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[ETUDE] Inflation et RH : ce que révèle une étude académique sur la motivation, l’absentéisme et la rémunération

Une étude publiée en juin 2025 dans l’International Journal of Science, Engineering and Management montre que l’inflation ne pèse pas seulement sur les salaires. Elle agit aussi sur le moral, l’absentéisme, le turnover, les délais de recrutement, la flexibilité du travail et la valeur perçue des primes de performance. Pour les entreprises, la réponse ne peut plus se limiter à des ajustements budgétaires ponctuels : elle impose une stratégie RH plus fine, articulant rémunération, soutien financier, flexibilité et maintien de l’engagement.

Nisrine M. by Nisrine M.
28 mai 2026
in Etudes et publications
Reading Time: 22 mins read
[ETUDE] Inflation et RH : ce que révèle une étude académique sur la motivation, l’absentéisme et la rémunération l DRH.ma

[ETUDE] Inflation et RH : ce que révèle une étude académique sur la motivation, l’absentéisme et la rémunération l DRH.ma

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L’inflation est souvent traitée comme une donnée macroéconomique : un indice, une courbe, un chiffre publié par les institutions statistiques. Dans l’entreprise, elle prend une forme beaucoup plus concrète. Elle se traduit par des demandes d’augmentation, des arbitrages difficiles sur les avantages sociaux, des recrutements plus longs, des tensions sur la fidélisation et une fatigue plus diffuse chez les collaborateurs. Le sujet n’est donc pas seulement salarial. Il touche à la relation de travail dans son ensemble.

Une étude académique publiée en juin 2025 par Nidhi YADAV, Shilpa SINGH, Rani KUMARI et Dr. Shine DAVID dans l’International Journal of Science, Engineering and Management apporte un éclairage utile sur ce phénomène. Intitulée Impact of Inflation on Human Resource Management: A Study on How Does HR Manage Employees During Inflation, elle analyse la manière dont les professionnels RH gèrent les collaborateurs durant les périodes d’inflation. L’étude s’appuie sur 102 réponses de professionnels RH travaillant dans des entreprises de différentes tailles, avec une méthodologie combinant données primaires, sources secondaires, statistiques descriptives et analyse de variance ANOVA.

La solidité du questionnaire est l’un des premiers éléments notables. Les auteurs indiquent un coefficient alpha de Cronbach de 0,938 sur 35 items, un niveau élevé de cohérence interne. Autrement dit, les réponses collectées présentent une forte stabilité statistique. L’étude ne prétend pas résoudre tous les débats sur l’inflation et la gestion RH, mais elle donne une lecture empirique des zones de tension les plus visibles : rémunération, engagement, recrutement, absentéisme, turnover, flexibilité et performance.

Les effets les plus nets : rémunération, objectifs, incitations et moral

Les résultats ANOVA présentés dans l’étude montrent que l’inflation affecte plusieurs dimensions du travail avec une significativité statistique notable. La taille de l’entreprise apparaît comme la variable la plus fortement différenciée, avec une valeur de significativité de p = 0,000. Ce résultat signifie que les entreprises ne vivent pas l’inflation de la même manière selon leur taille. Une petite structure, une entreprise moyenne et une grande organisation n’ont ni les mêmes marges budgétaires, ni les mêmes outils RH, ni la même capacité à absorber une hausse des coûts.

La rémunération des collaborateurs est également touchée, avec une valeur de p = 0,043. Ce résultat confirme une évidence de terrain : lorsque le coût de la vie augmente, la pression sur les salaires devient plus forte. Les collaborateurs attendent des ajustements, les candidats négocient davantage, les grilles internes se tendent et les entreprises doivent arbitrer entre pouvoir d’achat, équité interne et soutenabilité financière.

Plus intéressant encore, l’étude montre que les incitations à la performance perdent une partie de leur valeur perçue en période inflationniste, avec une significativité de p = 0,003. Ce point mérite une attention particulière. Les primes et bonus peuvent motiver lorsque le salaire fixe assure déjà une forme de sécurité. Mais lorsque les dépenses courantes deviennent plus lourdes, les collaborateurs privilégient la stabilité du revenu. Une prime différée, variable ou incertaine a moins de poids qu’un salaire fixe permettant de faire face aux obligations mensuelles.

