Présenté le 5 avril 2026 à Université Al Akhawayn, le concept « Impact Education » marque une tentative structurée de redéfinition des finalités éducatives. Porté par ABWAB Consultants en partenariat avec Madina Schools, ce livre blanc propose un cadre visant à mesurer l’impact réel de l’éducation sur les individus, en intégrant des dimensions souvent absentes des systèmes d’évaluation classiques.
L’initiative intervient dans un contexte de transformation rapide du marché du travail. Lors de la présentation, Amine Bensaïd, président de l’université, a souligné la nécessité de revoir les fondements du système éducatif. Il évoque une évolution accélérée des métiers et des parcours professionnels, caractérisée par l’émergence de nouvelles compétences et la disparition progressive de certaines fonctions. Maintenir des modèles hérités du siècle précédent constituerait, selon lui, un décalage stratégique face aux réalités actuelles.
Le modèle « Impact Education » s’appuie sur une recherche-action initiée en juin 2024. Il repose sur un protocole expérimenté sur le terrain, combinant plusieurs disciplines : psychologie de l’enfant, neurosciences, psychosociologie et économie de l’éducation. L’objectif consiste à dépasser la logique de performance académique pour intégrer des indicateurs liés au bien-être, à l’insertion sociale et à l’épanouissement personnel.
Dans cette approche, les contenus pédagogiques évoluent vers davantage d’interdisciplinarité, tandis que les pratiques enseignantes intègrent des dimensions psychopédagogiques plus marquées. Les environnements scolaires sont également repensés afin de favoriser des conditions d’apprentissage plus équilibrées, en lien avec le développement global de l’élève.
Le rôle du système éducatif est ainsi repositionné : il ne s’agit plus uniquement de transmettre des connaissances, mais de structurer des compétences durables. L’accent est mis sur des qualités telles que la curiosité intellectuelle, l’esprit critique, la conscience de soi ou encore la capacité d’adaptation. Ces éléments sont présentés comme déterminants dans un contexte où les trajectoires professionnelles deviennent moins linéaires.
L’Université Al Akhawayn, fondée en 1993 et accréditée par la New England Commission of Higher Education, s’inscrit déjà dans une logique proche à travers un modèle inspiré des liberal arts. Cette approche privilégie l’interdisciplinarité et le développement de la pensée critique, en complément de l’excellence académique. Le livre blanc présenté s’inscrit dans cette continuité, tout en proposant un cadre formalisé susceptible d’être déployé à plus grande échelle.
Le projet s’inscrit également dans les enjeux structurels du système éducatif marocain. Malgré la réforme engagée sur la période 2022-2030, plusieurs indicateurs restent préoccupants, notamment en matière d’insertion des jeunes. L’évolution technologique, en particulier liée à l’intelligence artificielle, accentue la pression sur les compétences requises et remet en question les modèles de formation traditionnels.
À l’échelle internationale, les institutions éducatives sont confrontées à des problématiques similaires. L’idée d’une éducation orientée vers l’impact, plutôt que vers la seule certification, s’inscrit dans un mouvement plus large visant à aligner formation et employabilité. Dans ce cadre, « Impact Education » propose une adaptation contextualisée aux spécificités marocaines, avec un outil de mesure conçu pour suivre l’évolution des apprenants sur plusieurs dimensions.
La question de la généralisation du modèle reste toutefois ouverte. Le dispositif a été expérimenté dans un cadre maîtrisé, notamment au sein d’établissements privés. Son extension à l’ensemble du système éducatif pose des enjeux de financement, de formation des enseignants et d’équité d’accès. La capacité des acteurs publics à s’approprier ce type de modèle constitue un facteur déterminant pour son déploiement à grande échelle.
Le livre blanc présenté à Ifrane s’inscrit ainsi dans une dynamique de réflexion plus large sur l’avenir de l’éducation au Maroc. En introduisant des indicateurs centrés sur le développement global de l’individu, il propose une évolution du cadre d’évaluation, susceptible de modifier en profondeur les priorités pédagogiques. La question n’est plus uniquement de former, mais de mesurer ce que la formation produit réellement sur les trajectoires humaines et professionnelles.




