Le décret royal présenté par le ministère du Travail dirigé par Yolanda Díaz répond à une urgence juridique. L’Espagne devait intégrer la directive avant le 1er août 2022. Après plusieurs années de retard, la Commission européenne a saisi la CJUE (Cour de justice de l’Union européenne) et demandé des sanctions financières. La transposition doit réduire le manquement avant la décision des juges européens.
La réforme renforce d’abord la formalisation de la relation d’emploi. Pour chaque nouveau contrat, l’employeur devra communiquer les éléments essentiels encadrant le poste. Le document précisera le salaire de base, les compléments, les primes et les indemnités, mais aussi la durée du travail, sa répartition, les horaires prévisibles et les périodes de repos. Ces engagements deviendront vérifiables par le salarié.
Cette obligation concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, mais n’entraînera pas une réédition automatique des contrats existants. Un salarié déjà en poste devra adresser une demande écrite lorsque les informations lui manquent. L’entreprise disposera de 30 jours pour les transmettre. L’administration du personnel devra prévoir un canal de réception, retrouver les documents et assurer la traçabilité des réponses.
L’impact sera important pour les emplois à horaires variables ou irréguliers. Les salariés devront connaître les principales plages durant lesquelles ils peuvent être appelés à travailler ainsi que l’organisation de leurs repos. Cette prévisibilité limite les changements difficiles à anticiper et facilite l’articulation entre activité professionnelle et contraintes personnelles, sans supprimer la flexibilité prévue par le contrat ou la convention collective.
La période d’essai devra également être décrite précisément. Sa durée, ses conditions, les fonctions exercées et les critères d’évaluation devront être formalisés. Cette exigence ne transforme pas automatiquement une rupture en licenciement, mais fournit des éléments permettant de vérifier si la décision repose sur l’évaluation annoncée. Une justification imprécise pourrait fragiliser l’employeur lors d’un contentieux devant les juridictions compétentes en matière sociale.
Le décret ne réduit toutefois pas la durée maximale des périodes d’essai. Le projet initial envisageait un plafond de six mois pour les diplômés et de deux mois pour les autres salariés, mais cette modification exige une loi. Les conventions collectives pourront maintenir des durées différentes dans les limites actuelles. Le blocage du projet au Congrès depuis 2024 explique cette transposition par voie réglementaire.
Les sanctions nationales ne seront pas renforcées. Les manquements resteront traités selon la LISO (loi espagnole sur les infractions et sanctions dans l’ordre social), alors que le ministère souhaitait augmenter leur coût. La Commission réclame une somme forfaitaire minimale de 7,54 millions d’euros, accompagnée de montants journaliers pouvant atteindre 29 727,50 euros pour le retard et 266 772 euros au titre de l’astreinte.
Le montant définitif dépendra de l’arrêt européen et de l’appréciation des efforts accomplis par Madrid. Quatre ajustements deviennent désormais immédiatement nécessaires : revoir les modèles de contrats, détailler les composantes salariales, documenter les critères d’essai et organiser les réponses aux salariés en poste. La transposition reste partielle, mais elle transforme déjà la transparence des conditions de travail en obligation formelle opposable à l’entreprise.



