorable au bien-être et à l’engagement des collaborateurs. Krunchy Company distingue les employeurs les plus attractifs auprès des cadres et managers. Enfin, Love My Job s’appuie sur les retours des collaborateurs pour valoriser les organisations affichant les meilleurs niveaux de satisfaction et d’engagement. Ces distinctions participent au renforcement de la marque employeur tout en apportant aux entreprises des outils de différenciation sur un marché du recrutement de plus en plus concurrentiel.
Dans cet environnement, Next Gen Employer occupait une place singulière. Son approche exclusivement centrée sur les jeunes talents, les établissements d’enseignement supérieur et l’employabilité constituait un positionnement différenciant. Cette spécialisation pouvait toutefois rendre le modèle plus dépendant d’une animation permanente, d’un réseau de partenaires mobilisés et d’un volume suffisant de candidatures pour assurer sa pérennité.
L’interruption du programme soulève ainsi plusieurs interrogations. Le modèle économique était-il suffisamment solide ? Le projet reposait-il trop fortement sur quelques personnes clés ? Les entreprises étaient-elles suffisamment nombreuses à renouveler leur participation ? Ou s’agit-il simplement d’une réorientation stratégique de ses initiateurs ? À ce jour, aucune réponse officielle ne permet de trancher.
Une certitude demeure néanmoins. Dans un contexte où les entreprises investissent toujours davantage dans leur marque employeur et où la compétition pour attirer les jeunes diplômés s’intensifie, la disparition silencieuse d’un label qui ambitionnait de devenir une référence nationale rappelle qu’une initiative RH ne se construit pas uniquement autour d’un concept ou d’une première édition réussie. Sa crédibilité repose également sur la continuité, la transparence et la capacité de ses promoteurs à inscrire le projet dans la durée. En attendant une éventuelle relance ou une prise de parole officielle, le Label Next Gen Employer demeure l’exemple d’une initiative prometteuse dont l’avenir reste, aujourd’hui encore, sans réponse.




