Le paysage industriel marocain continue d’attirer les investissements liés à la transition énergétique. Dernier projet en date : l’implantation du groupe chinois DAOSheng TIANHE dans la zone industrielle accélérée de Nador. L’entreprise, spécialisée dans les matériaux composites destinés aux turbines éoliennes, prépare la mise en place d’une unité de production dédiée aux résines époxydes et aux colles structurelles utilisées dans la fabrication des pales.
Cette implantation répond à une logique industrielle claire : rapprocher la production des marchés européens. L’augmentation rapide des capacités éoliennes en Europe pousse les fabricants à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, la position géographique du Maroc et son environnement industriel en font une plateforme particulièrement attractive.
Fondée en 2015 à Shanghai, DAOSheng TIANHE s’est rapidement imposée comme un fournisseur reconnu de matériaux composites pour l’industrie des énergies renouvelables. L’entreprise fournit déjà plusieurs fabricants internationaux de turbines éoliennes. Son implantation au Maroc marque une nouvelle étape dans sa stratégie d’expansion industrielle.
Une première phase industrielle à Nador
Le projet prévoit la création d’une filiale industrielle dans la zone industrielle accélérée de Nador. Pour cette première phase, l’investissement initial annoncé s’élève à environ trois millions de dollars.
L’usine se concentrera sur la production de résines époxydes et d’adhésifs structurels, deux composants essentiels dans la fabrication des pales d’éoliennes modernes. Ces matériaux permettent d’assembler et de renforcer les structures composites soumises à des contraintes mécaniques importantes.
Selon les informations communiquées par l’entreprise, six lignes de production seront installées dans l’unité industrielle. Une fois opérationnelle, l’usine devrait atteindre une capacité de production annuelle d’environ cinquante mille tonnes.
La phase de conception du projet est actuellement en cours. Les premiers essais de production sont programmés pour le début de l’année 2027. Ce calendrier relativement rapide reflète la forte demande mondiale pour les équipements liés aux énergies renouvelables.
Le choix de Nador s’inscrit dans une logique industrielle structurée. La zone industrielle accélérée offre des infrastructures prêtes à l’emploi et un cadre réglementaire conçu pour faciliter l’implantation d’investisseurs internationaux.
Le Maroc, plateforme industrielle vers l’Europe
La décision de DAOSheng TIANHE d’implanter une unité de production au Maroc repose sur plusieurs facteurs stratégiques.
La proximité géographique avec l’Europe constitue l’un des principaux atouts du Royaume. Situé à la jonction de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, le Maroc permet de réduire les délais logistiques et les coûts de transport vers les marchés européens.
Les conditions d’investissement jouent également un rôle important. Le Royaume propose un environnement fiscal attractif, notamment dans les zones industrielles accélérées qui offrent différents avantages aux investisseurs étrangers.
Mais l’enjeu dépasse la simple question des coûts. Produire au Maroc permet également de bénéficier du statut d’origine marocaine pour les produits exportés vers l’Union européenne. Cette dimension devient stratégique dans un contexte où les produits industriels chinois sont parfois soumis à des mesures commerciales restrictives sur le marché européen.
En installant une base industrielle au Maroc, DAOSheng TIANHE peut ainsi accéder plus facilement au marché européen tout en réduisant certains obstacles tarifaires. Cette stratégie industrielle illustre une tendance observée dans plusieurs secteurs : l’utilisation du Maroc comme plateforme de production destinée aux marchés européens.
Une filière éolienne en structuration
L’arrivée de DAOSheng TIANHE s’inscrit dans une dynamique plus large de développement de la filière des énergies renouvelables au Maroc.
Le Royaume a engagé depuis plusieurs années une stratégie énergétique visant à diversifier son mix énergétique et à réduire sa dépendance aux énergies fossiles. L’éolien constitue l’un des piliers de cette politique, aux côtés du solaire et de l’hydrogène vert.
