Le 30 janvier 2026, l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé a officiellement lancé à Casablanca la Mohammed VI Interventional Simulation and Robotic Surgery School, connue sous l’acronyme M6-ISRSS. Implantée au cœur du campus d’Anfa City, cette nouvelle école marque un tournant dans la manière dont le Maroc aborde la chirurgie de haute technologie. Dix-huit mois après l’introduction du premier robot chirurgical dans le pays, l’initiative vise désormais à structurer durablement les compétences humaines nécessaires à l’exploitation de ces technologies, devenues incontournables dans plusieurs spécialités médicales.
L’enjeu dépasse le cadre académique. La chirurgie robotique ne se limite plus à une vitrine technologique réservée à quelques établissements pionniers. Elle s’installe progressivement dans les blocs opératoires, à Rabat, Agadir et Casablanca, créant une pression immédiate sur le marché de l’emploi médical. Former des professionnels capables d’opérer, d’assister et de maintenir ces équipements devient une condition essentielle pour accompagner cette montée en puissance.
Une réponse directe à une pénurie de compétences spécialisées
La création de la M6-ISRSS intervient dans un contexte de tension croissante sur les compétences hospitalières. Selon Khalid SAIR, directeur de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé à Casablanca, les hôpitaux et cliniques marocains font face à un déficit marqué de profils formés à la chirurgie robotique. Chirurgiens, infirmiers de bloc opératoire, techniciens et ingénieurs biomédicaux sont de plus en plus sollicités, notamment en urologie, gynécologie et chirurgie thoracique.
Jusqu’à présent, l’accès à ces compétences passait souvent par des formations à l’étranger, longues et coûteuses, limitant mécaniquement le nombre de professionnels qualifiés. En proposant des certifications locales reconnues, l’UM6SS réduit cette dépendance extérieure et accélère l’intégration de nouvelles compétences sur le marché national. L’impact sur l’employabilité est immédiat, en particulier pour les praticiens déjà en poste qui peuvent ainsi élargir leur champ d’intervention.
Des programmes conçus comme des accélérateurs de carrière
Le dispositif pédagogique de la M6-ISRSS a été pensé pour répondre à des besoins concrets du terrain. L’école propose notamment le premier Diplôme Universitaire de chirurgie robotique en Afrique, destiné à des chirurgiens expérimentés. Organisé sur une durée courte, il repose sur des protocoles de simulation avancée permettant une montée en compétences rapide, dans un environnement sécurisé.
En parallèle, des masterclass et des workshops ciblent les infirmiers et techniciens, avec l’objectif de constituer des équipes complètes, opérationnelles dès leur sortie de formation. Mohammed BOUZIANE, responsable du Diplôme Universitaire, souligne que ces certifications constituent désormais un levier de différenciation professionnelle dans un marché où plusieurs robots chirurgicaux sont déjà en activité. La maîtrise de ces outils ouvre l’accès à des évolutions de carrière et à des niveaux de rémunération plus élevés dans les établissements équipés.
Un impact RH immédiat dans les établissements de santé
L’effet sur les ressources humaines hospitalières se fait déjà sentir. Les formations sont adossées à des stages pratiques au sein de l’Hôpital Universitaire International Cheikh Khalifa, favorisant des recrutements rapides à l’issue des parcours. Les chirurgiens formés à la robotique voient leur attractivité renforcée dans les centres spécialisés, tandis que les infirmiers et techniciens accèdent à des fonctions à plus forte valeur ajoutée, au cœur du bloc opératoire ou de la maintenance des équipements.
La chirurgie robotique crée également de nouvelles opportunités pour les ingénieurs biomédicaux, appelés à intervenir sur l’installation, l’optimisation et l’évolution des plateformes robotiques. Ces profils deviennent stratégiques dans une logique d’autonomie technologique des hôpitaux, mais aussi dans une perspective d’export de savoir-faire vers d’autres pays africains.
Une école pensée comme un outil de structuration nationale
Au-delà de la formation individuelle, la mission de la M6-ISRSS s’inscrit dans une logique de normalisation des pratiques. En définissant des standards de formation, en certifiant les compétences et en s’appuyant sur la simulation et la réalité virtuelle, l’école contribue à sécuriser les parcours chirurgicaux et à réduire les risques opératoires. Chaque nouveau robot déployé dans un hôpital implique la mobilisation de plusieurs professionnels qualifiés, ce qui confère à la formation un rôle central dans la planification des ressources humaines.
L’initiative s’intègre pleinement dans l’écosystème de l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé, renforçant les synergies entre enseignement, recherche et pratique clinique. Elle ouvre également la voie à des activités de recherche et d’innovation, génératrices d’emplois qualifiés au-delà du strict périmètre hospitalier.
Des infrastructures au service de l’insertion professionnelle
La M6-ISRSS s’appuie sur des infrastructures de pointe : robot de simulation, simulateurs haute fidélité, dispositifs de réalité augmentée et espaces dédiés à l’expérimentation. Ces équipements permettent aux apprenants de se confronter à des situations proches des conditions réelles du bloc opératoire, réduisant le temps d’adaptation une fois en poste. L’objectif affiché est clair : former rapidement des professionnels immédiatement opérationnels, capables de répondre aux exigences des établissements de santé modernes.
Ce positionnement renforce l’attractivité de l’école auprès des praticiens marocains, mais aussi auprès de professionnels africains en quête de formations de haut niveau sans passer par l’Europe ou l’Amérique du Nord.
Une ambition panafricaine tournée vers l’emploi
En s’inscrivant dans le cadre plus large de l’Académie des Sciences de la Santé, la M6-ISRSS affiche une ambition régionale. Le Maroc se positionne progressivement comme un hub africain de formation en chirurgie robotique, capable d’exporter des compétences, des formateurs et des standards. Cette dimension panafricaine ouvre des perspectives nouvelles en matière d’employabilité, notamment dans le conseil, la formation continue et l’accompagnement des systèmes de santé émergents.
La montée en puissance de la chirurgie robotique au Maroc ne repose plus uniquement sur l’acquisition d’équipements sophistiqués. Elle dépend désormais de la capacité à structurer des compétences durables, adaptées aux besoins réels des hôpitaux et des patients. En lançant la M6-ISRSS, l’UM6SS fait le choix d’investir dans le capital humain comme levier central de modernisation du système de santé. Un pari stratégique où l’innovation technologique devient indissociable de l’employabilité médicale et de la souveraineté sanitaire du pays.




