Le nom de Yolanda Díaz Pérez circule avec insistance pour succéder à Gilbert F. Houngbo à la tête de l’Organisation internationale du Travail (OIT). La vice-présidente seconde du gouvernement espagnol et ministre du Travail et de l’Économie sociale étudierait sérieusement l’hypothèse d’une candidature. Le délai de dépôt des dossiers doit prendre fin le 31 août 2026, avant l’audition des candidats prévue le 9 novembre et l’élection, par scrutin secret, le 16 novembre au sein du Conseil d’administration de l’organisation.
L’impulsion initiale serait venue du monde syndical. Dès juin 2026, les deux principales centrales espagnoles, l’Union générale des travailleurs (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO), ainsi que plusieurs organisations syndicales internationales, auraient encouragé Yolanda Díaz à se porter candidate. Sans toujours formuler publiquement une demande officielle, leurs responsables la considèrent comme une « très bonne option » pour défendre le mandat historique de l’OIT, centré sur le travail décent, la justice sociale et les normes internationales du travail. Certains représentants syndicaux se montrent par ailleurs très critiques à l’égard de la direction actuelle, allant jusqu’à dénoncer une « dérive trumpiste » de l’organisation. Le soutien désormais apporté par le gouvernement de Pedro Sánchez vient ainsi prolonger une initiative d’abord portée par les syndicats.
Le prochain directeur général prendra ses fonctions après l’achèvement, le 30 septembre 2027, du mandat de Gilbert F. Houngbo. Premier Africain à diriger l’OIT, le Togolais avait placé son action sous le signe de la justice sociale, de la réduction des inégalités et de la promotion du travail décent. Son mandat a également accordé une attention particulière aux pays en développement et à la nécessité de mieux articuler les politiques économiques et sociales.
L’élection intervient néanmoins dans une période particulièrement sensible pour l’institution fondée en 1919. L’intelligence artificielle transforme les métiers, les plateformes numériques bousculent les formes traditionnelles d’emploi et la transition écologique impose une réorganisation profonde de plusieurs secteurs. Dans le même temps, la précarité progresse dans de nombreuses économies et les droits sociaux restent fragilisés par les crises successives.
Face à ces transformations, l’OIT doit réaffirmer la pertinence de son modèle tripartite, fondé sur une représentation des gouvernements, des employeurs et des travailleurs. La future direction devra notamment déterminer si l’organisation doit conserver un rôle essentiellement normatif ou adopter une position plus offensive dans la défense et l’application de standards sociaux internationaux.
Dans ce contexte, le parcours de Yolanda Díaz pourrait peser en sa faveur. Avocate spécialisée en droit du travail et fille d’un syndicaliste galicien, elle a construit sa carrière autour des relations professionnelles et de la négociation collective. Élue députée en 2016, elle est entrée au gouvernement de Pedro Sánchez en janvier 2020.
Lors de la pandémie, elle a piloté le dispositif de chômage partiel ERTE, qui a permis de protéger plus de 3,6 millions de travailleurs et près de 600 000 entreprises. Elle a ensuite conduit la réforme du marché du travail adoptée en 2022, après une négociation avec les syndicats CCOO et UGT ainsi qu’avec l’organisation patronale CEOE. Le texte a limité le recours aux contrats temporaires, renforcé la négociation collective et contribué à réduire la précarité.
Son bilan comprend également la reconnaissance des droits des livreurs travaillant pour les plateformes numériques, ainsi que l’extension de la protection sociale des employés domestiques. Ces réformes lui ont permis d’acquérir une visibilité européenne et internationale sur les questions liées aux nouvelles formes de travail.
En juin 2026, lors de la 114e Conférence internationale du Travail, Yolanda Díaz avait alerté sur les difficultés traversées par l’OIT et défendu la nécessité de consolider le tripartisme. Elle plaide régulièrement pour une « diplomatie du travail » capable de replacer les droits sociaux au centre des relations internationales.
Son principal atout reste sa capacité à négocier. En six ans, plus de vingt accords sociaux importants ont été conclus en Espagne sans provoquer de blocage institutionnel majeur. Cette méthode pourrait répondre aux besoins d’une organisation dont le fonctionnement dépend précisément de la recherche d’équilibres entre des intérêts parfois contradictoires.
Aucune candidature concurrente n’a encore été officiellement annoncée. Yolanda Díaz devrait toutefois convaincre au-delà des organisations syndicales, notamment auprès des gouvernements et des représentants patronaux. Son positionnement politique à gauche pourrait susciter des réserves. Si elle se présentait et remportait l’élection, elle deviendrait la première Espagnole à diriger l’OIT et porterait une conception plus volontariste du dialogue social mondial.




