Trois cent mille emplois nets par an. C’est l’un des objectifs les plus ambitieux inscrits dans le programme de l’Alliance de la gauche pour la prochaine législature. Maintenue pendant cinq ans, cette cible représenterait théoriquement 1,5 million de créations nettes d’emplois.
Le document compare ce volume à une moyenne de 23 500 emplois nets par an entre 2022 et 2025, soulignant ainsi l’écart entre la trajectoire proposée et les performances récentes retenues comme référence.
L’Alliance ne fait toutefois pas reposer sa politique de l’emploi sur un dispositif unique. Le programme associe industrialisation, commande publique, développement des TPME, économie sociale et solidaire, formalisation des activités non déclarées et intervention accrue de l’État dans plusieurs secteurs considérés comme stratégiques.
Cette architecture correspond à une vision dans laquelle l’emploi dépend moins de mesures ponctuelles d’insertion que de la transformation de la structure productive.
Le projet assume ainsi un rôle plus important de la puissance publique dans l’industrie, l’énergie, le numérique et certains circuits de distribution. Il prévoit parallèlement de modifier la fiscalité afin de faire contribuer davantage les patrimoines élevés, les surprofits et les secteurs considérés comme oligopolistiques.
L’un des principaux enjeux sera donc de mesurer la capacité de ces instruments à produire effectivement davantage d’emplois formels, tout en préservant l’investissement et la compétitivité des entreprises.
Les principaux engagements de l’Alliance de la gauche à l’horizon 2031
| Indicateur | Objectif annoncé | Horizon ou précision |
|---|---|---|
| Créations nettes d’emplois | 300 000 par an | Soit 1,5 million théorique sur cinq ans |
| Intégration industrielle locale | 60 % | Horizon 2031 |
| Énergies renouvelables | 55 % | Capacité électrique installée |
| Économie informelle | Réduction d’un tiers | Sur la législature |
| Marchés publics réservés | 30 % | TPME et économie sociale et solidaire |
| Ressources nouvelles | 162 MMDH par an | À l’horizon 2031 |
| Ressources nouvelles cumulées | 500 MMDH | Sur la législature |
| Pression fiscale | 25,8 % du PIB | Objectif annoncé |
| Dette du Trésor | Maximum 63 % du PIB | Plafond |
| Rendement des réseaux d’eau | 80 % | Niveau national |
| Taxe carbone | 100 DH par tonne | Industriels concernés |
| Délai de paiement public | 45 jours | Mesure des 100 premiers jours |
Tableau 1 : principaux engagements chiffrés du programme de l’Alliance de la gauche pour la période 2026-2031.
300 000 emplois nets chaque année
L’objectif d’emploi constitue le principal marqueur social du programme.
La notion de création nette est ici déterminante. Elle signifie que les suppressions de postes enregistrées pendant la période doivent être déduites des nouveaux recrutements.
Une économie peut comptabiliser plusieurs centaines de milliers d’embauches chaque année sans que le nombre total d’emplois progresse dans les mêmes proportions si les départs, fermetures ou restructurations restent élevés.
Atteindre 300 000 créations nettes annuelles supposerait donc non seulement d’augmenter le volume des recrutements, mais également de réduire les pertes d’emplois.
Le programme mise pour cela sur plusieurs moteurs.
L’industrie doit jouer un rôle central, notamment grâce à une plus forte intégration locale des chaînes de valeur. La commande publique serait utilisée pour soutenir les petites entreprises et les structures de l’économie sociale et solidaire. L’intégration progressive d’activités aujourd’hui informelles devrait également augmenter le nombre d’emplois déclarés.
La politique d’emploi ne se limiterait donc pas au salariat traditionnel.
Elle engloberait également la consolidation des activités indépendantes, des coopératives, des petites structures et des entreprises issues de l’économie sociale.
L’évaluation devra toutefois distinguer création d’activité et création nette d’emploi.
Une activité individuelle qui passe de l’informel au formel améliore la couverture sociale et la traçabilité économique, mais ne correspond pas nécessairement à un emploi nouvellement créé.
La qualité des postes constituera également un indicateur essentiel : niveau de rémunération, stabilité, affiliation sociale et capacité à produire suffisamment de valeur pour être maintenus dans le temps.
30 % des marchés publics pour les TPME et l’économie sociale et solidaire
L’un des dispositifs les plus structurants concerne la commande publique.
L’Alliance propose de réserver légalement 30 % des marchés publics aux très petites, petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux structures de l’économie sociale et solidaire.
