Après plusieurs années de progression, l’emploi recule dans les associations, mutuelles, coopératives, fondations et entreprises sociales. Entre décembre 2024 et décembre 2025, l’économie sociale et solidaire a enregistré une perte nette de 10 447 postes. Les associations ont concentré l’essentiel du recul, avec 12 305 emplois supprimés, suivies par les mutuelles, qui en ont perdu 2 465. Les évolutions observées dans les coopératives et les fondations ont partiellement compensé ces baisses.
La dégradation se traduit désormais par des licenciements et des procédures collectives dans des structures intervenant notamment dans l’action sociale, la santé, la lutte contre la pauvreté et l’accompagnement des publics vulnérables. Le Secours catholique, Caritas et Aides figurent parmi les associations confrontées à des réductions d’effectifs. La fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon, active dans les secteurs sanitaire, social et médico-social, est placée en redressement judiciaire.
Ces difficultés touchent un secteur qui emploie environ 2,7 millions de personnes au sein de près de 147 000 entreprises et organisations. L’ESS représente plus d’un emploi privé sur huit en France. Les associations constituent son principal employeur, avec environ 1,9 million de salariés répartis dans l’action sociale, la santé, l’éducation, la culture, le sport et l’insertion professionnelle.
La contraction des ressources publiques constitue l’une des principales causes de la détérioration. En 2024, l’État a consacré environ 16 milliards d’euros aux structures de l’ESS. Les collectivités territoriales leur avaient parallèlement versé près de 6,7 milliards d’euros en 2023. Ces financements correspondent largement à l’exécution de missions d’intérêt général confiées aux organisations concernées.
La baisse, le non-renouvellement ou le versement tardif de certaines aides fragilisent leur trésorerie. L’augmentation des coûts salariaux et des dépenses de fonctionnement accentue cette pression lorsque les financements ne sont pas revalorisés dans les mêmes proportions. Certaines structures réduisent leurs activités, gèlent leurs recrutements ou suppriment des postes afin de rétablir leur équilibre financier.
D’autres évolutions alimentent les inquiétudes. La fin annoncée de l’exonération de la taxe d’apprentissage applicable aux organismes non lucratifs représenterait une charge supplémentaire estimée à environ 400 millions d’euros. Les mutuelles contestent également le transfert de nouvelles dépenses de santé auparavant supportées par la Sécurité sociale, dont le coût potentiel est évalué à deux milliards d’euros.
Le 9 juillet 2026, le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire a adopté une stratégie nationale fixant plusieurs objectifs à l’horizon 2030. Le texte prévoit notamment de porter la part de l’ESS de 13,44 % à 15 % de l’emploi privé et d’atteindre 3 500 structures agréées Entreprise solidaire d’utilité sociale.
Les représentants du secteur se sont toutefois abstenus lors du vote. Ils considèrent que les orientations budgétaires ne permettent pas de financer les ambitions annoncées. Benoît Hamon, président d’ESS France, redoute une aggravation du recul de l’emploi si les restrictions se poursuivent. Plusieurs organisations évoquent désormais un « plan social à bas bruit », composé de suppressions dispersées entre de nombreuses structures.
La réduction des effectifs affecte également les équipes maintenues en poste, alors que les besoins sociaux continuent de progresser. Les organisations doivent assurer leurs missions avec des ressources plus faibles, réorganiser les activités et préserver les compétences nécessaires à l’accompagnement des bénéficiaires. L’évolution des financements inscrits dans le Budget 2027 déterminera désormais la capacité du secteur à enrayer les pertes d’emplois et à atteindre les objectifs fixés pour 2030.




