Le gouvernement souhaite donner un nouveau souffle au programme Idmaj, principal mécanisme public de soutien à l’insertion professionnelle des jeunes. Réuni le 2 juin 2026, la Commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants a examiné le projet de loi 51.25 portant modification du cadre juridique des stages de formation-insertion. Présenté par le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes SEKKOURI, le texte actualise un dispositif régi depuis plus de trente ans par le dahir de 1993 relatif aux mesures d’encouragement à l’emploi.
La réforme repose sur un constat simple : le marché du travail a profondément évolué alors que les mécanismes d’insertion sont restés largement inchangés. Le gouvernement estime que les dispositifs actuels ne répondent plus pleinement aux besoins des entreprises ni aux réalités des jeunes en recherche d’emploi. L’objectif affiché consiste à rendre le programme plus inclusif, plus efficace et davantage orienté vers l’accès à un emploi durable.
La principale nouveauté du projet concerne l’élargissement du programme aux demandeurs d’emploi non diplômés. Jusqu’à présent, l’accès aux stages de formation-insertion était principalement réservé aux titulaires de diplômes ou de qualifications reconnues. Cette condition excluait une partie importante des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle.
Pour l’exécutif, cette évolution répond à une réalité observée sur le terrain. De nombreuses entreprises recrutent aujourd’hui sur la base des compétences acquises, du potentiel ou de la motivation des candidats, y compris lorsqu’ils ne disposent pas d’un diplôme formel. Dans plusieurs secteurs, notamment les services, la logistique, l’industrie ou certaines activités commerciales, les besoins de recrutement concernent des profils pouvant être formés directement en entreprise.
Le gouvernement considère ainsi que le stage de formation-insertion doit devenir un outil accessible à l’ensemble des jeunes en recherche d’emploi et non exclusivement aux diplômés. Cette orientation traduit une évolution de la philosophie du dispositif, qui vise désormais davantage l’acquisition d’une première expérience professionnelle que la simple valorisation d’un parcours académique.
Selon les données communiquées autour de la réforme, près de 21 000 bénéficiaires non diplômés auraient déjà intégré le programme au cours des cinq derniers mois. Ces résultats sont présentés comme un indicateur de l’existence d’une demande réelle de la part des jeunes et des employeurs.
Le projet de loi prévoit également une réduction significative de la durée des stages. Celle-ci passerait de vingt-quatre mois à douze mois non renouvelables. Cette mesure vise à renforcer le caractère transitoire du dispositif et à éviter les situations dans lesquelles des jeunes restent durablement dans un statut de stagiaire sans perspective claire d’embauche.
Le texte introduit néanmoins un mécanisme de continuité en cas de rupture du stage. Lorsqu’un contrat est interrompu durant les six premiers mois, le bénéficiaire pourra poursuivre son parcours dans une autre entreprise. La durée totale cumulée du stage ne pourra toutefois pas dépasser douze mois.
Cette disposition cherche à concilier deux objectifs. D’une part, permettre aux jeunes de poursuivre leur parcours d’insertion lorsqu’une expérience professionnelle s’interrompt prématurément. D’autre part, empêcher les abus pouvant conduire à une succession de stages sans débouché réel sur l’emploi.
La réforme conserve par ailleurs les principaux avantages fiscaux et sociaux qui ont contribué à l’attractivité du programme Idmaj. La bourse de stage demeure exonérée de l’impôt sur le revenu dans la limite de 6 000 dirhams mensuels. L’État continuera également à assurer la couverture médicale obligatoire des bénéficiaires durant leur période de stage.
Le gouvernement maintient également l’un des mécanismes les plus incitatifs pour les entreprises. Lorsqu’un stagiaire est recruté dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée, l’exonération de l’impôt sur le revenu peut être prolongée pendant vingt-quatre mois, dans la limite d’un salaire brut mensuel de 10 000 dirhams.
À travers cette mesure, l’exécutif cherche à renforcer le lien entre stage et recrutement. Le dispositif ne doit plus être perçu comme une étape temporaire sans lendemain, mais comme une passerelle vers une intégration durable dans l’entreprise.
Au-delà des ajustements juridiques, le projet de loi 51.25 s’inscrit dans la stratégie nationale de lutte contre le chômage et d’amélioration de l’employabilité des jeunes. Le gouvernement affiche l’ambition d’atteindre 180 000 bénéficiaires du programme en 2026. Cet objectif illustre la place centrale accordée à Idmaj dans les politiques publiques de l’emploi.
L’efficacité de la réforme dépendra toutefois de sa mise en œuvre. L’élargissement à de nouveaux publics, le suivi des parcours d’insertion et la capacité à transformer les stages en emplois durables constitueront les principaux indicateurs permettant d’évaluer son impact réel.
Pour les entreprises, cette évolution offre un accès plus large à des profils susceptibles d’être formés selon leurs besoins opérationnels. Pour les jeunes, elle pourrait représenter une nouvelle opportunité d’acquérir une première expérience professionnelle et de renforcer leurs chances d’accéder à un emploi stable. C’est désormais sur ce terrain que sera jugée la capacité du programme Idmaj à répondre aux défis persistants du marché du travail marocain.




