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[ÉTUDE] Grandes Écoles : l’emploi des diplômés chute à 76 %, son plus bas niveau depuis 2005

L’insertion professionnelle des diplômés des Grandes Écoles s’est nettement dégradée en 2025. Moins de six mois après leur sortie, 76 % occupent un emploi, soit un recul de 4,2 points en un an et le taux le plus faible enregistré depuis 2005. Malgré la résistance des CDI, des postes de cadres et des salaires, la 34e enquête de la Conférence des Grandes Écoles révèle un marché plus sélectif, des recrutements ralentis et des inégalités persistantes entre les filières, les femmes et les hommes, ainsi qu’entre l’Île-de-France et les autres régions.

Nisrine M. by Nisrine M.
15 juillet 2026
in Etudes et publications
Reading Time: 16 mins read
[ÉTUDE] Grandes Écoles : l’emploi des diplômés chute à 76 %, son plus bas niveau depuis 2005 l DRH.ma

[ÉTUDE] Grandes Écoles : l’emploi des diplômés chute à 76 %, son plus bas niveau depuis 2005 l DRH.ma

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La détérioration du marché de l’emploi commence à toucher les diplômés qui semblaient jusqu’ici les mieux protégés. Selon la 34e édition de l’Enquête Insertion de la Conférence des Grandes Écoles, publiée en juin 2026, le taux net d’emploi de la promotion 2025 s’établit à 76 %, contre 80,2 % un an auparavant. La baisse atteint ainsi 4,2 points en douze mois.

Ce résultat marque une rupture avec les niveaux observés au cours des années précédentes. Après avoir culminé autour de 90,5 % en 2023, l’indicateur retrouve son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans. La part des jeunes diplômés toujours à la recherche d’un emploi atteint désormais 20,5 %, en hausse de 3,6 points.

L’enquête repose sur les réponses de 51 675 diplômés de niveau bac+5 ou master, interrogés entre novembre 2025 et mars 2026, moins de six mois après l’obtention de leur diplôme. Au total, 210 écoles ont participé à cette édition, soit la quasi-totalité des établissements membres de la CGE. Le taux de réponse de 62,4 % et l’appui statistique de l’École nationale de la statistique et de l’analyse de l’information donnent une assise solide aux résultats.

Un recul brutal après plusieurs années favorables

La baisse du taux net d’emploi ne signifie pas que le modèle des Grandes Écoles s’est effondré. Elle montre cependant que leurs diplômés ne sont plus épargnés par le ralentissement des recrutements. Les entreprises demeurent intéressées par ces profils, mais elles ouvrent moins de postes, arbitrent davantage leurs besoins et allongent parfois leurs processus de sélection.

Indicateur Promotion 2025 Évolution annuelle
Taux net d’emploi à moins de six mois 76,0 % −4,2 points
Diplômés en recherche d’emploi 20,5 % +3,6 points
Emplois obtenus en moins de deux mois 80,0 % —
Contrats signés avant la fin des études 61,7 % —
CDI parmi les emplois en France 80,9 % −2,6 points
Diplômés ayant le statut de cadre 83,4 % —
Emplois exercés à l’étranger 10,8 % Stable
Créations ou reprises d’entreprise 4,3 % Légère hausse
Diplômés satisfaits ou très satisfaits 83,8 % —

 

Le contraste est saisissant. L’accès au premier emploi devient plus difficile, mais les diplômés qui parviennent à être recrutés continuent de bénéficier de conditions professionnelles relativement favorables. Parmi ceux qui travaillent en France, 80,9 % disposent d’un contrat à durée indéterminée et 83,4 % occupent un poste de cadre.

La vitesse d’insertion reste également élevée. Huit jeunes en emploi sur dix ont trouvé leur poste en moins de deux mois et 61,7 % avaient déjà signé leur contrat avant la fin de leur formation. Ces chiffres confirment le rôle décisif des stages de fin d’études, de l’apprentissage et des relations nouées avec les entreprises pendant le cursus.

Le ralentissement se concentre donc principalement sur l’entrée dans l’emploi. Une fois recrutés, les diplômés conservent des perspectives plus favorables que de nombreux autres jeunes actifs. Mais l’allongement de la période de recherche constitue un signal préoccupant pour des établissements dont la promesse repose en grande partie sur la rapidité de l’insertion.

Les ingénieurs résistent mieux que les managers

Les résultats diffèrent sensiblement selon la nature des établissements. Avec un taux net d’emploi de 77,5 %, les ingénieurs affichent la meilleure résistance. Les diplômés des écoles de management atteignent 74,5 %, tandis que ceux des autres spécialités — notamment les instituts d’études politiques, les écoles d’architecture ou de journalisme — enregistrent un taux de 72,2 %.

