Le 12 Rabii Al Awwal, qui correspond en 2025 au vendredi 5 septembre, marque la commémoration de la naissance du Prophète Muhammad. Au Maroc, cette date revêt une double dimension : religieuse d’une part, car elle est célébrée par des prières, veillées et traditions familiales dans tout le Royaume ; sociale et organisationnelle d’autre part, puisqu’elle est inscrite dans le calendrier officiel des jours fériés. Pour les directions RH, l’enjeu n’est donc pas seulement symbolique. Il s’agit aussi de gérer les plannings, anticiper les absences et garantir le respect du Code du travail.
La spécificité de l’Aïd Al Mawlid est qu’il ne bénéficie pas du même nombre de jours fériés que les deux autres grandes fêtes religieuses, l’Aïd Al Fitr et l’Aïd Al Adha. Ces dernières offrent deux jours de repos légaux, quand le Mawlid n’en prévoit officiellement qu’un seul dans le secteur privé. Cette différence, qui peut sembler anecdotique, génère souvent des incompréhensions, surtout lorsque le secteur public applique des règles distinctes.
Le cadre légal : un jour férié dans le privé, deux dans le public
Le Maroc distingue en effet deux régimes réglementaires. Pour le secteur privé, le décret n°2.04.426 fixe la liste des jours fériés légaux. L’Aïd Al Mawlid y figure comme un seul jour férié, chômé et payé. Les entreprises sont donc tenues d’accorder au minimum cette journée à leurs collaborateurs, conformément à la loi. Toute violation expose l’employeur aux sanctions prévues par le Code du travail.
Pour le secteur public, c’est le décret n°2.00.166 qui s’applique. Celui-ci prévoit deux jours de congé pour l’Aïd Al Mawlid. Les administrations, établissements publics et collectivités territoriales ferment donc leurs portes durant cette période. Cette différence de traitement, inscrite dans les textes, explique pourquoi nombre de collaborateurs du privé s’interrogent chaque année : pourquoi un seul jour ici et deux jours là-bas ?
Dans la pratique, certaines grandes entreprises privées choisissent de s’aligner sur le secteur public en octroyant un deuxième jour, souvent pour des raisons d’équité interne ou de compétitivité sociale. C’est particulièrement le cas des banques, des institutions semi-publiques et de plusieurs multinationales. Toutefois, il ne s’agit pas d’une obligation légale, mais d’un choix relevant soit d’une convention collective, soit d’une décision unilatérale de l’entreprise.
Le rappel du Code du travail
Le Code du travail marocain encadre strictement l’usage des jours fériés. L’article 217 stipule qu’il est interdit d’occuper les collaborateurs pendant les jours fériés légaux. En cas de nécessité de service, notamment dans les secteurs où l’activité doit se poursuivre (santé, sécurité, hôtellerie, transports), l’article 227 autorise une récupération de la période de congé. Celle-ci doit intervenir dans les trente jours qui suivent, sous deux conditions : la durée quotidienne de travail ne peut excéder dix heures et les heures récupérées ne doivent pas coïncider avec un autre jour férié ni avec les jours de repos hebdomadaire.
Par ailleurs, l’employeur doit déclarer par écrit aux services de l’Inspection du travail les dates retenues pour cette récupération. Autrement dit, si un collaborateur est mobilisé le vendredi 5 septembre, l’entreprise est tenue de compenser ce temps de travail dans un cadre strictement réglementé.
Les enjeux RH d’un jour férié
Pour les directions RH, la gestion de cette journée s’inscrit dans un calendrier déjà dense. Le Maroc compte quatorze jours fériés officiels pour le secteur privé, auxquels s’ajoutent les jours variables liés aux fêtes religieuses. L’organisation du travail autour de l’Aïd Al Mawlid requiert donc une planification attentive, surtout lorsque la fête tombe un vendredi, créant ainsi un week-end prolongé.
Dans certaines entreprises, ce type de calendrier favorise les absences imprévues. Il n’est pas rare que des collaborateurs posent un congé supplémentaire pour prolonger leur repos. Les directions RH doivent alors concilier le droit au repos, les impératifs opérationnels et la continuité de service.
De plus, la différence entre public et privé crée parfois un sentiment d’injustice chez les collaborateurs. Lorsqu’un membre de la famille travaillant dans l’administration bénéficie de deux jours, alors qu’un salarié du privé n’a qu’un jour, la comparaison devient inévitable. Les entreprises qui choisissent d’accorder un deuxième jour y voient un levier de motivation et de fidélisation, même si cela représente un coût supplémentaire.
Un moment de cohésion et de responsabilité sociale
Au-delà des aspects légaux, l’Aïd Al Mawlid est aussi un moment de cohésion sociale. Dans les foyers marocains, il est marqué par des veillées religieuses, des lectures coraniques et des repas conviviaux. Pour les entreprises, ces fêtes constituent des jalons qui rythment l’année et participent à la qualité de vie au travail. Reconnaître et respecter ces moments, c’est aussi renforcer la confiance entre collaborateurs et employeurs.
Pour les DRH, le Mawlid est une opportunité d’illustrer la dimension humaine de la fonction RH. En respectant le cadre légal et, dans certains cas, en allant au-delà en accordant un deuxième jour, l’organisation renforce sa marque employeur et son attractivité. Cette politique peut également être perçue comme une manière d’aligner l’entreprise sur les pratiques du secteur public, réduisant ainsi les écarts perçus entre sphères professionnelles.




