La signature est intervenue au siège de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, en présence des équipes dirigeantes et médicales des deux établissements. L’acte formalise une coopération déjà amorcée et lui donne un cadre opérationnel plus structuré. Il s’inscrit dans une stratégie de consolidation du système hospitalo-universitaire, articulée autour de la mutualisation des compétences et de la coordination des ressources.
La FM6SS, créée en juillet 2023 par Dahir n° 23-23, a pour mission l’amélioration de l’offre de soins, la formation des professionnels de santé et le développement de la recherche biomédicale. Le CHU Ibn Sina, établissement public de référence, constitue l’un des plus importants complexes hospitaliers du Royaume, avec plus de 2 000 lits et un volume annuel de consultations dépassant le million d’actes.
Une complémentarité organisée autour de trois missions fondamentales
La convention repose sur trois axes principaux : soins, formation et recherche. Elle vise à éviter la fragmentation des initiatives et à instaurer une logique de coordination entre une fondation à vocation académique et un centre hospitalier universitaire public.
Sur le plan des soins, l’accord prévoit l’élaboration de protocoles communs afin d’encadrer les transferts de patients entre les structures des deux institutions. L’objectif est d’assurer une continuité thérapeutique, de réduire les délais de prise en charge et d’améliorer la fluidité des parcours hospitaliers. Les procédures médicales et organisationnelles seront harmonisées, avec une attention particulière portée aux spécialités nécessitant une forte coordination interdisciplinaire.
La coopération inclut également des mécanismes relatifs à l’approvisionnement pharmaceutique. Des dispositifs d’échange, de prêt ou de don de médicaments et de dispositifs médicaux pourront être activés afin de prévenir les ruptures de stock, dans le respect strict des réglementations nationales. Cette disposition répond à une problématique opérationnelle récurrente dans les établissements hospitaliers à forte activité.
Sur le plan de la formation, la convention organise la mise en place de programmes conjoints couvrant la formation initiale, la formation continue et le perfectionnement des équipes médicales, pharmaceutiques et infirmières. Les professionnels du CHU pourront participer aux activités pédagogiques de la FM6SS, notamment à celles de l’Université Mohammed VI des Sciences de la Santé. Des échanges de formateurs et des stages croisés sont prévus afin de renforcer la diffusion des bonnes pratiques cliniques.
Enfin, la recherche biomédicale constitue un pilier structurant de l’accord. Les deux institutions s’engagent à développer des essais cliniques conjoints, des projets d’innovation technologique et des publications scientifiques partagées. La convention insiste sur le respect des exigences réglementaires et sur la protection des données personnelles des patients, conformément aux normes en vigueur.
Un partenariat inscrit dans une dynamique institutionnelle antérieure
Cette convention ne constitue pas une initiative isolée. Elle prolonge un cadre de coopération déjà amorcé. En mai 2024, une précédente signature avait réuni le Pr. Raouf MOHSINE pour le CHU et le Pr. Younès BJIJOU pour la Fondation autour de thématiques similaires : formation, recherche et échanges de bonnes pratiques. L’accord de février 2026 consolide cette dynamique et l’élargit à des mécanismes opérationnels plus précis.
Par ailleurs, le CHU Ibn Sina a développé, au fil des années, plusieurs partenariats académiques, notamment avec l’Université Mohammed V de Rabat. La nouvelle convention avec la FM6SS s’inscrit dans cette tradition de coopération universitaire, tout en introduisant une dimension plus intégrée entre formation, soins et innovation.
Pour la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, la multiplication des alliances constitue un levier stratégique. Depuis sa création, elle a engagé plusieurs partenariats nationaux et internationaux destinés à consolider son réseau hospitalier et académique. La coopération avec le CHU Ibn Sina renforce son ancrage dans le secteur public et contribue à structurer un écosystème de santé articulé autour d’institutions complémentaires.
Des enjeux systémiques pour le système de santé marocain
La signature intervient dans un contexte de transformation du système de santé marocain. La généralisation progressive de la couverture médicale et la montée des besoins en soins spécialisés exercent une pression accrue sur les établissements hospitaliers publics. Le CHU Ibn Sina, en tant que centre de référence, absorbe une part importante des cas complexes provenant de différentes régions.
Dans ce cadre, la mutualisation des ressources entre institutions devient un impératif opérationnel. La coordination des protocoles, le partage d’expertise et la rationalisation de l’approvisionnement pharmaceutique constituent des leviers concrets pour améliorer l’efficience du système.
La formation représente un autre enjeu stratégique. Le déficit en ressources humaines spécialisées demeure un défi structurel. En articulant les capacités académiques de la FM6SS avec l’expérience clinique du CHU, la convention cherche à accélérer la montée en compétence des professionnels. Cette dynamique est cohérente avec les objectifs nationaux d’amélioration de la qualité des soins et de renforcement des standards hospitaliers.
Sur le plan de la recherche, le développement d’essais cliniques et de projets collaboratifs contribue à renforcer la production scientifique nationale. L’intégration de technologies innovantes, notamment dans le domaine du diagnostic et du suivi thérapeutique, peut également améliorer la qualité des prises en charge.
Gouvernance et suivi : un cadre évolutif
La convention prévoit la mise en place d’un mécanisme de suivi destiné à évaluer périodiquement les résultats obtenus. La coopération est conçue comme un cadre évolutif, susceptible d’être ajusté en fonction des besoins identifiés et des indicateurs de performance.
La gouvernance partagée devra garantir la transparence des processus, la conformité réglementaire et l’alignement stratégique des actions menées. L’enjeu n’est pas uniquement institutionnel ; il concerne la capacité à produire des effets mesurables en matière de qualité des soins, de formation et de recherche.
La consolidation d’un modèle hospitalo-universitaire intégré suppose une coordination quotidienne entre équipes médicales, administratives et pédagogiques. La réussite du partenariat dépendra de cette mise en œuvre opérationnelle, au-delà de la signature formelle.
En structurant leur coopération autour d’objectifs précis et de mécanismes concrets, la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé et le CHU Ibn Sina cherchent à renforcer la cohérence du système hospitalier national. La convention du 3 février 2026 formalise une étape supplémentaire dans cette trajectoire. Son impact réel se mesurera à la capacité des deux institutions à traduire les engagements en améliorations tangibles pour les patients et en montée en compétence durable des professionnels de santé.