Filière Taux net d’emploi CDI en France Salaire brut annuel moyen Implantation dominante
Écoles d’ingénieurs 77,5 % 82,8 % 39 284 € Province : 61,7 %
Écoles de management 74,5 % 83,9 % 40 825 € Île-de-France : 69,3 %
Autres spécialités 72,2 % 58,6 % 39 084 € Île-de-France : 75,3 %

 

Les ingénieurs bénéficient de besoins encore soutenus dans les technologies de l’information, l’industrie, l’énergie, la construction et le conseil. Leur implantation géographique est aussi plus équilibrée : 61,7 % travaillent en dehors de l’Île-de-France. La part des diplômés poursuivant en thèse atteint 5,6 %, un niveau nettement supérieur à celui des autres filières.

Les écoles de management conservent l’avantage salarial, avec une rémunération annuelle brute moyenne de 40 825 euros hors primes. Leurs diplômés semblent toutefois davantage exposés au ralentissement des recrutements dans le conseil, la finance, le marketing et certaines fonctions support. Leur concentration en Île-de-France, où se situent 69,3 % de leurs emplois, traduit aussi leur dépendance aux sièges sociaux et aux grands bassins tertiaires.

Les diplômés des autres spécialités présentent les indicateurs les plus fragiles. Leur taux de CDI est limité à 58,6 %, très loin des niveaux observés chez les ingénieurs et les managers. Ils recourent davantage au travail indépendant, aux microentreprises et aux formes d’emploi moins stables. Cette situation ne traduit pas toujours une précarité subie, certaines professions étant traditionnellement organisées autour de missions ou de statuts non salariés. Elle révèle néanmoins une sécurisation professionnelle plus faible.

Des rémunérations qui ne progressent plus

Le salaire brut annuel moyen, hors primes et pour les emplois exercés en France, atteint 39 679 euros. La hausse nominale est limitée à 0,2 %. Après prise en compte de l’inflation, la rémunération recule de 0,2 % en euros constants. La médiane reste stable à 39 600 euros, tandis que 65,9 % des salaires se situent entre 35 000 et 46 000 euros.

Cette stagnation met fin à une période durant laquelle la rareté de certaines compétences avait favorisé des revalorisations plus importantes. Les diplômés des écoles de management, pourtant les mieux rémunérés, enregistrent même une baisse moyenne de 0,7 %.

Les entreprises semblent avoir préservé leurs grilles d’embauche sans les relever suffisamment pour compenser l’évolution des prix. Elles disposent également d’un rapport de force plus favorable face à une promotion confrontée à un nombre plus limité d’opportunités.

La proportion de CDI confirme cette normalisation. Elle est passée de 85,5 % en 2023 à 80,9 % pour la promotion 2025. Le contrat à durée indéterminée demeure largement majoritaire, mais sa diminution progressive montre que les recruteurs utilisent davantage les CDD, les contrats de projet et d’autres modalités d’embauche avant de s’engager durablement.

Les données relatives aux promotions précédentes apportent cependant une nuance essentielle. Le taux net d’emploi de la promotion 2024 atteint 90,7 % douze à dix-huit mois après l’obtention du diplôme. Le retard initial tend donc à se résorber. Une insertion moins rapide n’aboutit pas nécessairement à une exclusion durable du marché du travail, mais elle impose aux jeunes concernés plusieurs mois d’incertitude supplémentaires.

Les femmes davantage touchées par le ralentissement

Les écarts entre les femmes et les hommes restent visibles à tous les niveaux : accès à l’emploi, nature du contrat, statut professionnel et rémunération. Le taux net d’emploi des hommes atteint 77,4 %, contre 74 % pour les femmes, soit une différence de 3,4 points. Dans les écoles de management, cet écart monte jusqu’à 5,8 points.

Indicateur Hommes Femmes Écart
Taux net d’emploi 77,4 % 74,0 % 3,4 points
Salaire brut annuel moyen 40 580 € 38 358 € Environ 5,8 %
Part en CDD 13,1 % 23,3 % 10,2 points

 

La différence salariale moyenne dépasse 2 200 euros par an. Elle atteint environ 5,8 % pour l’ensemble des diplômés et peut monter jusqu’à 12,5 % dans certaines spécialités. Les femmes sont aussi presque deux fois plus souvent recrutées en CDD : 23,3 %, contre 13,1 % pour les hommes. Elles accèdent moins fréquemment au statut de cadre.

Une partie de ces écarts s’explique par la répartition sectorielle. Les femmes sont davantage présentes dans la santé, la communication, le tourisme et certaines activités de services. Elles restent sous-représentées dans plusieurs branches techniques, industrielles et financières offrant les salaires d’entrée les plus élevés.

