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[RAPPORT] BlackRock 2026 : l’IA promet l’abondance, mais dépend encore de la pénurie

L’intelligence artificielle pourrait stimuler durablement la productivité mondiale, mais son déploiement exige des quantités considérables d’électricité, de semi-conducteurs, de capitaux et d’infrastructures. Dans son Midyear Global Outlook 2026, BlackRock Investment Institute analyse cette contradiction et invite à repenser la construction des portefeuilles face à plusieurs futurs économiques radicalement différents.

Nisrine M. par Nisrine M.
16 juillet 2026
dans Etudes et publications
Temps de lecture : 15 mins
BlackRock 2026 : l’IA promet l’abondance, mais dépend encore de la pénurie l DRH.ma

BlackRock 2026 : l’IA promet l’abondance, mais dépend encore de la pénurie l DRH.ma

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L’intelligence artificielle conduira-t-elle l’économie mondiale vers une nouvelle période d’abondance ou accentuera-t-elle d’abord les pénuries qui limitent déjà la croissance ? BlackRock Investment Institute place cette question au centre de son rapport semestriel 2026, intitulé Scarcity vs. Abundance.

L’enjeu dépasse largement la valorisation des entreprises technologiques. L’IA pourrait automatiser certaines tâches, améliorer la recherche scientifique, réduire les coûts de production et favoriser l’émergence de nouveaux produits. Mais cette promesse repose sur une infrastructure matérielle coûteuse : centres de données, réseaux électriques, unités de production d’énergie, puces avancées, systèmes de mémoire et compétences spécialisées.

BlackRock décrit ainsi une économie mondiale prise entre deux mouvements. Le premier correspond à la persistance de contraintes structurelles sur l’offre. Le second repose sur la possibilité que l’innovation générée par l’IA augmente suffisamment la productivité pour desserrer ces contraintes. La conclusion du rapport peut se résumer simplement : le chemin vers l’abondance, si elle se matérialise, passera d’abord par une période de pénurie.

Un monde limité par ses capacités de production

Le diagnostic de BlackRock repose sur plusieurs « méga-forces » qui transforment simultanément les marchés. Le vieillissement démographique réduit la disponibilité de la main-d’œuvre dans plusieurs économies développées. La fragmentation géopolitique encourage la relocalisation d’activités industrielles. La transition énergétique impose de construire de nouvelles capacités de production, de stockage et de transport de l’électricité. Les infrastructures vieillissantes nécessitent également des investissements considérables.

Ces transformations augmentent les besoins en capitaux alors que leur coût demeure élevé. Elles entretiennent aussi des tensions sur les matériaux critiques, les compétences techniques, les équipements industriels et l’énergie. Ces difficultés ne constituent pas de simples perturbations conjoncturelles appelées à disparaître avec le prochain cycle économique. Elles peuvent influencer durablement la croissance, l’inflation et la valorisation des actifs.

L’IA ne supprime pas immédiatement ces contraintes. Son développement les rend au contraire plus visibles. Les modèles les plus puissants nécessitent une capacité informatique croissante. Les centres de données consomment davantage d’électricité et doivent disposer d’un accès stable aux réseaux. La fabrication des processeurs dépend de chaînes d’approvisionnement complexes et concentrées dans quelques pays.

L’abondance numérique repose donc sur une économie physique confrontée à des capacités limitées. Même si les modèles deviennent moins coûteux à utiliser, leur adoption massive pourrait provoquer un nouvel effet d’échelle : la baisse du coût unitaire multiplierait les usages et maintiendrait la demande d’infrastructures à un niveau élevé.

L’IA face à trois questions sans réponse définitive

BlackRock structure son analyse de l’intelligence artificielle autour de trois interrogations : les valorisations actuelles signalent-elles une bulle, combien coûtera réellement l’IA et quels acteurs capteront la valeur créée ?

Question Incertitude principale Conséquence sur les marchés
L’IA est-elle une bulle ? Les valorisations laissent peu de place aux déceptions Les bénéfices et les marges devront justifier les attentes
Quel sera son coût réel ? Les modèles gagnent en efficacité, mais les besoins informatiques progressent La demande d’énergie, de puces et de centres de données pourrait rester élevée
Qui captera la valeur ? La rentabilité peut se répartir entre plusieurs niveaux de la chaîne Les gagnants pourraient se trouver dans la technologie comme dans les infrastructures

 

Les performances enregistrées par les grandes entreprises technologiques ont renforcé les comparaisons avec les précédentes bulles boursières. BlackRock ne tranche pas définitivement ce débat. Le rapport souligne néanmoins que des valorisations élevées rendent les marchés plus sensibles à la moindre déception concernant les bénéfices, la croissance ou les marges.

