Salesforce poursuit la réorganisation de ses activités aux États-Unis avec la suppression de 86 postes en Californie. Les fonctions concernées couvrent principalement les ventes, l’administration générale, la technologie et le développement de produits. Les collaborateurs concernés resteront officiellement employés jusqu’au 7 août 2026.
D’autres réductions d’effectifs ont également été signalées dans l’État de Washington ainsi que dans plusieurs implantations internationales. Certaines touchent des équipes intervenant sur Agentforce, la plateforme d’agents autonomes de Salesforce, mais aussi sur MuleSoft et Marketing Cloud, deux activités centrales dans l’écosystème technologique du groupe.
Cette nouvelle vague reste limitée au regard de la taille de Salesforce, qui comptait plus de 83 000 collaborateurs à la fin du mois de janvier 2026. Elle intervient toutefois quelques mois après une première restructuration ayant entraîné la suppression de près de 1 000 postes dans le marketing, la gestion de produits, l’analyse de données et plusieurs fonctions associées à Agentforce.
Le calendrier donne à ces décisions une portée particulière. Agentforce affiche en effet une croissance rapide depuis son lancement à la fin de l’année 2024. La plateforme a dépassé le milliard de dollars de revenus récurrents annualisés, avec une progression supérieure à 200 % sur un an dans certains segments. Associées aux activités de données de Salesforce, les offres d’intelligence artificielle représentent désormais plusieurs milliards de dollars de revenus.
Agentforce permet aux entreprises de déployer des agents numériques capables de gérer des demandes clients, d’assister les équipes commerciales, d’analyser des données ou d’automatiser certaines opérations. Salesforce présente cette technologie comme l’un des principaux moteurs de sa croissance future et comme le socle de ce que Marc Benioff qualifie d’« entreprise agentique ».
Le PDG du groupe défend depuis plusieurs mois une organisation dans laquelle les collaborateurs travaillent aux côtés d’agents numériques. Cette évolution a déjà eu des conséquences directes sur les effectifs. Salesforce a notamment réduit le nombre de postes dédiés au support client, passé d’environ 9 000 à près de 5 000, en raison de l’automatisation d’une partie des demandes.
Le groupe affirme avoir redéployé certains collaborateurs vers les ventes, les services professionnels ou d’autres fonctions liées à la relation client. La succession des restructurations montre toutefois que ces redéploiements ne suffisent pas toujours à absorber les transformations provoquées par l’intelligence artificielle.
La situation des équipes liées à Agentforce est particulièrement symbolique. Salesforce continue d’investir dans le développement de sa plateforme, mais réduit simultanément certaines fonctions périphériques consacrées à sa commercialisation, à son intégration ou à sa gestion. Les équipes chargées du développement central de la technologie semblent davantage protégées que les métiers d’accompagnement.
Cette stratégie répond à un objectif d’amélioration de l’efficacité opérationnelle. Salesforce cherche à concentrer ses ressources sur les activités considérées comme prioritaires tout en maîtrisant ses coûts. Le groupe poursuit parallèlement une politique financière favorable aux actionnaires, marquée par un programme de rachat d’actions pouvant atteindre 50 milliards de dollars.
Les performances d’Agentforce ne suffisent pourtant pas à dissiper les interrogations des investisseurs. L’action Salesforce a fortement reculé depuis le début de l’année 2026, dans un contexte de doute sur la capacité de l’intelligence artificielle à générer rapidement de nouveaux revenus et à compenser un éventuel ralentissement du marché traditionnel des logiciels de gestion de la relation client.
Les suppressions de postes engagées chez Salesforce s’inscrivent dans une tendance plus large au sein de l’industrie technologique. Plusieurs groupes utilisent les gains de productivité associés à l’IA pour réduire leurs effectifs, simplifier leurs structures ou réorienter leurs investissements. Ces décisions interviennent parfois alors même que les entreprises concernées affichent une croissance solide.
Salesforce illustre ainsi l’une des principales contradictions de la transformation actuelle du secteur. L’intelligence artificielle constitue une nouvelle source de revenus, mais elle devient également un instrument de réduction des coûts et de redéfinition des organisations. Le succès commercial d’une technologie ne garantit plus la stabilité des postes directement ou indirectement associés à son développement.