Des projets majeurs ont déjà été développés, notamment les parcs éoliens de Tarfaya ou de Midelt. Ces infrastructures ont permis au Maroc de s’imposer comme l’un des acteurs les plus avancés du continent africain dans le domaine des énergies renouvelables.
Dans ce contexte, l’implantation d’industries liées à la fabrication des composants éoliens devient un levier stratégique. Elle permet de renforcer l’intégration locale des chaînes de valeur et de positionner le pays comme une base industrielle pour les marchés internationaux.
Certaines annonces évoquent d’ailleurs un investissement total pouvant atteindre trente millions de dollars à terme pour le développement complet du projet industriel de DAOSheng TIANHE au Maroc. Cette perspective confirme l’existence d’une vision industrielle à plus long terme.
Un impact attendu pour l’économie régionale
Au-delà de la dimension industrielle, l’implantation de DAOSheng TIANHE pourrait générer des effets économiques significatifs pour la région de Nador.
La zone industrielle accélérée constitue l’un des projets structurants du développement économique de l’Oriental. Elle vise à attirer des investissements industriels et à diversifier l’économie locale.
L’arrivée d’un acteur international dans la filière des matériaux composites pourrait créer des emplois directs au sein de l’usine, mais aussi des emplois indirects dans les activités logistiques, les services industriels et la sous-traitance.
Le développement d’une chaîne d’approvisionnement locale constitue également un enjeu important. L’entreprise prévoit de collaborer avec des partenaires marocains pour certaines étapes de production et pour la logistique industrielle.
Ce type de projet peut contribuer à favoriser les transferts de compétences et de technologies. L’installation d’une unité de production spécialisée nécessite en effet la formation de techniciens et d’ingénieurs capables d’opérer les équipements industriels.
Une industrie portée par la transition énergétique
L’implantation de DAOSheng TIANHE intervient dans un contexte de croissance rapide de l’industrie éolienne mondiale.
Face aux objectifs climatiques, l’Union européenne prévoit une expansion importante de ses capacités de production d’énergie renouvelable. L’éolien occupe une place centrale dans cette stratégie énergétique.
Les fabricants de turbines et leurs fournisseurs cherchent désormais à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Les tensions géopolitiques et les perturbations logistiques observées ces dernières années ont accéléré cette diversification industrielle.
Dans ce contexte, le Maroc bénéficie d’atouts spécifiques : stabilité économique, proximité géographique avec l’Europe, infrastructures logistiques en développement et accords commerciaux favorables.
Le port de Nador West Med, actuellement en développement, pourrait renforcer encore cette position stratégique en facilitant les flux logistiques vers les marchés européens.
Des défis industriels à relever
Si les perspectives sont prometteuses, plusieurs défis devront être relevés pour assurer la réussite du projet.
La formation d’une main-d’œuvre qualifiée constitue l’un des enjeux principaux. Les lignes de production prévues nécessitent des compétences techniques spécifiques dans les domaines de la chimie industrielle et des matériaux composites.
L’entreprise devra également s’inscrire dans un environnement industriel compétitif. D’autres pays méditerranéens, comme la Turquie ou l’Égypte, cherchent également à attirer des investissements dans les chaînes de valeur liées aux énergies renouvelables.
La capacité à maintenir des coûts compétitifs tout en respectant les standards industriels internationaux sera déterminante.
L’implantation du groupe DAOSheng TIANHE à Nador illustre une évolution plus large du paysage industriel marocain. Le Royaume s’affirme progressivement comme une plateforme de production destinée aux chaînes de valeur internationales liées à la transition énergétique.
En accueillant des investissements industriels dans les technologies vertes, le Maroc renforce sa position dans les nouvelles filières énergétiques tout en développant ses capacités d’exportation. La région de Nador pourrait ainsi devenir l’un des nouveaux points d’ancrage de l’industrie éolienne destinée au marché européen.




