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FMI – Article IV 2026 : une croissance solide, mais l’emploi et le capital humain restent les angles morts

Le Fonds monétaire international confirme la robustesse de la trajectoire macroéconomique du Maroc, avec une croissance attendue à 4,9 % en 2026 et une inflation maîtrisée. Derrière ces fondamentaux solides, l’institution pointe des fragilités persistantes : création d’emplois insuffisante, dépendance à l’investissement public et nécessité d’accélérer les réformes structurelles, notamment sur le capital humain.

Chadine A. par Chadine A.
13 février 2026
dans Actualité RH Maroc
Temps de lecture : 10 mins
FMI – Article IV 2026 : une croissance solide, mais l’emploi et le capital humain restent les angles morts l DRH.ma

FMI – Article IV 2026 : une croissance solide, mais l’emploi et le capital humain restent les angles morts l DRH.ma

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L’exercice annuel de consultation au titre de l’article IV du FMI agit comme un révélateur des équilibres économiques d’un pays. Pour le Maroc, l’édition 2026 délivre un diagnostic globalement positif, mais nuancé. Les indicateurs macroéconomiques confirment une résilience réelle face aux chocs externes, mais les moteurs de croissance et de transformation structurelle restent encore incomplètement alignés avec les enjeux d’emploi et de compétitivité à long terme.

La mission conduite par Laura JARAMILLO, qui s’est déroulée entre fin janvier et mi-février 2026, met en lumière un modèle économique qui gagne en stabilité, mais qui peine encore à produire des effets tangibles sur le marché du travail.

Une croissance soutenue, mais encore dépendante de facteurs exogènes

Le FMI valide la solidité de la dynamique économique marocaine. La croissance s’est établie à 4,9 % en 2025 et devrait se maintenir au même niveau en 2026. Cette performance s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs : une campagne agricole exceptionnelle, la reprise du secteur de la construction et la résilience des services.

Cette configuration révèle toutefois une dépendance persistante à des variables volatiles, notamment climatiques. La contribution déterminante de l’agriculture, dopée par une pluviométrie favorable, souligne la vulnérabilité structurelle de l’économie marocaine aux cycles hydriques. Le FMI le suggère implicitement : la diversification productive reste incomplète.

Le second moteur de croissance, l’investissement public, confirme son rôle central. Les grands projets d’infrastructures, la mise en œuvre de la Charte de l’investissement et les dispositifs portés par le Fonds Mohammed VI soutiennent l’activité. L’investissement privé, lui, progresse mais demeure encore insuffisamment dynamique pour porter seul la croissance.

Ce déséquilibre structurel est au cœur de l’analyse du FMI : la croissance marocaine reste tirée par l’État, avec un secteur privé qui ne joue pas encore pleinement son rôle de moteur autonome.

Des équilibres macroéconomiques maîtrisés, mais sous surveillance

Sur le plan des fondamentaux, le Maroc présente des indicateurs stabilisés. L’inflation a été contenue à 0,8 % en 2025, un niveau particulièrement bas dans un contexte international marqué par des tensions inflationnistes persistantes. Le FMI anticipe une remontée progressive vers 2 % à horizon 2027, signe d’un retour à une normalisation monétaire.

La politique de Bank Al-Maghrib est jugée adaptée. L’institution a su accompagner la reprise tout en maintenant une inflation sous contrôle. Le FMI encourage néanmoins la poursuite de la transition vers un régime de change plus flexible et un ciblage explicite de l’inflation. Cette évolution, déjà amorcée, constitue un levier stratégique pour absorber les chocs externes.

Sur le front budgétaire, les performances sont également notables. Les recettes fiscales ont atteint 24,6 % du PIB en 2025, en nette progression. Cette amélioration s’explique par les réformes fiscales engagées et une meilleure mobilisation des ressources.

Le déficit budgétaire s’est établi à 3,5 % du PIB, en dessous des prévisions initiales. Cette trajectoire témoigne d’une gestion plus rigoureuse, mais elle reste fragile. Une partie des recettes supplémentaires a été mobilisée pour financer des dépenses additionnelles, notamment en investissement et en soutien aux entreprises publiques.

Le FMI insiste sur un point précis : la nécessité de reconstituer des marges budgétaires. Cela implique de mettre en réserve une partie des recettes exceptionnelles et de mieux hiérarchiser les dépenses.

L’investissement public, moteur central mais facteur de vulnérabilité

L’accélération de l’investissement public constitue l’un des piliers de la stratégie économique marocaine. Elle permet de soutenir la croissance, d’améliorer les infrastructures et de renforcer l’attractivité du territoire.

Mais ce modèle présente des effets secondaires. Le FMI souligne que la forte composante importée de ces investissements contribue à creuser le déficit du compte courant. Cette situation reste maîtrisée grâce à la hausse des recettes touristiques et à l’augmentation des investissements directs étrangers, mais elle expose l’économie à des risques externes.

Le message est clair : l’investissement public ne peut être un substitut durable à une croissance tirée par le secteur privé. Il doit agir comme un catalyseur, et non comme un moteur exclusif.

Le FMI appelle ainsi à une meilleure évaluation des projets, à une gestion rigoureuse des risques et à un suivi renforcé des retombées économiques. La mise en place d’une règle budgétaire et le renforcement du cadre budgétaire à moyen terme s’inscrivent dans cette logique.

