La pose de la première pierre, officialisée à Fès après une annonce faite en décembre 2025, marque une étape structurante pour l’industrie ferroviaire marocaine. En choisissant la capitale spirituelle du Royaume pour implanter une ligne de production unique au monde, Alstom fait de ce territoire un point d’ancrage stratégique de son dispositif industriel global. L’enjeu dépasse la création d’un nouvel atelier : il s’agit d’installer au Maroc une activité à forte valeur technologique, orientée vers l’export, et de consolider un écosystème industriel appelé à jouer un rôle central dans les prochaines décennies.
Un choix industriel stratégique au cœur du dispositif mondial d’Alstom
L’implantation à Fès de la première usine mondiale de pupitres de conduite n’est pas un simple élargissement de capacité. Elle traduit une décision stratégique mûrement réfléchie par le groupe français, qui confie à son site marocain une production critique dans la conception des trains contemporains. Le pupitre de conduite concentre aujourd’hui l’essentiel de l’interface homme-machine : systèmes de contrôle, dispositifs de sécurité, gestion de l’énergie, supervision numérique des rames. En confiant cette fabrication à une seule unité industrielle, Alstom cherche à standardiser, fiabiliser et optimiser une composante clé de ses plateformes ferroviaires.
Ce choix confirme la confiance accordée au site de Fès, déjà engagé depuis 2020 dans la production de transformateurs de traction Mitrac. En quelques années, cette implantation est passée du statut d’atelier industriel à celui de maillon stratégique de la chaîne mondiale du groupe. L’investissement annoncé de 100 MDH s’inscrit dans une trajectoire plus large : près de 200 MDH ont déjà été mobilisés depuis 2020 pour moderniser les installations, structurer les processus industriels et accompagner la montée en compétences des équipes locales. La nouvelle ligne de production des pupitres vient ainsi compléter un ensemble cohérent, articulant production, ingénierie et innovation.
Le positionnement mondial du projet est clair : les équipements fabriqués à Fès sont destinés aussi bien aux projets ferroviaires marocains qu’aux contrats internationaux d’Alstom, sur plusieurs continents. Cette orientation export confère au site un rôle pivot, tout en exposant l’industrie locale à des standards élevés en matière de qualité, de délais et de conformité réglementaire. Pour le Maroc, l’enjeu est double : renforcer son attractivité industrielle et démontrer sa capacité à accueillir des activités technologiques complexes, au-delà de l’assemblage ou de la sous-traitance classique.
Fès, d’ancienne friche industrielle à pôle ferroviaire de haute technologie
Le choix de Fès illustre une dynamique territoriale souvent moins visible que celle des grands pôles industriels côtiers, mais tout aussi stratégique. Longtemps associée à des activités traditionnelles, la région a engagé depuis plusieurs années une transformation industrielle progressive, portée par la mise à niveau des zones industrielles, l’amélioration des infrastructures logistiques et la mobilisation des acteurs locaux de la formation. L’arrivée d’Alstom a joué un rôle d’accélérateur, en introduisant des standards industriels internationaux et en structurant un bassin d’emplois qualifiés.
La création de plus de 200 emplois directs dans le cadre du nouveau projet vient renforcer cet écosystème. Il s’agit majoritairement de postes techniques et d’ingénierie, nécessitant des compétences pointues en électromécanique, électronique embarquée, qualité industrielle et gestion de production. Alstom s’appuie pour cela sur un vivier local alimenté par les établissements de formation et les universités de la région, mais aussi sur des partenariats structurés avec les dispositifs nationaux de formation professionnelle. Cette logique d’ancrage local contribue à stabiliser les compétences et à inscrire le projet dans une perspective de long terme.
Sur le plan socio-économique, l’impact dépasse la seule sphère de l’entreprise. Le développement d’une activité exportatrice à forte valeur ajoutée génère des effets d’entraînement sur la sous-traitance, les services industriels et la logistique. Il renforce également l’attractivité de la région Fès-Meknès auprès d’autres investisseurs industriels, en démontrant la faisabilité de projets complexes hors des pôles traditionnels. Dans un contexte national où l’industrie représente une part significative de l’emploi et de la création de valeur, cette diversification territoriale constitue un levier stratégique pour un développement plus équilibré.
Une continuité industrielle inscrite dans l’histoire d’Alstom au Maroc
L’investissement de Fès s’inscrit dans une relation ancienne entre Alstom et le Maroc. Présent dans le Royaume depuis plus d’un siècle, le groupe a accompagné les grandes étapes de modernisation du réseau ferroviaire et de la mobilité urbaine. Des tramways Citadis déployés à Rabat-Salé et Casablanca aux rames à grande vitesse Avelia Euroduplex de la ligne Tanger-Casablanca, Alstom a contribué à structurer des projets emblématiques qui ont transformé les usages et les territoires.
La dimension industrielle de cette présence a pris une nouvelle ampleur à partir de 2020, avec la mise en service du site de Fès pour la production de composants de traction. Le lancement de la fabrication des pupitres de conduite marque un changement d’échelle : il ne s’agit plus seulement de produire pour des projets identifiés, mais de confier au Maroc une responsabilité globale dans la stratégie industrielle du groupe. Cette évolution reflète la capacité du tissu industriel marocain à répondre à des exigences internationales, tout en s’intégrant dans des chaînes de valeur mondialisées.
Pour les autorités publiques, ce type de projet illustre concrètement les objectifs de la stratégie « Make in Morocco », visant à renforcer la souveraineté industrielle et à attirer des investissements à forte intensité technologique. La présence d’un acteur mondial comme Alstom, engagé sur la durée et disposé à localiser des activités critiques, constitue un signal fort pour l’ensemble de l’écosystème industriel national.
Un secteur ferroviaire en mutation et des perspectives à consolider
Le projet de Fès intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur ferroviaire mondial, marqué par la transition énergétique, la digitalisation des systèmes et l’urbanisation accélérée. Les pupitres de conduite deviennent des plateformes technologiques intégrant des fonctions de plus en plus complexes : assistance à la conduite, supervision en temps réel, interaction avec des systèmes automatisés. En se positionnant sur ce segment, le site marocain se place au cœur des évolutions à venir du transport ferroviaire.
À moyen terme, l’entrée en production prévue pour fin 2026 ouvrira la voie à des exportations régulières vers les marchés africains et européens. À plus long terme, Alstom affiche l’ambition d’intégrer depuis Fès des innovations liées notamment à l’intelligence artificielle et aux nouvelles énergies, renforçant encore la valeur stratégique du site. Ces perspectives s’accompagnent toutefois de défis : maintien d’un haut niveau de compétences, sécurisation des chaînes d’approvisionnement et adaptation continue aux standards technologiques internationaux.
Pour le Maroc, l’enjeu sera de consolider cet avantage compétitif en poursuivant les efforts en matière de formation, d’innovation et d’accompagnement des industriels. La réussite du projet de Fès pourrait servir de référence pour d’autres implantations à forte valeur ajoutée, contribuant à repositionner durablement le Royaume comme un acteur industriel crédible dans les secteurs technologiques avancés.
Avec cette première usine mondiale de pupitres de conduite, Alstom ne se contente pas d’investir 100 MDH dans un nouvel outil industriel : le groupe inscrit Fès et, au-delà, le Maroc, dans une géographie industrielle mondiale où se jouent les choix technologiques de demain. Une reconnaissance stratégique qui transforme un site local en plateforme globale et confirme la capacité du Royaume à accueillir des projets industriels de premier plan.




