Comment le Maroc peut-il anticiper collectivement les transformations du travail provoquées par l’intelligence artificielle et les convertir en une occasion générationnelle pour l’emploi des jeunes, plutôt que de simplement les subir ? Cette question a constitué le fil conducteur de la première édition de l’AUI Intelligence Forum, organisée par l’Université Al Akhawayn.
Cette rencontre a rassemblé des représentants du gouvernement, des responsables universitaires, des dirigeants d’entreprise et des professionnels afin d’examiner les effets de l’intelligence artificielle sur les carrières des jeunes diplômés. Dans un marché du travail où certaines tâches sont automatisées tandis que de nouvelles fonctions apparaissent, la capacité d’anticipation devient un enjeu économique autant qu’éducatif.
L’objectif n’est plus seulement de former davantage de jeunes, mais de s’assurer que leurs compétences correspondent aux besoins futurs des entreprises. Les connaissances techniques restent indispensables, mais elles doivent désormais être associées à la pensée critique, à la capacité d’adaptation, à la créativité et au discernement. Ces aptitudes humaines permettent aux futurs actifs d’utiliser l’intelligence artificielle comme un outil sans perdre leur autonomie de jugement.
Les échanges ont mis en évidence la nécessité d’une coopération plus structurée entre les universités, les pouvoirs publics et les entreprises. L’accélération technologique réduit en effet la durée de vie de certaines compétences et oblige les établissements d’enseignement supérieur à actualiser plus régulièrement leurs programmes, leurs méthodes pédagogiques et leurs dispositifs d’accompagnement vers l’emploi.
L’enjeu concerne particulièrement les premiers niveaux de carrière. Les fonctions juniors, souvent composées de tâches d’analyse, de recherche, de production documentaire ou de traitement de données, figurent parmi les plus exposées à l’automatisation. Cette évolution ne signifie pas nécessairement leur disparition, mais elle impose de repenser leur contenu, les compétences attendues et les conditions permettant aux jeunes d’acquérir une première expérience professionnelle.
Pour les universités, il devient ainsi essentiel d’intégrer l’intelligence artificielle dans l’ensemble des disciplines, au-delà des seules formations informatiques. Les futurs cadres de la finance, du marketing, de l’industrie, des ressources humaines ou de la communication devront comprendre les possibilités offertes par ces technologies, mais également leurs limites, leurs risques et leurs implications éthiques.
Le forum a réuni Azzedine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Amine Bensaid, président de l’Université Al Akhawayn, ainsi qu’Aawatif Hayar, ancienne ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille. Ghita Mezzour, fondatrice de DecisiveAI et ancienne ministre déléguée, a également participé aux discussions.
Le monde académique était notamment représenté par Jalal Charaf, directeur général de l’École Centrale Casablanca et doyen exécutif du Business & Impact Cluster de l’Université Mohammed VI Polytechnique, ainsi que par Wafa Asri, secrétaire générale du Département de la formation professionnelle.
La participation de Mehdi Tazi, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc, et de Mohamed Horani, fondateur et président de HPS, a permis d’associer la perspective des employeurs à celle des institutions chargées de la formation. Cette convergence est déterminante pour identifier les compétences émergentes, adapter les cursus et préparer des parcours d’insertion répondant aux besoins réels du tissu économique.
À travers cette première édition, l’AUI Intelligence Forum a défendu une approche fondée sur la responsabilité collective. L’avenir de l’emploi des jeunes ne dépendra pas uniquement de leur capacité individuelle à maîtriser de nouveaux outils. Il reposera également sur l’aptitude du Maroc à rapprocher formation et économie, à faciliter l’apprentissage continu et à faire de l’intelligence artificielle un facteur d’élargissement des possibilités professionnelles plutôt qu’une nouvelle source d’exclusion.