Capital humain : le levier stratégique encore sous-exploité

Le diagnostic du FMI converge sur un point structurant : le Maroc doit investir davantage dans son capital humain pour transformer sa croissance en développement durable.

Les progrès sont réels. L’accès à l’éducation, aux soins de santé et à la protection sociale s’améliore. Les réformes engagées, notamment dans le cadre de la généralisation de la protection sociale, commencent à produire des effets.

Mais ces avancées restent insuffisantes au regard des besoins. Le FMI insiste sur l’urgence d’accélérer les investissements dans la santé et l’éducation. Le capital humain est présenté comme le principal levier pour soutenir la productivité, renforcer la compétitivité et améliorer l’inclusion.

Cette recommandation dépasse le cadre social. Elle touche directement à la performance économique. Une main-d’œuvre mieux formée et en meilleure santé conditionne la capacité du pays à attirer des investissements à forte valeur ajoutée.

Emploi : le point de tension majeur

Malgré une croissance robuste, la création d’emplois demeure insuffisante. Le FMI identifie ce décalage comme le principal défi du modèle économique marocain.

La croissance actuelle ne génère pas suffisamment d’emplois durables. Le chômage, en particulier chez les jeunes, reste élevé. Cette situation reflète une inadéquation persistante entre les compétences disponibles et les besoins du marché.

Le FMI appelle à une transformation en profondeur du marché du travail. Plusieurs axes sont identifiés : amélioration du climat des affaires, renforcement de la concurrence, soutien ciblé aux TPME et modernisation des politiques actives de l’emploi.

La « Feuille de route pour l’emploi 2030 » est saluée comme un cadre structurant. Elle vise à réduire le chômage en accompagnant les jeunes, notamment les non-diplômés, et en adaptant les dispositifs de formation.

Mais l’enjeu dépasse les dispositifs publics. Il repose sur la capacité du secteur privé à créer des emplois à grande échelle. Or, cette dynamique reste limitée.

Entreprises publiques et concurrence : un chantier structurant

Le rôle des établissements et entreprises publics constitue un autre axe majeur de l’analyse du FMI. Ces entités occupent une place importante dans l’économie, mais leur performance et leur gouvernance restent inégales.

Le FMI recommande d’accélérer les réformes pour améliorer leur efficacité et garantir une concurrence équitable avec le secteur privé. L’objectif est double : renforcer la performance globale de l’économie et stimuler l’initiative privée.

La neutralité concurrentielle apparaît comme un enjeu clé. Un environnement où les entreprises publiques et privées opèrent sur des bases comparables est indispensable pour attirer les investissements et favoriser l’innovation.

Un modèle en transition, entre stabilité et transformation

L’analyse du FMI met en évidence une économie marocaine en phase de transition. Les fondamentaux macroéconomiques sont solides. Les réformes engagées produisent des résultats visibles. Les marges de manœuvre budgétaires se reconstituent progressivement.

Mais cette stabilité masque des déséquilibres structurels. La dépendance à l’investissement public, la faiblesse de la création d’emplois et les insuffisances du capital humain limitent le potentiel de croissance.

Le Maroc se trouve dans une phase charnière. Les choix opérés aujourd’hui détermineront la capacité du pays à transformer une croissance stable en développement inclusif et durable.

Lecture stratégique : ce que révèle le diagnostic du FMI

Le message du FMI peut être résumé en une tension centrale : la macroéconomie est maîtrisée, mais la transformation structurelle reste inachevée.

Trois priorités se dégagent. La première concerne le renforcement du capital humain. Sans une amélioration significative de la qualité de l’éducation et du système de santé, la montée en gamme de l’économie restera limitée.

La deuxième porte sur le rôle du secteur privé. La croissance doit progressivement basculer d’un modèle tiré par l’État vers un modèle porté par l’initiative privée. Cela implique des réformes du climat des affaires, de la concurrence et du financement.

La troisième concerne l’emploi. La capacité à créer des emplois durables constitue le principal indicateur de réussite des politiques économiques. Sur ce terrain, les résultats restent en deçà des attentes.

Le Maroc dispose d’atouts indéniables : stabilité macroéconomique, position géographique stratégique, politique d’investissement ambitieuse. Mais ces atouts doivent être convertis en gains de productivité et en opportunités d’emploi.

Le diagnostic du FMI ne remet pas en cause la trajectoire économique du Maroc. Il en souligne les limites et les conditions de réussite. La prochaine phase ne se jouera pas sur la croissance elle-même, mais sur sa qualité, sa soutenabilité et sa capacité à bénéficier au plus grand nombre.

Tags: Article IVCapital humaincroissance économiquedéveloppement inclusifemploientreprises publiquesFMI Maroc 2026investissement publicMarché du Travailréforme structurelle
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Chadine A.

Chadine A.

Observatrice privilégiée du dynamisme économique du Royaume, Chadine est la plume de référence pour tout ce qui concerne l'actualité institutionnelle et les mouvements de direction au Maroc. Des réformes du code du travail aux stratégies nationales de l'emploi, elle documente avec précision les transformations du marché local. Elle suit de près les nominations stratégiques et les grandes annonces des entreprises marocaines, offrant aux professionnels une source d'information fiable et actualisée. Son expertise fait d'elle un relais essentiel pour comprendre les enjeux spécifiques de la gestion du capital humain sur le territoire national.

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