Le Royaume-Uni vient de mettre fin à une séquence exceptionnelle de 45 mois de contraction des recrutements permanents. Selon l’enquête KPMG-REC Report on Jobs, l’indice des placements en CDI atteint 50,5 en août, après 50,0 en juillet. Dans cette enquête, une valeur supérieure à 50 traduit une progression par rapport au mois précédent, tandis qu’un niveau inférieur signale une contraction.
Le retournement est notable au regard de la trajectoire récente. En juin 2025, l’indice était tombé à 39,1. Il atteignait encore seulement 44,1 en mai 2026 avant de remonter à 49,1 en juin, puis 50,0 en juillet. Août marque donc la première progression effective des placements permanents depuis septembre 2022.
| Mois | Placements CDI | Facturations intérim | Lecture |
|---|---|---|---|
| Juin 2025 | 39,1 | – | Fort recul des CDI |
| Octobre 2025 | 45,2 | 50,2 | L’intérim repasse en croissance |
| Janvier 2026 | 46,9 | 50,3 | Intérim mieux orienté |
| Mai 2026 | 44,1 | 52,2 | Nouvelle baisse des CDI |
| Juin 2026 | 49,1 | 52,7 | CDI proches de la stabilisation |
| Juillet 2026 | 50,0 | 51,9 | Fin de la contraction |
| Août 2026 | 50,5 | 52,4 | Première hausse des CDI depuis 2022 |
Tableau 1 : évolution récente des placements permanents et de l’intérim au Royaume-Uni.
L’intérim a joué un rôle déterminant pendant cette période. Les entreprises avaient encore besoin de compétences mais hésitaient à s’engager sur des recrutements permanents. En août, l’indice des facturations temporaires reste solide à 52,4. Le mouvement actuel suggère qu’une partie de cette demande commence à revenir vers les contrats permanents.
Ce signal ne signifie toutefois pas que le marché britannique de l’emploi est revenu à une situation favorable.
L’indice global des postes vacants du REC reste sous 50, à 47,0 en août, contre 47,1 en juillet. Les données officielles de l’ONS recensent parallèlement 707 000 postes vacants entre mai et juillet 2026, soit 6 000 de moins sur le trimestre. Hors période de pandémie, il s’agit du niveau le plus faible depuis 2014.
| Indicateur | Niveau en août 2026 | Lecture |
|---|---|---|
| Indice total des postes vacants REC | 47,0 | Demande toujours en baisse |
| Postes vacants ONS | 707 000 | Plus bas hors pandémie depuis 2014 |
| Disponibilité des candidats | 60,6 | Forte progression |
| Salaires de départ en CDI | 54,1 | Hausse soutenue |
| Emploi PAYE | 30,3 millions | -13 000 sur un mois |
| Chômage | 4,9 % | Globalement stable |
Tableau 2 : principaux indicateurs du marché du travail britannique.
La disponibilité des candidats augmente également. Son indice atteint 60,6 en août, contre 59,8 en juillet. Les licenciements et les inquiétudes liées à la sécurité de l’emploi poussent davantage de personnes à rechercher un poste permanent.
Cette situation produit un paradoxe. Les entreprises disposent globalement de davantage de candidats, mais les profils spécialisés restent suffisamment rares pour maintenir une pression sur les rémunérations. L’indice des salaires de départ en CDI atteint 54,1, son rythme le plus soutenu depuis janvier.
Le marché britannique combine ainsi faible demande globale et tensions persistantes sur certaines compétences.
Les différences territoriales et sectorielles restent également importantes. Londres et les Midlands enregistrent une progression des placements permanents. Dans les Midlands, la hausse est même la plus importante depuis la fin de 2022. À l’inverse, le Nord et le Sud de l’Angleterre enregistrent encore une contraction des CDI et continuent davantage de s’appuyer sur le travail temporaire.
L’ingénierie ainsi que la finance et la comptabilité apparaissent parmi les activités les mieux orientées. Le commerce de détail et l’hôtellerie-restauration enregistrent au contraire les baisses les plus prononcées. Le secteur public reste également en contraction.
Les petites entreprises semblent particulièrement exposées. Plus sensibles au coût du travail et aux incertitudes économiques, elles ont davantage réduit leurs offres. Leur comportement sera déterminant pour savoir si la reprise des CDI peut s’élargir à l’ensemble de l’économie.
Le contexte politique constituera également un test. Le premier budget du gouvernement dirigé par Andy Burnham, préparé avec le chancelier John Healey, est attendu en octobre. Les organisations patronales réclament principalement davantage de visibilité sur les coûts du travail et les règles applicables aux entreprises.
Le retour de l’indice des CDI au-dessus de 50 constitue donc un signal à prendre au sérieux, sans pour autant annoncer un retournement complet du marché. Les recrutements permanents progressent après presque quatre années de contraction, mais les offres restent faibles, les candidats sont plus nombreux et l’emploi salarié continue de reculer. Le Royaume-Uni entre ainsi dans une phase intermédiaire : les entreprises recommencent à s’engager sur des contrats permanents, mais restent suffisamment prudentes pour conserver l’intérim comme instrument d’ajustement. Les données de septembre permettront de déterminer si août marque le début d’une tendance durable ou simplement une amélioration ponctuelle après une période exceptionnellement longue de contraction.