Les objectifs de performance deviennent eux aussi plus difficiles à fixer. L’étude relève une significativité de p = 0,008 sur la définition d’objectifs réalistes. L’inflation modifie les coûts, les comportements clients, les budgets, les délais et parfois les priorités internes. Un objectif fixé en début d’année peut devenir moins réaliste quelques mois plus tard. Cela impose de revoir les cycles d’évaluation, de multiplier les points d’ajustement et d’éviter que l’entretien annuel ne sanctionne des résultats dégradés par des facteurs externes.

Dimension analysée Résultat rapporté par l’étude Lecture RH
Taille de l’entreprise p = 0,000 Les effets de l’inflation varient fortement selon la taille de l’organisation
Valeur des incitations à la performance p = 0,003 Les primes variables perdent de leur pouvoir motivant lorsque le fixe devient prioritaire
Objectifs réalistes p = 0,008 Les cibles doivent être ajustées plus régulièrement
Absentéisme p = 0,010 Le stress financier peut contribuer à la fatigue et aux absences
Moral des collaborateurs p = 0,011 La pression économique pèse sur l’ambiance et l’engagement
Turnover p = 0,024 Les collaborateurs peuvent chercher ailleurs une meilleure rémunération
Flexibilité du travail p = 0,029 Les modalités souples deviennent un levier d’adaptation
Satisfaction au travail p = 0,031 La baisse du pouvoir d’achat affecte la perception du travail
Délais de recrutement p = 0,032 Les exigences salariales rendent les recrutements plus complexes
Rémunération p = 0,043 La pression sur les salaires devient statistiquement visible

 

Le stress financier devient un sujet de productivité

L’étude insiste sur un point que beaucoup d’entreprises sous-estiment encore : l’inflation affecte la motivation et la productivité par le biais du stress financier. Lorsque les collaborateurs doivent faire face à une hausse des dépenses courantes, leur attention se fragmente. Ils peuvent rester présents, mais moins disponibles mentalement. Cette réalité renvoie au présentéisme : présence physique, efficacité réduite, concentration affaiblie.

Les auteurs relèvent une tendance autour de la productivité, avec une valeur de p = 0,054, proche du seuil de significativité statistique. Il faut donc l’interpréter avec prudence. Le résultat ne permet pas d’affirmer une relation aussi forte que pour l’absentéisme ou le moral, mais il indique une pression réelle. Les difficultés financières peuvent devenir une distraction cognitive, surtout lorsque les collaborateurs doivent gérer des échéances personnelles, des crédits, des dépenses familiales ou des coûts de transport plus élevés.

L’absentéisme apparaît plus clairement dans les résultats, avec p = 0,010. Ce point confirme que les tensions économiques peuvent produire des effets indirects sur la santé et la présence au travail. Fatigue, stress, suractivité, recherche de revenus complémentaires et désengagement progressif peuvent créer des absences plus fréquentes. L’étude cite d’ailleurs, dans sa revue de littérature, des travaux réalisés au Nigeria montrant que l’inflation peut pousser des collaborateurs à chercher des revenus additionnels, avec un effet de fatigue et de baisse de productivité.

Le turnover est lui aussi significatif, avec p = 0,024. Lorsque les hausses de salaires ne suivent pas la perception du coût de la vie, les collaborateurs peuvent chercher ailleurs une meilleure stabilité financière. Cette mobilité ne concerne pas uniquement les profils les plus jeunes. Elle touche aussi les métiers où les compétences sont rares, les fonctions commerciales, techniques, digitales ou managériales, et toutes les situations où l’écart entre effort fourni et revenu perçu devient trop visible.

Le message est clair : l’inflation ne se traite pas seulement par une ligne budgétaire. Elle transforme les comportements au travail.

Les limites de la réponse salariale classique

La première réponse attendue face à l’inflation est l’augmentation salariale. Elle est parfois nécessaire, notamment lorsque les bas salaires sont les plus exposés ou lorsque des écarts avec le marché menacent la fidélisation. Mais l’étude montre que la pression inflationniste affecte simultanément plusieurs domaines : rémunération, recrutement, absentéisme, moral, satisfaction, flexibilité et objectifs. Une hausse générale ne peut donc pas répondre seule à tous ces effets.

