Micron Technology figure parmi les principaux fabricants mondiaux de puces mémoire. Le groupe américain produit notamment des mémoires dynamiques à accès aléatoire, dites DRAM, et des mémoires à large bande passante destinées aux centres de données et aux systèmes d’intelligence artificielle (IA). Taïwan occupe une place centrale dans son organisation industrielle : l’île accueille environ 15 000 collaborateurs et concentrerait entre 50 % et 60 % de sa production mondiale.
Cette implantation donne une portée particulière au conflit engagé dans les usines de Taoyuan et de Taichung. Deux syndicats représentant près de 12 000 salariés demandent une révision du système de primes. Une interruption du travail pourrait affecter une chaîne d’approvisionnement déjà tendue par la demande de composants nécessaires aux infrastructures d’IA. Micron présente ainsi Taïwan comme un « pôle stratégique » pour sa production, son innovation et ses investissements.
Face à la menace de grève, l’entreprise a annoncé vendredi que le personnel directement affecté à la production percevrait, pour l’exercice 2026, une rémunération totale équivalant à 35 à 68 mois de salaire. Cette fourchette ne désigne pas une prime identique pour tous : elle agrège les différentes composantes de la rémunération, notamment le salaire, les primes de performance, les versements en espèces et, selon les catégories, les attributions en actions.
Micron garantit un minimum de 1,7 million de nouveaux dollars taïwanais (NT$) en espèces, soit environ 53 700 dollars ou 46 190 euros. Le groupe présente cette enveloppe comme la plus élevée jamais accordée à ses équipes taïwanaises. Elle intervient alors que l’essor de l’IA stimule les ventes des producteurs de semi-conducteurs. Micron a déclaré un chiffre d’affaires record de 41,5 milliards de dollars au troisième trimestre de son exercice 2026.
L’annonce n’a pas clos le différend. Le syndicat de l’usine de Taoyuan a rejeté la proposition, estimant que la direction avait « contourné » la discussion sur la création d’un dispositif permanent. Les représentants des salariés réclament une prime exceptionnelle équivalente à 83 mois de salaire pour l’exercice 2026. À partir de 2027, ils souhaitent que 15 % du bénéfice d’exploitation soient affectés aux primes, avec des versements trimestriels plutôt qu’annuels.
« Nous réclamons un système qui permette un partage raisonnable des bénéfices lorsque l’entreprise est rentable », a déclaré le syndicat. Sa demande porte également sur des garanties applicables pendant l’ensemble des cycles économiques. Le désaccord ne concerne donc plus seulement le niveau de la rémunération versée cette année, mais les règles selon lesquelles les performances futures seront partagées avec les collaborateurs.
La mobilisation fait écho au conflit récemment évité chez Samsung Electronics en Corée du Sud. Un accord y a créé une enveloppe de primes pouvant représenter 10,5 % du bénéfice d’exploitation de la division des semi-conducteurs, sous réserve d’objectifs de rentabilité. Ce précédent alimente les comparaisons entre les politiques de rémunération des grands fabricants asiatiques et américains.
Les négociations avec Micron ont débuté en septembre sous l’égide des autorités taïwanaises. Une consultation interne avait montré qu’environ 80 % des adhérents interrogés étaient favorables à une grève. Si la médiation échoue, les salariés devront se prononcer formellement sur le déclenchement du mouvement. La proposition allant jusqu’à 68 mois de rémunération ne répond donc pas, à ce stade, à la demande syndicale d’un intéressement durable aux bénéfices.