Une marge préférentielle serait également introduite en faveur des produits fabriqués au Maroc.
L’objectif est de transformer la dépense publique en instrument de développement du tissu productif national.
Pour les TPME, cette mesure pourrait représenter un accès à un volume de commandes jusque-là difficile à capter face aux grands groupes.
La portée réelle dépendra toutefois des modalités techniques.
Un quota calculé sur le nombre de marchés n’a pas le même impact qu’un quota portant sur leur valeur financière. De même, une règle appliquée à l’ensemble de la commande publique nationale peut produire des effets différents d’une obligation imposée à chaque ministère, établissement ou collectivité.
L’allotissement constituera également un enjeu.
Un marché public peut être théoriquement accessible aux petites entreprises tout en restant, dans les faits, hors de portée si son montant, ses garanties financières ou ses exigences techniques supposent une taille critique élevée.
La division des grands contrats en lots pourrait donc devenir nécessaire.
Le contrôle des entreprises bénéficiaires devra également éviter les effets de contournement.
Une PME juridiquement autonome mais contrôlée par un grand groupe pourrait, par exemple, capter une partie des quotas sans que la mesure bénéficie réellement au tissu des petites entreprises.
Les délais de paiement figurent également dans le programme. L’Alliance prévoit de porter à 45 jours le délai de paiement public.
Pour les TPME, ce point est déterminant. Une petite structure peut obtenir un contrat important et se retrouver néanmoins fragilisée si elle doit financer plusieurs mois de salaires, de fournisseurs et de charges avant d’être réglée.
Une industrie avec 60 % d’intégration locale
Le programme fixe un objectif de 60 % d’intégration industrielle locale à l’horizon 2031.
L’enjeu dépasse le volume de production réalisé sur le territoire.
Une industrie peut assembler localement des produits tout en important une grande partie de ses composants, de ses équipements ou de ses services techniques.
L’intégration locale mesure davantage la part de valeur produite dans le pays.
Plus cette part augmente, plus les investissements industriels peuvent générer des effets indirects sur les fournisseurs, la sous-traitance, la logistique et les services.
Pour atteindre cet objectif, l’Alliance propose notamment la mise en place d’une Société nationale d’équipement industriel.
Cette structure serait chargée de produire des composants jugés stratégiques et de réduire la dépendance aux importations dans certaines chaînes de valeur.
Le programme prévoit également de revoir certains accords de libre-échange et de recourir à des barrières non tarifaires ou à des droits de douane sélectifs.
Ces instruments cherchent à protéger certaines productions nationales et à développer des filières industrielles locales.
Leur application devra toutefois tenir compte des engagements commerciaux du Maroc.
Une hausse des droits ou une restriction des importations peut protéger un producteur local, mais elle peut aussi augmenter le coût d’un composant utilisé par une entreprise exportatrice.
L’équilibre devra donc être recherché entre protection de la production nationale et compétitivité des industries intégrées aux chaînes internationales.
Réduire d’un tiers l’économie informelle
Le programme prévoit également une réduction d’un tiers du poids de l’économie informelle.
L’un des principaux instruments serait la mise en place d’une Contribution professionnelle unifiée sociale regroupant fiscalité, couverture médicale et retraite.
Les activités situées sous un certain seuil bénéficieraient d’une exonération complète pendant les trois premières années suivant leur intégration dans l’économie formelle.
Cette période transitoire vise à limiter le coût immédiat de la formalisation.
Pour un travailleur indépendant ou une petite activité, le passage vers le formel peut représenter de nouvelles charges alors même que les revenus restent irréguliers.
L’exonération temporaire permettrait donc d’entrer progressivement dans le système.
La réussite dépendra néanmoins de la simplicité du dispositif.
Si l’affiliation nécessite des procédures complexes, si les contributions futures sont mal comprises ou si les bénéficiaires ne perçoivent pas clairement les droits associés, une partie des activités pourrait rester en dehors du système.
La protection sociale constitue ici une contrepartie centrale.
Accès à l’assurance maladie, constitution de droits à la retraite, possibilité d’obtenir un financement bancaire et accès aux marchés publics peuvent rendre la formalisation plus attractive.
L’indicateur à suivre devra être moins le nombre d’inscriptions que leur continuité sur plusieurs années.
Une fiscalité davantage orientée vers le patrimoine et les surprofits
Le financement du programme repose sur une transformation importante de la fiscalité.
L’Alliance prévoit notamment un impôt progressif sur la fortune pouvant atteindre 2 % pour les patrimoines dépassant 500 millions de dirhams.
