Uber poursuit son expansion mondiale dans la livraison de repas et de courses. Le groupe américain propose 41,50 euros en numéraire pour chaque action de Delivery Hero, soit une valorisation d’environ 13 milliards d’euros, équivalant à 14,8 milliards de dollars. Le prix représente une prime de 127 % par rapport à la moyenne observée durant les trois mois précédant le 8 mai 2026.
L’issue de l’opération paraît déjà largement sécurisée. Uber détient directement 24,77 % du capital de Delivery Hero et bénéficie d’une exposition économique supplémentaire à travers des produits dérivés. Prosus, qui possède environ 16 % à 17 % du groupe allemand, s’est également engagé à céder sa participation. L’intérêt économique total d’Uber dépasse ainsi 53 % avant même l’ouverture formelle de l’offre.
Le directoire et le conseil de surveillance de Delivery Hero soutiennent la transaction. L’offre reste néanmoins conditionnée à l’obtention d’au moins 50 % du capital plus une action, hors titres déjà détenus par Uber, ainsi qu’aux autorisations réglementaires nécessaires. Sa finalisation est attendue au second semestre 2027.
Delivery Hero apporte à Uber une présence dans 50 marchés ayant généré 42 milliards de dollars de volume brut de transactions en 2025. Son portefeuille comprend Glovo, foodpanda, talabat, Hungerstation, PedidosYa, Baedal Minjok et foodora. L’ensemble issu du rapprochement atteindrait 236 milliards de dollars de transactions annuelles et serait présent dans 99 marchés.
Pour répondre aux préoccupations liées à la concentration, Delivery Hero cédera à SSW Partners ses activités dans 14 pays où les positions des deux groupes se chevauchent fortement. Cette opération, évaluée à 1,6 milliard de dollars, concerne notamment Glovo en Espagne, au Portugal, en Pologne, en Roumanie et en Moldavie. Uber ne contrôlera pas ces entités.
Le Maroc suit un scénario différent. Glovo Maroc figure parmi les actifs destinés à rejoindre directement Uber. Présente dans plusieurs villes, de Tanger à Laâyoune, la plateforme collabore avec plus de 6 500 commerçants et mobilise plusieurs milliers de coursiers. Elle constitue l’un des principaux acteurs nationaux de la livraison de repas, de courses et de produits du quotidien.
Cette acquisition intervient alors qu’Uber a relancé ses activités de mobilité au Maroc depuis la fin de 2025, notamment à Casablanca et Marrakech, en s’appuyant sur des véhicules disposant des autorisations nécessaires. Le contrôle de Glovo lui permettrait de réunir mobilité et livraison dans un même écosystème, avec une base d’utilisateurs élargie, des outils technologiques communs et, potentiellement, l’introduction de programmes comme Uber One.
Les consommateurs pourraient bénéficier d’une offre plus étendue, d’une meilleure couverture territoriale et d’une expérience unifiée. Les restaurants et commerçants accéderaient à des outils marketing plus avancés et à une clientèle plus large. Une hausse des volumes de commandes pourrait également créer davantage d’opportunités pour les coursiers.
Cette consolidation soulève toutefois des questions concurrentielles. Glovo avait conclu en juillet 2025 un règlement amiable avec le Conseil de la concurrence marocain, comportant notamment la suppression de clauses d’exclusivité, le plafonnement de certaines commissions et le renforcement de la transparence. Ces engagements continueront de s’appliquer malgré le changement de contrôle.
Uber devra également financer et intégrer une opération d’une ampleur exceptionnelle. Le groupe prévoit de mobiliser sa trésorerie et un financement relais d’environ 14 milliards d’euros. Il s’engage parallèlement à maintenir le siège de Delivery Hero à Berlin, à protéger les emplois dans ses bureaux pendant trois ans et à investir 2 milliards d’euros en Allemagne d’ici 2031.
Au Maroc, la transaction devrait renforcer considérablement la position d’Uber dans la mobilité, la foodtech et le commerce électronique. Ses effets dépendront cependant des autorisations réglementaires, du respect des engagements concurrentiels de Glovo et de la capacité des deux plateformes à réussir leur intégration d’ici 2027.