La deuxième question concerne la trajectoire des coûts. Les modèles pourraient devenir moins chers grâce aux progrès des algorithmes, à l’amélioration des puces et à la concurrence entre fournisseurs. Cette baisse faciliterait leur adoption par les entreprises. Elle ne garantirait cependant pas une réduction globale des dépenses. Une technologie moins coûteuse peut être utilisée beaucoup plus largement et entraîner une augmentation de la consommation totale de ressources.

La troisième inconnue porte sur la répartition de la valeur. Les développeurs de modèles ne seront pas nécessairement les principaux bénéficiaires économiques de l’IA. Une partie des revenus pourrait revenir aux fournisseurs de cloud, aux fabricants de puces, aux producteurs d’électricité, aux exploitants de centres de données ou aux entreprises capables d’intégrer l’IA dans des activités traditionnelles.

Cette incertitude explique l’approche privilégiée par BlackRock. L’institut maintient une surpondération des actions américaines, où se trouvent de nombreux acteurs de la chaîne de valeur, mais recherche également des opportunités dans les goulots d’étranglement. Il n’est pas indispensable de connaître dès maintenant le modèle dominant pour constater que tous auront besoin d’électricité, de mémoire, de semi-conducteurs et de capacités informatiques. ⁠BlackRock Investment Institute

Trois thèmes pour orienter les portefeuilles

Le rapport retient trois thèmes d’investissement : la pénurie liée à l’IA, le revenu durable et le dépassement des catégories traditionnelles d’actifs.

Thème Lecture de BlackRock Expositions identifiées
Pénurie liée à l’IA Le déploiement rencontre des contraintes matérielles croissantes Électricité, réseaux, mémoire, puces et centres de données
Revenu durable La remontée des rendements redonne de l’intérêt aux revenus obligataires Obligations courtes et intermédiaires, crédit sélectionné
Au-delà des catégories Un même thème traverse plusieurs classes d’actifs Marchés cotés et privés, dette, actions et infrastructures

 

Le premier thème prolonge directement l’analyse des besoins matériels de l’IA. Les infrastructures apparaissent comme une composante essentielle de la transformation technologique. La capacité de production électrique, les réseaux, les systèmes de refroidissement et les centres de données peuvent bénéficier d’une demande soutenue, indépendamment de l’identité du futur leader des modèles génératifs.

Le deuxième thème concerne le retour du revenu dans les portefeuilles. La hausse des rendements obligataires permet de générer des revenus plus attractifs qu’au cours de la décennie précédente. BlackRock insiste cependant sur leur qualité. Les flux financiers doivent être soutenus par des revenus identifiables, des protections solides accordées aux prêteurs et une valeur de récupération suffisante en cas de défaut.

L’institut privilégie les obligations d’État américaines à court et moyen termes par rapport aux titres à longue échéance. Les obligations longues restent sensibles à l’inflation, aux émissions massives de dette publique et à la hausse de la prime exigée par les investisseurs pour immobiliser leur capital. Elles pourraient donc se révéler moins efficaces comme instruments automatiques de diversification.

Le troisième thème remet en question les catégories classiques. L’opposition entre actions et obligations, marchés cotés et actifs privés ou dette et capital ne suffit plus à décrire les expositions économiques réelles. Une infrastructure énergétique peut, par exemple, être financée par une obligation, détenue par un fonds privé ou représentée par les actions d’une entreprise cotée. Le risque thématique est comparable, mais la liquidité, la volatilité et le rendement diffèrent.

Six décisions macroéconomiques étroitement liées

BlackRock identifie six grandes décisions auxquelles les investisseurs sont déjà exposés, parfois sans en avoir pleinement conscience.

Décision Question déterminante
Croissance tirée par l’IA L’IA produira-t-elle un gain durable de productivité ?
Coût de l’IA Les gains d’efficacité compenseront-ils les besoins matériels ?
Taux d’intérêt Les taux resteront-ils durablement supérieurs aux niveaux antérieurs ?
Endettement Les marchés exigeront-ils une rémunération plus élevée face aux dettes publiques ?
Blocages géopolitiques Les tensions perturberont-elles l’énergie et les chaînes d’approvisionnement ?
Leadership américain Les États-Unis conserveront-ils leur domination technologique et financière ?