La rémunération variable doit également être repensée. Les systèmes de primes conçus pour des périodes stables perdent en efficacité lorsque les collaborateurs cherchent d’abord de la sécurité. Un bonus annuel, même attractif sur le papier, peut peser moins qu’un ajustement du revenu mensuel, un avantage concret ou une réduction de dépenses quotidiennes. Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer la performance variable. Cela signifie qu’il faut clarifier son rôle : motiver, reconnaître, partager un résultat, mais pas compenser une perte structurelle de pouvoir d’achat.

La flexibilité du travail ressort également de l’étude avec une significativité de p = 0,029. Ce résultat est important car il élargit la discussion. Le télétravail, les horaires aménagés ou les modèles hybrides peuvent réduire certaines dépenses : transport, carburant, restauration, temps de trajet. Ces dispositifs ne remplacent pas le salaire, mais ils contribuent au revenu utile. Leur intérêt dépend évidemment de la nature des activités. Toutes les fonctions ne peuvent pas travailler à distance. Pour les métiers de terrain, d’autres formes de souplesse doivent être recherchées : plannings plus prévisibles, indemnités de déplacement mieux ajustées, organisation des tournées, soutien au transport ou meilleure gestion des récupérations.

L’étude mentionne également la pression sur les budgets de formation et développement, avec une valeur de p = 0,092. Cette donnée n’est pas statistiquement forte au même niveau que les autres variables, mais elle indique une tendance préoccupante. Réduire la formation pour absorber l’inflation peut sembler rationnel à court terme. À moyen terme, cela fragilise l’employabilité interne, la mobilité, l’adaptation aux technologies et la capacité de l’entreprise à recruter moins cher en développant ses propres compétences.

Une réponse RH en quatre leviers

La première réponse consiste à segmenter les efforts salariaux. Toutes les populations ne subissent pas l’inflation de la même manière. Les collaborateurs exposés aux bas et moyens revenus, aux frais de transport, aux charges familiales ou aux dépenses de santé ont souvent besoin de mesures plus visibles. Les métiers critiques peuvent nécessiter des ajustements ciblés. Les cadres peuvent attendre davantage de clarté sur le variable, les parcours et la protection sociale. Une politique uniforme peut sembler équitable, mais elle n’est pas toujours efficace.

Le deuxième levier concerne la rémunération globale. L’entreprise doit mieux expliquer et optimiser les éléments qui améliorent le revenu utile : titres-repas, transport, couverture santé, flexibilité, frais professionnels, formation, prévoyance, soutien financier ponctuel et avantages sociaux. Cette logique ne doit pas servir à contourner les hausses nécessaires du salaire fixe. Elle permet de compléter l’effort lorsque la hausse générale n’est pas soutenable.

Le troisième levier est la flexibilité. Les résultats de l’étude confirment que les modalités de travail deviennent un champ d’adaptation important. Une entreprise capable d’organiser le travail de manière plus souple peut réduire certaines tensions de pouvoir d’achat sans augmenter directement la masse salariale. Encore faut-il éviter une fracture entre activités compatibles avec le travail à distance et activités nécessitant une présence sur site.

Le quatrième levier touche au soutien mental et financier. Les auteurs de l’étude citent les programmes de soutien, les options de flexibilité et les initiatives de bien-être comme des réponses possibles aux effets de l’inflation. Dans une lecture opérationnelle, cela renvoie à des dispositifs précis : éducation financière, accompagnement budgétaire confidentiel, accès encadré au salaire déjà gagné, communication sur le bulletin de paie, accompagnement managérial et prévention de l’épuisement.

Problème observé Réponse RH possible
Pression sur les salaires Ajustements ciblés, révision des grilles, protection des bas revenus
Perte de valeur des primes Rééquilibrage entre fixe, variable et avantages concrets
Turnover Rétention ciblée, mobilité interne, parcours de progression
Absentéisme Prévention, suivi des charges, écoute managériale
Moral en baisse Communication transparente, reconnaissance, soutien financier
Délais de recrutement Marque employeur plus claire, processus plus rapide, package mieux expliqué
Flexibilité attendue Télétravail, horaires adaptés, meilleure organisation des plannings
Formation sous pression Priorisation des compétences critiques plutôt que réduction uniforme

 

Les enseignements pour les entreprises marocaines

L’étude a été menée auprès de professionnels RH basés en Inde. Il faut donc éviter une transposition mécanique au Maroc. Les contextes institutionnels, salariaux, fiscaux, sociaux et culturels diffèrent. Mais les mécanismes observés sont largement pertinents : lorsque le coût de la vie augmente, le rapport au salaire, au travail, à la sécurité financière et à l’employeur change.