Une taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires des grandes entreprises numériques est également proposée.
Le programme prévoit en outre une taxation spécifique des surprofits. Les banques, assurances, télécommunications et cimenteries figurent parmi les secteurs explicitement cités.
La logique consiste à déplacer une partie de l’effort fiscal vers le patrimoine, les rentes et les activités considérées comme bénéficiant d’une forte concentration économique.
Pour les ménages, le seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu serait relevé à 60 000 dirhams par an.
Le programme prévoit également une TVA à 0 % sur les médicaments et les produits de première nécessité.
La combinaison cherche ainsi à alléger la charge fiscale pesant sur les revenus modestes et certains produits essentiels tout en augmentant les prélèvements sur la richesse et certains profits.
L’effet réel dépendra néanmoins de la définition des assiettes, du rendement des nouvelles taxes et de leur impact sur les décisions d’investissement.
162 milliards de dirhams de ressources nouvelles par an
Le financement constitue l’un des volets les plus détaillés du programme.
L’Alliance estime pouvoir mobiliser 162 milliards de dirhams de ressources nouvelles chaque année à l’horizon 2031.
Le cumul sur la législature atteindrait environ 500 milliards de dirhams.
Ces ressources proviendraient notamment de la suppression de niches fiscales considérées comme improductives, de la fiscalité sur le patrimoine, de la taxation des surprofits et de la récupération d’une partie des rentes liées aux secteurs oligopolistiques.
La pression fiscale atteindrait 25,8 % du PIB.
Dans le même temps, la dette du Trésor serait plafonnée à environ 63 % du PIB.
Le scénario suppose donc de financer une part importante des politiques publiques supplémentaires par des recettes nouvelles plutôt que par l’endettement.
| Indicateur budgétaire | Objectif |
|---|---|
| Ressources nouvelles annuelles en 2031 | 162 MMDH |
| Ressources nouvelles cumulées sur la législature | 500 MMDH |
| Pression fiscale | 25,8 % du PIB |
| Dette du Trésor | Maximum 63 % du PIB |
| Impôt sur la fortune | Jusqu’à 2 % |
| Seuil de patrimoine supérieur concerné | 500 MDH |
| Taxe grandes entreprises numériques | 3 % du chiffre d’affaires |
Tableau 2 : principaux paramètres fiscaux et budgétaires annoncés.
L’équilibre de cette architecture dépendra du rendement effectif des nouveaux prélèvements.
Une recette fiscale théorique peut différer sensiblement du montant réellement encaissé en fonction des comportements d’optimisation, des assiettes retenues et des conditions d’application.
Une taxe carbone de 100 DH par tonne pour les industriels
Le programme associe également politique industrielle et transition énergétique.
L’Alliance fixe à 55 % la part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée en 2031.
Dans le même temps, elle propose de reconstituer une capacité nationale de raffinage à travers une récupération sécurisée de la Samir.
Cette combinaison repose sur deux objectifs : développer davantage les renouvelables tout en maintenant une capacité pétrolière nationale considérée comme stratégique.
Le programme prévoit également une taxe carbone de 100 dirhams par tonne appliquée aux industriels.
L’objectif est notamment de préparer les entreprises marocaines aux exigences croissantes liées au mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières.
Pour les industriels concernés, la mesure représenterait un coût supplémentaire immédiat.
Elle pourrait toutefois renforcer l’intérêt économique des investissements dans l’efficacité énergétique, la réduction des émissions et la traçabilité carbone.
Pour les directions générales et les directions industrielles, la décarbonation deviendrait ainsi non seulement une exigence environnementale, mais également un paramètre direct de compétitivité et de coût.
Eau, agriculture et arbitrages territoriaux
Le programme intervient également sur la gestion de l’eau.
Il fixe un objectif de rendement national des réseaux de 80 %.
Cette cible vise à réduire les pertes et à améliorer l’efficacité des infrastructures existantes.
L’Alliance propose parallèlement d’arrêter les subventions destinées aux cultures d’exportation fortement consommatrices d’eau dans les zones soumises au stress hydrique.
Cette mesure pourrait avoir des effets directs sur les décisions d’investissement agricoles et les chaînes agroalimentaires.
Elle introduit un arbitrage entre recettes d’exportation, emploi agricole et préservation d’une ressource devenue structurellement contrainte.
Les conséquences dépendront de la liste des cultures concernées, des territoires visés et des solutions de substitution offertes aux producteurs.
