Depuis plus de treize ans, Mazaya occupe une place spécifique dans le paysage culturel et social marocain. À la croisée de l’éducation, de l’action sociale et de la transmission artistique, le programme s’adresse à des enfants âgés de 8 à 14 ans, repérés dans des quartiers défavorisés de la région de Rabat. Son principe repose sur une articulation claire : remettre les enfants sur une trajectoire scolaire tout en leur offrant un accès exigeant à la musique classique, discipline rarement accessible dans ces contextes sociaux.
Dès son lancement, Mazaya a été conçu comme un dispositif de durée, à rebours des initiatives ponctuelles. L’ambition n’a jamais été de proposer une simple initiation artistique, mais de construire un cadre éducatif stable, structuré autour d’un suivi individualisé et d’un engagement sur plusieurs années. Cette approche progressive vise à sécuriser les parcours, tout en laissant aux enfants le temps de développer des compétences durables.
Une école structurée autour de l’exigence et de la régularité
Le fonctionnement de Mazaya repose sur une organisation quotidienne rigoureuse. Les enfants bénéficient d’un enseignement musical comprenant l’apprentissage d’instruments classiques, la pratique chorale et orchestrale, ainsi que des cours de formation musicale. En parallèle, ils suivent des enseignements généraux, notamment en mathématiques, en langues et en culture générale, afin de consolider leur niveau scolaire.
Cette double approche s’appuie sur une conviction simple : la musique produit ses effets les plus durables lorsqu’elle est intégrée à un projet éducatif global. L’apprentissage instrumental impose une discipline régulière, développe l’écoute, la concentration et le sens du collectif. Associé à un accompagnement scolaire, il devient un levier de réengagement éducatif pour des enfants souvent confrontés à des ruptures précoces de scolarité.
Le programme est aujourd’hui dirigé par Dina BENSAÏD, qui supervise l’ensemble du dispositif pédagogique et artistique. Sous sa coordination, Mazaya a consolidé ses méthodes de suivi, en veillant à maintenir un équilibre entre exigence musicale et accompagnement adapté aux réalités sociales des enfants accueillis.
Des enseignants issus du monde professionnel
L’un des éléments distinctifs de Mazaya réside dans le niveau de son encadrement artistique. Les cours sont assurés par des musiciens professionnels issus de l’Orchestre Philharmonique du Maroc. Cette proximité avec des artistes en activité expose les élèves à des standards professionnels dès les premières années de formation.
Au fil des promotions, les enfants de Mazaya ont été amenés à se produire lors de concerts publics, parfois dans des cadres institutionnels. Ces expériences constituent des étapes importantes du parcours pédagogique. Elles confrontent les élèves à la scène, au travail collectif et à la relation au public, tout en renforçant leur confiance et leur sens des responsabilités.
Si tous les enfants ne se destinent pas à une carrière musicale, certains profils ont néanmoins révélé un potentiel artistique réel. Pour eux, Mazaya peut représenter une première étape vers des formations musicales plus avancées. Pour les autres, les compétences acquises — rigueur, persévérance, travail en groupe — constituent des acquis transférables vers d’autres parcours éducatifs et professionnels.
Un programme soutenu par des partenaires institutionnels et privés
Le développement de Mazaya s’appuie sur un réseau de partenaires engagés. Le programme bénéficie notamment du soutien de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain, de l’Union Européenne, ainsi que de fondations privées internationales, parmi lesquelles la Regine Sixt Children’s Aid Foundation.
Ces appuis ont permis de stabiliser le fonctionnement du programme et d’en assurer la continuité sur la durée. Ils traduisent également une reconnaissance du modèle porté par Mazaya, fondé sur une articulation étroite entre culture et action sociale. Dans un contexte où les politiques publiques cherchent à diversifier les leviers d’inclusion, ce type de dispositif hybride trouve un écho particulier.
Certaines fondations marocaines se sont également engagées sur des cycles longs. La Fondation Abdelkader BENSAHALAH, par exemple, parraine des élèves sur une durée de cinq ans, avec pour objectif de sécuriser leur insertion à l’issue du programme. Cette logique de parrainage individualisé renforce la stabilité des parcours et limite les ruptures en cours de formation.
Février 2026 : lancement de la campagne #UnAvenirEnMusique
C’est dans ce cadre que la Fondation Ténor pour la Culture a lancé, en février 2026, une nouvelle campagne de financement participatif intitulée #UnAvenirEnMusique. Cette mobilisation vise à renforcer les capacités du programme, sans en modifier les fondements. Les fonds collectés sont destinés à élargir l’encadrement artistique et pédagogique, notamment à travers l’organisation de masterclasses, de stages à l’international et de nouvelles opportunités de représentation scénique.
La campagne se distingue par son positionnement. Il ne s’agit pas d’un appel aux dons généraliste, mais d’une démarche ciblée, adossée à un programme existant et à des résultats observables. Le message porté insiste sur la notion de temps long, résumée par le slogan : « Soutenir Mazaya, c’est accompagner patiemment la construction d’un avenir, note après note ».
En s’appuyant sur des outils numériques, la campagne cherche également à élargir le cercle de soutien autour de Mazaya, en mobilisant des acteurs culturels, des entreprises et des particuliers sensibles aux enjeux d’éducation et d’inclusion par la culture.
Des trajectoires qui commencent à s’inscrire dans la durée
Treize ans après sa création, Mazaya peut s’appuyer sur des parcours concrets. Des dizaines d’enfants ont été formés depuis 2012. Certains poursuivent aujourd’hui des études musicales avancées, tandis que d’autres se sont réinsérés dans des parcours scolaires ou professionnels plus classiques. Si les volumes restent limités, l’impact se mesure à l’échelle individuelle, à travers des trajectoires stabilisées et des compétences durables.
Ces résultats illustrent la capacité de la musique à agir comme un facteur de structuration personnelle, à condition d’être inscrite dans un cadre exigeant et suivi. Pour la Fondation Ténor pour la Culture, Mazaya constitue ainsi un espace d’expérimentation sociale, dont les enseignements dépassent le seul champ artistique.
Une action culturelle inscrite dans une vision sociale
Depuis sa création, la Fondation Ténor pour la Culture défend l’idée que l’excellence artistique et l’impact social peuvent se renforcer mutuellement. La musique classique, souvent perçue comme un domaine réservé, devient ici un outil de transmission et d’ouverture lorsqu’elle est rendue accessible et encadrée.
En renforçant Mazaya en 2026, la fondation réaffirme cette orientation. À travers une campagne ciblée et des partenariats consolidés, elle cherche à pérenniser un modèle qui a démontré sa pertinence, tout en l’adaptant aux besoins actuels.
Au fil des années, Mazaya a montré qu’un projet culturel pouvait produire des effets sociaux tangibles sans renoncer à l’exigence artistique. Dans un environnement marqué par la fragilité de certains parcours éducatifs, cette école rappelle que la culture, lorsqu’elle s’inscrit dans le temps long, peut contribuer à ouvrir des perspectives et à structurer des trajectoires, une étape après l’autre.




