Le Maroc continue d’améliorer ses performances en matière de développement durable. Selon le Sustainable Development Report 2026, publié par le Sustainable Development Solutions Network (SDSN), le Royaume occupe la 68e place mondiale sur 169 pays, avec un score global de 71,7 sur 100, supérieur à la moyenne de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, établie à 65,6.
Le rapport met également en évidence les progrès réalisés dans la qualité du système statistique national. L’indice de performance statistique est passé de 60,0 en 2016 à 73,1 en 2024, traduisant une amélioration significative des capacités nationales de production et d’exploitation des données publiques.
Si ces indicateurs témoignent d’une modernisation des politiques publiques, ils révèlent également plusieurs faiblesses persistantes concernant le capital humain. L’éducation, l’emploi des femmes et les conditions de travail apparaissent comme les principaux défis à relever pour accompagner la croissance économique.
Une réussite dans le primaire, mais une rupture au niveau du secondaire
Les performances du système éducatif sont contrastées.
Le rapport montre que le Maroc est désormais proche de la généralisation complète de l’enseignement primaire. En 2024, le taux net de scolarisation atteint 99,1 %, tandis que la participation des enfants de quatre à six ans à l’enseignement préscolaire organisé atteint 87,5 %. Ces deux indicateurs sont considérés comme étant « en bonne voie » par le SDSN.
En revanche, la situation se dégrade au niveau du premier cycle du secondaire.
Le taux d’achèvement atteint seulement 77,2 % en 2024 et son évolution est jugée stagnante. Autrement dit, près d’un jeune sur quatre quitte le système éducatif avant d’avoir terminé ce cycle d’enseignement.
Cette situation constitue un enjeu majeur pour l’économie marocaine.
Les filières industrielles qui se développent actuellement — automobile, aéronautique, électronique, logistique ou encore services externalisés — recherchent principalement des profils techniques intermédiaires. Lorsque ces compétences ne sont pas disponibles sur le marché, les entreprises doivent renforcer leurs dispositifs internes de formation ou développer des partenariats avec les établissements d’enseignement et de formation professionnelle.
L’emploi des femmes demeure le principal point de fragilité
Le principal signal d’alerte du rapport concerne la participation des femmes au marché du travail.
En 2025, le ratio entre la participation des femmes et celle des hommes à la population active atteint seulement 28,9 %. Le SDSN classe cet indicateur parmi ceux qui suivent une trajectoire de régression depuis 2015.
Ce constat apparaît d’autant plus paradoxal que le niveau d’éducation des femmes continue de progresser.
Le rapport indique que le ratio femmes-hommes concernant le nombre moyen d’années de scolarisation atteint 74,8 % en 2023, traduisant une amélioration constante de l’accès des femmes à l’éducation.
Cette progression ne se traduit pourtant pas par une présence équivalente sur le marché du travail.
Plusieurs facteurs continuent de limiter cette participation : difficultés de mobilité, responsabilités familiales, accès insuffisant aux solutions de garde d’enfants, importance du secteur informel ou encore sous-représentation des femmes dans certaines fonctions d’encadrement.
Dans un contexte marqué par une pénurie croissante de compétences dans plusieurs secteurs, cette situation réduit le vivier de talents disponible pour les entreprises.
Des progrès encore limités concernant les droits fondamentaux au travail
Le rapport attire également l’attention sur les conditions de travail.
L’indicateur évaluant la garantie effective des droits fondamentaux du travail atteint 0,55 sur une échelle de 0 à 1 en 2024. Sa trajectoire est également considérée comme orientée à la baisse depuis plusieurs années.
Cet indicateur couvre notamment la liberté syndicale, la non-discrimination, la santé et la sécurité au travail ainsi que le respect des droits fondamentaux des collaborateurs.
Le rapport rappelle que le Maroc reste caractérisé par une coexistence entre un secteur formel moderne et un secteur informel qui représente encore une part importante de l’activité économique.
Pour les entreprises exportatrices, ces questions prennent une importance croissante.
Les exigences des investisseurs internationaux, des donneurs d’ordre et des agences de notation intègrent désormais de manière systématique les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), faisant de la conformité sociale un facteur de compétitivité.
Un chômage qui reste durablement élevé
Selon le rapport, le taux de chômage national est estimé à 8,9 % en 2026 et demeure globalement stable.
Cette moyenne nationale masque cependant d’importantes disparités selon les territoires, les niveaux de qualification et les catégories d’âge.
Les jeunes restent les plus exposés aux difficultés d’insertion professionnelle, malgré les investissements industriels réalisés ces dernières années.
Cette situation reflète le décalage persistant entre les compétences disponibles et les besoins exprimés par les entreprises, notamment dans les métiers liés aux nouvelles technologies, à l’industrie avancée, aux énergies renouvelables ou à la transformation numérique.
Les données deviennent un levier stratégique pour les entreprises
L’amélioration de la qualité des données nationales constitue également une opportunité pour les organisations.
Le développement des outils de pilotage RH permet aujourd’hui de mesurer avec davantage de précision les politiques de recrutement, de formation, de mobilité interne ou encore de fidélisation des collaborateurs.
Le recours au People Analytics facilite notamment l’identification des métiers en tension, le suivi des écarts de rémunération, l’analyse du turnover ou encore l’évaluation de l’efficacité des dispositifs de développement des compétences.
Ces approches permettent aux entreprises de prendre des décisions davantage fondées sur les données plutôt que sur les seules perceptions.
Principaux indicateurs du capital humain au Maroc (SDR 2026)
| Domaine | Indicateur | Dernière valeur | Évolution |
|---|---|---|---|
| Développement durable | Score global du Maroc | 71,7 /100 | 68e mondial |
| Éducation | Scolarisation primaire | 99,1 % | En bonne voie |
| Éducation | Préscolaire organisé | 87,5 % | En bonne voie |
| Éducation | Achèvement du secondaire (1er cycle) | 77,2 % | Stagnation |
| Égalité | Ratio femmes/hommes des années d’études | 74,8 % | Stagnation |
| Emploi | Participation des femmes au marché du travail | 28,9 % | Régression |
| Travail | Droits fondamentaux au travail | 0,55 /1 | Régression |
| Emploi | Taux de chômage | 8,9 % | Stagnation |
Le Sustainable Development Report 2026 confirme que le Maroc poursuit sa progression sur plusieurs indicateurs de développement durable, notamment dans l’éducation primaire, la qualité des données publiques et la modernisation de ses politiques publiques. En parallèle, il met en évidence plusieurs défis structurels qui concernent directement le fonctionnement du marché du travail : la stagnation de l’enseignement secondaire, la faible participation des femmes à l’activité économique et les progrès encore limités en matière de droits fondamentaux au travail. Ces indicateurs montrent que la compétitivité future du Royaume dépendra autant de la qualité de son capital humain que de la poursuite des investissements dans les infrastructures.
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