Un cloud public souverain et des administrations en logiciels libres
Le volet numérique repose sur une autre orientation structurante.
L’Alliance propose de mettre en place un cloud public souverain hébergé exclusivement au Maroc.
Les administrations devraient parallèlement migrer vers les logiciels libres et open source.
L’objectif est de renforcer la maîtrise des données publiques, de réduire certaines dépendances technologiques et de soutenir le développement de compétences nationales.
Cette politique pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises marocaines du numérique, notamment dans l’hébergement, la cybersécurité, l’intégration, le développement logiciel et la maintenance.
Elle imposerait cependant des exigences importantes en matière de sécurité, d’interopérabilité et de continuité de service.
Migrer des systèmes administratifs vers de nouvelles infrastructures représente une opération complexe, qui suppose de conserver l’accès aux données, d’éviter les interruptions et de former les équipes.
L’enjeu ne sera donc pas uniquement technologique. Il concernera également les compétences disponibles et la capacité de l’administration à conduire des projets numériques de grande ampleur.
L’Alliance prévoit enfin plusieurs mesures durant les cent premiers jours, dont la mise en place d’un registre national du patrimoine, l’application d’un délai de paiement public de 45 jours et le lancement de réformes sociales et institutionnelles. La portée de l’ensemble pourra être suivie à travers des indicateurs relativement précis : créations nettes d’emplois, intégration industrielle locale, réduction de l’informel, part des TPME dans la commande publique, ressources fiscales effectivement mobilisées, niveau de dette, part des renouvelables et rendement des réseaux d’eau. Avec une cible théorique de 1,5 million d’emplois nets en cinq ans et 162 milliards de dirhams de ressources nouvelles annuelles à l’horizon 2031, le programme assume un niveau élevé d’intervention publique. Sa crédibilité reposera sur la capacité à convertir cette intervention en production locale, en emplois durables et en recettes suffisantes sans dégrader la compétitivité du tissu économique.
Les principales mesures annoncées par l’Alliance de la gauche pour 2026-2031
- Viser 300 000 créations nettes d’emplois par an, soit 1,5 million théorique sur cinq ans.
- Porter le taux d’intégration industrielle locale à 60 % d’ici 2031.
- Réserver 30 % des marchés publics aux TPME et aux structures de l’économie sociale et solidaire.
- Introduire une marge préférentielle pour les produits fabriqués au Maroc dans la commande publique.
- Ramener le délai de paiement public à 45 jours.
- Créer une Société nationale d’équipement industriel chargée de produire certains composants stratégiques.
- Réexaminer certains accords de libre-échange et recourir à des barrières non tarifaires ou à des droits de douane sélectifs.
- Réduire d’un tiers le poids de l’économie informelle.
- Mettre en place une Contribution professionnelle unifiée sociale regroupant fiscalité, couverture médicale et retraite.
- Accorder aux petites activités éligibles une exonération totale pendant leurs trois premières années de formalisation.
- Instaurer un impôt progressif sur la fortune pouvant atteindre 2 % au-delà de 500 millions de dirhams de patrimoine.
- Appliquer une taxe de 3 % sur le chiffre d’affaires des grandes entreprises numériques.
- Mettre en place une imposition spécifique des surprofits, notamment dans les secteurs des banques, assurances, télécommunications et cimenteries.
- Relever à 60 000 dirhams par an le seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu.
- Appliquer une TVA à 0 % sur les médicaments et les produits de première nécessité.
- Mobiliser 162 milliards de dirhams de ressources nouvelles par an à l’horizon 2031.
- Atteindre environ 500 milliards de dirhams de ressources nouvelles cumulées sur la législature.
- Porter la pression fiscale à 25,8 % du PIB.
- Plafonner la dette du Trésor à environ 63 % du PIB.
- Porter les énergies renouvelables à 55 % de la capacité électrique installée en 2031.
- Reconstituer une capacité nationale de raffinage à travers une récupération sécurisée de la Samir.
- Appliquer une taxe carbone de 100 dirhams par tonne aux industriels concernés.
- Porter le rendement national des réseaux d’eau à 80 %.
- Mettre fin aux subventions destinées aux cultures d’exportation très consommatrices d’eau dans les zones en stress hydrique.
- Mettre en place un cloud public souverain hébergé exclusivement au Maroc.
- Faire migrer les administrations vers des logiciels libres et open source.
- Mettre en place un registre national du patrimoine parmi les mesures annoncées pour les cent premiers jours.