 

Ces arbitrages ne peuvent pas être analysés séparément. Une croissance plus forte grâce à l’IA pourrait soutenir les bénéfices des entreprises, mais aussi maintenir les taux d’intérêt à un niveau élevé. Des dépenses technologiques considérables peuvent améliorer la productivité à long terme tout en aggravant les besoins de financement à court terme. La concentration de la fabrication des puces ajoute par ailleurs une dimension géopolitique à toute exposition au secteur.

Le rapport utilise l’expression « résultats polyfurqués » pour désigner la coexistence de plusieurs trajectoires plausibles mais incompatibles. L’économie pourrait connaître un essor de productivité, une inflation persistante provoquée par les pénuries, une correction des valorisations technologiques ou différentes combinaisons de ces scénarios.

Cette lecture affaiblit la logique du scénario central entouré de simples variantes optimistes et pessimistes. Un portefeuille construit uniquement pour une baisse rapide de l’inflation et des taux pourrait souffrir si les pénuries se prolongent. À l’inverse, une allocation entièrement tournée vers la croissance technologique serait vulnérable à une déception sur les bénéfices ou à une hausse durable du coût du capital.

Une diversification plus fine que le traditionnel portefeuille 60/40

BlackRock ne recommande pas d’abandonner la diversification. L’institut propose de la rendre plus précise. Une exposition large à l’univers investissable reste le point de départ. Elle doit ensuite être complétée par des positions délibérées sur les thèmes structurels et les risques macroéconomiques.

Cette méthode suppose d’identifier les paris déjà présents dans un portefeuille. Une forte pondération des actions américaines peut simultanément représenter une exposition à l’IA, au dollar, aux taux d’intérêt et au leadership des États-Unis. Ajouter un fonds technologique ne crée donc pas nécessairement une diversification. L’opération peut simplement renforcer des risques déjà dominants.

Le choix du véhicule devient également une décision d’investissement. Un indice large, un fonds sectoriel, une stratégie active, une obligation d’infrastructure ou un actif privé peuvent donner accès à une même transformation économique. Leurs niveaux de liquidité, de transparence, de frais et de volatilité ne sont toutefois pas identiques.

Le rapport illustre cette approche à partir d’un portefeuille théorique composé de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations. Une augmentation de 20 % de l’exposition à la croissance peut produire des résultats différents selon qu’elle est réalisée par une hausse générale des actions américaines ou par une sélection sectorielle plus fine. L’exercice, effectué avec le bénéfice du recul, ne constitue pas une prévision. Il montre surtout que la manière d’exprimer une conviction peut compter autant que la conviction elle-même.

Le principal enseignement du Midyear Global Outlook 2026 tient donc dans cette contradiction : l’IA peut créer de l’abondance, mais elle dépend encore d’actifs rares. Les opportunités ne se limitent pas aux entreprises qui développent les modèles les plus connus. Elles s’étendent à ceux qui produisent l’électricité, fabriquent les puces, financent les infrastructures et sécurisent les chaînes d’approvisionnement.

BlackRock ne livre ni certitude ni allocation universelle. Le rapport propose un cadre pour construire des portefeuilles capables de résister à plusieurs régimes économiques. La performance dépendra moins d’une prédiction parfaite de l’avenir que de la capacité à mesurer les risques implicites, à sélectionner les bons véhicules et à éviter qu’une seule hypothèse ne domine toute l’allocation.

Tags: BlackRockcentres de donnéesÉnergieinfrastructuresintelligence artificielleinvestissementPénurieproductivitésemi-conducteursstratégie
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Nisrine M.

Nisrine M.

Analyste rigoureuse des systèmes de compensation, Nesrine se consacre à l'optimisation des politiques de rémunération et des "Benefits". Elle s'appuie sur une veille constante des études de marché et des publications statistiques pour offrir des analyses comparatives sur l'évolution des salaires et de la protection sociale. Son expertise aide les directions RH à concevoir des packages globaux attractifs et équitables, mêlant rémunération directe et avantages périphériques. Elle transforme les données complexes en indicateurs de pilotage stratégique pour une gestion fine de la masse salariale et de la motivation financière.

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