Le Maroc figure parmi les 25 destinations mondiales d’externalisation les mieux préparées à l’intelligence artificielle. Selon la première édition du Global Outsourcing AI Readiness Index, publiée en juin 2026 par la société américaine Ataraxis, le Royaume se classe 19e avec un score composite de 43,35 sur 100.
Cette position place le Maroc au deuxième rang dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, derrière l’Égypte, classée 16e. À l’échelle africaine, il arrive en cinquième position, après l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Kenya. Ce résultat confirme l’émergence du Royaume comme destination capable de proposer des prestations d’externalisation progressivement enrichies par l’IA.
Le nouvel indice complète le Global Outsourcing Talent Index 2026, également élaboré par Ataraxis. Dans ce précédent classement, le Maroc occupait la 26e place sur 193 pays, avec des résultats particulièrement favorables en matière de coût du travail. Le Royaume obtenait notamment une note de 94 sur 100 sur cet indicateur, devant plusieurs destinations d’Europe de l’Est.
L’indice consacré à l’IA repose sur quatre dimensions. L’adoption des technologies par la population et la littératie IA de la main-d’œuvre représentent chacune 30 % de la note. L’intégration par les entreprises pèse 25 %, tandis que les capacités d’éducation et de formation comptent pour 15 %.
Le Maroc présente un profil relativement équilibré, sans parvenir à dépasser la barre des 50 points dans l’une de ces catégories. Son score est estimé à environ 48 points pour l’adoption par la population, 41 pour la littératie de la main-d’œuvre, 39 pour l’usage au sein des entreprises et 46 pour l’éducation et la formation.
L’adoption par les entreprises constitue sa principale faiblesse. Avec 39 points sur 100, le pays reste loin de l’Afrique du Sud, qui atteint 65 points dans cette catégorie. De nombreuses entreprises marocaines expérimentent désormais les outils d’intelligence artificielle, mais leur utilisation demeure souvent circonscrite à des projets pilotes, à l’automatisation de tâches isolées ou à des usages individuels insuffisamment intégrés aux processus opérationnels.
Ce retard relatif réduit, pour le moment, la capacité du secteur à proposer massivement des services à forte valeur ajoutée. Les grands opérateurs ont déjà introduit l’automatisation robotisée des processus, les assistants génératifs ou les outils d’analyse prédictive. Une majorité de prestataires de taille intermédiaire reste toutefois confrontée au coût des investissements, à la rareté des compétences spécialisées et aux difficultés liées à la gouvernance des données.
La présence de huit pays africains dans le top 25 montre néanmoins la montée en puissance du continent. L’Afrique du Sud occupe le 8e rang mondial avec 66,5 points. L’Égypte, créditée de 49,35 points, devance légèrement le Nigeria, qui obtient 49,15 points. Ces marchés s’appuient sur des écosystèmes numériques plus denses, des viviers importants de compétences et une intégration plus avancée de l’IA dans certaines activités économiques.
Le Maroc conserve, de son côté, plusieurs avantages structurels. Sa proximité avec l’Europe, son positionnement multilingue, ses coûts compétitifs et sa stabilité en font une plateforme de nearshoring attractive. Ces atouts ont soutenu la croissance d’un secteur qui compte plus de 130 000 emplois directs et génère près de 2 milliards de dollars d’exportations annuelles.
L’implantation d’acteurs internationaux comme Oracle, Capgemini et IBM contribue également à renforcer l’écosystème. Mais la compétitivité par les coûts ne suffira plus. L’intelligence artificielle transforme la nature des services externalisés en automatisant les activités répétitives et en déplaçant la valeur vers la supervision des modèles, la gouvernance des données, l’ingénierie des prompts, la cybersécurité et le contrôle éthique des systèmes.
Les pouvoirs publics cherchent à accompagner cette évolution à travers la feuille de route Maroc IA 2030, lancée en 2026. Les Instituts Al Jazari, le hub Digital for Sustainable Development développé avec le Programme des Nations unies pour le développement et les investissements annoncés dans les centres de données doivent soutenir la constitution d’un écosystème national. Plus de 500 mégawatts de capacités de data centers seraient ainsi en construction ou planifiés.
Le pipeline de formation demeure cependant insuffisant au regard des ambitions affichées. Les cursus universitaires, les formations STEM et les programmes de reconversion ne produisent pas encore le volume de compétences attendu par les entreprises. Le défi concerne autant les ingénieurs spécialisés que les collaborateurs capables d’utiliser l’IA dans les métiers du service client, de la finance, des ressources humaines ou de l’analyse de données.
La comparaison internationale mesure l’ampleur de l’effort à fournir. L’Inde domine le classement avec 84,55 points, devant le Brésil à 76,1 et la Malaisie à 75,65. Ces trois pays bénéficient d’une main-d’œuvre nombreuse, de politiques de formation structurées et d’une adoption déjà avancée au sein des entreprises.
Pour progresser, le Maroc devra généraliser la formation continue, développer les certifications IA et faciliter l’industrialisation des projets expérimentaux. L’alignement des formations sur les besoins des employeurs et la multiplication des partenariats public-privé seront également déterminants.
La 19e place mondiale constitue donc un signal encourageant, mais non un acquis. Le Maroc dispose d’une fenêtre pour devenir un partenaire de conception et de déploiement de solutions intelligentes pour les marchés européens et africains. Sa capacité à transformer rapidement les compétences, les organisations et les modèles de services déterminera désormais son rang dans la nouvelle économie mondiale de l’externalisation.