Cette explication sectorielle ne suffit toutefois pas à neutraliser le constat. À niveau de diplôme comparable, les trajectoires professionnelles continuent de diverger dès la sortie de l’école. Les différences de spécialisation, de négociation salariale, de mobilité géographique et de pratiques de recrutement se cumulent pour produire un désavantage mesurable dès le premier emploi.

L’Île-de-France concentre les emplois et les rémunérations

Un peu plus de la moitié des emplois, soit 50,9 %, se trouvent en Île-de-France. Cette concentration est particulièrement forte chez les managers et les diplômés des autres spécialités. Les ingénieurs se distinguent par une implantation majoritaire dans les autres régions, portée par les sites industriels, les centres de recherche, les entreprises technologiques et les sociétés d’ingénierie.

Les écarts de rémunération demeurent importants. Selon les filières, les salaires proposés en province sont inférieurs de 14 % à 27 % à ceux d’Île-de-France. Cette différence doit être rapprochée du coût de la vie, notamment du logement, mais elle influence directement les trajectoires salariales et la capacité d’épargne des diplômés.

La géographie des débouchés reflète aussi la spécialisation économique française. Le conseil, la banque, l’assurance et les fonctions de siège restent concentrés dans la région parisienne. L’industrie, l’énergie, la construction et certaines activités numériques offrent une répartition territoriale plus large.

L’apprentissage confirme son efficacité

Les expériences acquises pendant les études restent la principale voie d’accès au premier emploi. Les stages de fin d’études et l’apprentissage représentent ensemble environ 42 % des recrutements. Les réseaux sociaux professionnels et les sites internet interviennent dans 27,7 % des embauches.

L’apprentissage procure un avantage particulièrement visible aux ingénieurs. Il permet aux entreprises d’évaluer les compétences techniques, le comportement professionnel et la capacité d’intégration des étudiants avant leur diplomation. Pour les jeunes, il réduit la distance entre les contenus académiques et les exigences du poste.

Les résultats soulignent également l’importance des réseaux d’anciens diplômés et de l’accompagnement après la sortie. Puisque les difficultés d’insertion se résorbent largement après douze à dix-huit mois, le suivi ne peut plus s’arrêter à la remise du diplôme. Les promotions confrontées à une conjoncture moins favorable ont besoin d’un accès prolongé aux offres, au mentorat et aux relations avec les recruteurs.

L’intelligence artificielle s’installe dans les pratiques professionnelles

L’enquête mesure pour la première fois avec autant de précision la place de l’intelligence artificielle générative dans les usages des jeunes diplômés. Trois sur quatre déclarent utiliser ces outils et 34,4 % y ont recours régulièrement. La rédaction arrive en tête des usages, à 58,7 %, devant la recherche d’information, à 56,9 %.

Cette adoption rapide ne signifie pas que l’IA est intégrée uniformément dans les organisations. Certains diplômés estiment que les outils disponibles ne sont pas adaptés à leurs missions. D’autres évoquent les risques liés à la confidentialité des données ou l’absence de règles internes suffisamment claires.

Les écoles doivent désormais dépasser l’apprentissage technique des outils. Les compétences attendues concernent aussi la vérification des résultats, la protection des informations sensibles, l’identification des biais et la capacité à distinguer les tâches pouvant être automatisées de celles qui exigent une expertise humaine.

La responsabilité sociale et environnementale gagne également du terrain. Elle intervient dans 39,8 % des postes occupés, principalement à travers les problématiques environnementales. Au total, 77,5 % des diplômés estiment avoir été préparés à ces enjeux pendant leur formation. La RSE n’apparaît plus uniquement dans des fonctions spécialisées : elle influence progressivement la finance, les achats, les opérations, le conseil et la stratégie.

L’enquête 2026 délivre ainsi un diagnostic contrasté. Les Grandes Écoles continuent de conduire vers des emplois majoritairement stables, qualifiés et jugés satisfaisants par 83,8 % des diplômés. Neuf jeunes en activité sur dix considèrent que leur poste correspond à leur niveau de qualification. Mais le recul du taux d’emploi à 76 %, la progression du chômage à la sortie, la stagnation des salaires et la baisse des CDI ne peuvent être réduits à un simple accident statistique. Ils signalent une entrée dans la vie active plus lente et plus concurrentielle. La capacité des écoles à renforcer l’apprentissage, à prolonger l’accompagnement après le diplôme et à corriger les inégalités entre les femmes et les hommes déterminera désormais la solidité réelle de leur modèle d’insertion.

Tags: apprentissageCDIemploi des diplômésGrandes Écolesinégalités femmes-hommesInsertion professionnelleintelligence artificielleMarché du TravailRecrutementsalaires
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