Pour les entreprises marocaines, l’enseignement principal est simple : l’inflation ne doit pas être traitée uniquement comme une contrainte financière. Elle doit être analysée comme un facteur de climat social, de motivation, d’absentéisme, de turnover et d’attractivité. Cette lecture oblige à rapprocher les directions RH, finance et opérations. Les décisions de rémunération doivent être chiffrées, mais aussi reliées à leurs effets sur l’engagement et la fidélisation.

Le deuxième enseignement concerne la communication. Le silence sur les salaires, les avantages, les primes et les contraintes économiques nourrit la frustration. Les collaborateurs n’attendent pas seulement des montants. Ils attendent une explication : pourquoi telle mesure ? pourquoi tel arbitrage ? pourquoi tel délai ? pourquoi une prime plutôt qu’une augmentation ? pourquoi un avantage social plutôt qu’un relèvement du fixe ? Une entreprise qui explique mieux ses décisions réduit une partie de la défiance.

Le troisième enseignement concerne la mesure. Les enquêtes internes doivent intégrer des questions sur le stress financier, la perception du pouvoir d’achat, la compréhension du package de rémunération, les frais liés au travail, la flexibilité et les attentes d’accompagnement. Ces données doivent rester anonymes et agrégées. Il ne s’agit pas d’identifier les difficultés individuelles, mais de comprendre les zones de tension.

Une feuille de route pour agir

La première étape consiste à auditer la politique de rémunération. L’entreprise doit analyser les écarts entre grilles internes, marché, salaire net, avantages, frais professionnels et populations les plus exposées. Cette lecture doit distinguer le brut, le net et le revenu utile.

La deuxième étape consiste à revoir les dispositifs variables. Lorsque les primes de performance perdent de leur pouvoir motivant, il faut réexaminer leur calendrier, leur lisibilité, leur part dans le package et leur articulation avec le salaire fixe.

La troisième étape consiste à structurer les avantages concrets. Titres-repas, transport, mutuelle, flexibilité, frais professionnels, formation et soutien financier ponctuel doivent être traités comme des composantes réelles du package, avec des règles claires.

La quatrième étape consiste à former les managers. Ils doivent savoir écouter les tensions liées au pouvoir d’achat sans promettre ce qu’ils ne peuvent pas tenir. Ils doivent aussi remonter les signaux faibles : absentéisme, turnover, fatigue, désengagement, difficultés de recrutement.

La cinquième étape consiste à mettre en place un baromètre interne. Il doit mesurer la perception du pouvoir d’achat, la compréhension de la rémunération globale, les attentes de flexibilité, le stress financier et la satisfaction vis-à-vis des avantages.

Étape Action prioritaire Résultat attendu
Audit rémunération Identifier populations exposées et écarts de grille Arbitrages plus précis
Revue du variable Vérifier lisibilité et valeur perçue des primes Meilleure cohérence motivationnelle
Avantages sociaux Optimiser titres-repas, mutuelle, transport, flexibilité Soutien au revenu utile
Management Former à l’écoute et aux réponses factuelles Moins d’improvisation
Baromètre interne Mesurer stress financier et perception du package Décisions mieux ciblées
Suivi RH-finance Relier coût, engagement et turnover Pilotage plus robuste

 

L’étude publiée dans l’International Journal of Science, Engineering and Management rappelle une évidence souvent mal prise en charge : l’inflation entre dans l’entreprise par les collaborateurs. Elle modifie leurs attentes, leur niveau d’énergie, leur rapport au salaire, leur disponibilité mentale et leur propension à changer d’employeur. Les organisations qui répondent uniquement par des gels budgétaires ou des mesures uniformes risquent de sous-estimer le coût caché du désengagement.

La réponse la plus solide n’est pas la hausse généralisée par réflexe, ni l’optimisation sociale utilisée comme substitut au salaire. Elle repose sur une combinaison plus exigeante : rémunération ciblée, flexibilité, transparence, avantages utiles, soutien financier confidentiel et ajustement des objectifs. L’inflation teste la maturité des politiques RH. Elle oblige à traiter le pouvoir d’achat comme un sujet de performance, pas seulement comme une revendication sociale.

Tags: AbsentéismeDossier InflationflexibilitéinflationmotivationperformancePouvoir d'achatproductivitéRémunérationRHTurnover
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