La rationalisation du réseau physique s’inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs années. L’essor de la banque digitale, des applications mobiles, des services en ligne, des paiements électroniques et de l’automatisation des opérations modifie progressivement les habitudes des clients. De nombreuses opérations autrefois réalisées en agence sont désormais effectuées à distance, réduisant la fréquentation des points de vente et conduisant les établissements à adapter leur présence sur le territoire.
Les données de Bank Al-Maghrib montrent que les banques conventionnelles concentrent l’essentiel de cette évolution. Leur réseau est passé de 5 486 agences fin 2024 à 5 331 fin 2025, soit une diminution nette de 155 agences. Les banques participatives poursuivent, en revanche, leur développement avec quatre nouvelles agences, portant leur réseau à 210 points de vente. Le secteur offshore demeure stable avec neuf agences.
Tous les établissements ne suivent toutefois pas la même trajectoire. Le Crédit Populaire du Maroc enregistre la plus forte réduction de son réseau avec 66 fermetures pour une seule ouverture, ramenant son parc à 1 269 agences. Bank of Africa ferme 43 agences, passant de 636 à 593 implantations. Attijariwafa bank réduit son réseau de 929 à 904 agences après 27 fermetures et deux ouvertures. Société Générale Maroc passe de 264 à 248 agences, tandis que BMCI réduit son réseau de 250 à 236 agences. Le Crédit Agricole du Maroc termine l’année avec 480 agences, soit une baisse nette de dix unités malgré deux ouvertures.
À l’inverse, certains acteurs poursuivent leur développement. Al Barid Bank renforce son maillage avec sept nouvelles agences et atteint 950 implantations, consolidant sa position de premier réseau bancaire du Royaume. CIH Bank affiche la plus forte progression parmi les banques conventionnelles avec treize ouvertures, portant son réseau à 346 agences. Les banques participatives, notamment Bank Assafa et Umnia Bank, continuent également d’étendre progressivement leur présence.
Cette évolution dépasse largement la question immobilière ou commerciale. Elle traduit une redéfinition des métiers de la banque. Les activités transactionnelles, historiquement réalisées au guichet, sont progressivement remplacées par des services numériques accessibles en permanence. Les agences deviennent davantage des espaces de conseil à forte valeur ajoutée que des lieux d’exécution d’opérations courantes.
Cette mutation entraîne une évolution des compétences recherchées. Les fonctions traditionnelles de guichet évoluent vers des métiers orientés conseil, accompagnement patrimonial, financement des entreprises ou relation client omnicanale. Parallèlement, les établissements renforcent leurs équipes dans des domaines tels que la cybersécurité, la data, l’intelligence artificielle, la conformité réglementaire, l’expérience utilisateur ou encore l’analyse des risques.
Cette transformation impose un effort important de développement des compétences. Les programmes de reskilling et d’upskilling deviennent des leviers essentiels pour accompagner les collaborateurs vers de nouveaux métiers. La formation continue ne constitue plus un simple outil d’évolution professionnelle mais un facteur déterminant de maintien de l’employabilité dans un environnement bancaire en pleine mutation.
La gestion des mobilités internes représente également un enjeu majeur. Lorsqu’une agence ferme, les établissements cherchent généralement à reclasser les collaborateurs au sein d’autres agences, de centres de relation client, de fonctions de support ou d’activités digitales. Cette capacité à anticiper les évolutions organisationnelles conditionne largement la réussite des projets de transformation tout en préservant le dialogue social.
Parallèlement à la réduction du réseau physique, les banques poursuivent leurs recrutements sur des profils spécialisés. Les besoins concernent notamment les experts en cybersécurité, les ingénieurs data, les spécialistes de l’intelligence artificielle, les développeurs, les experts en conformité, ainsi que les conseillers capables d’accompagner une clientèle de plus en plus connectée. La concurrence avec les fintechs et les entreprises technologiques accentue cette recherche de compétences rares.
Les chiffres publiés par Bank Al-Maghrib montrent ainsi que la transformation du secteur bancaire ne se résume pas à une diminution du nombre d’agences. Elle marque l’accélération d’un changement de modèle dans lequel le réseau physique se recentre sur des missions de conseil, tandis que la technologie prend en charge les opérations standardisées. Dans ce contexte, la compétitivité des banques dépendra autant de leurs investissements numériques que de leur capacité à accompagner l’évolution des compétences de leurs collaborateurs et à préparer les métiers qui façonneront la banque des prochaines années.




