La déclaration a été formulée sans ambiguïté. Le 12 février 2026, dans une interview accordée au Financial Times, Mustafa SULEYMAN, directeur de Microsoft AI et ancien cofondateur de DeepMind, affirme que la majorité des tâches associées aux métiers de bureau pourraient être automatisées dans un horizon de 12 à 18 mois. L’analyse ne provient pas d’un observateur extérieur, mais d’un dirigeant directement impliqué dans le développement des technologies concernées.
Interrogé par Roula KHALAF, rédactrice en chef du Financial Times, Mustafa SULEYMAN décrit une transformation rapide des fonctions intellectuelles standardisées. Les professions visées couvrent un spectre large : avocats, comptables, chefs de projet, spécialistes marketing. Selon lui, l’ensemble des tâches reposant sur l’analyse, la rédaction, la structuration ou la gestion d’informations numériques est désormais techniquement automatisable à court terme. L’échéance avancée situe ce basculement potentiel autour de la mi-2027.
Cette projection repose sur des évolutions mesurables. Microsoft indique que 20 % à 30 % du code produit en interne est déjà généré par des systèmes d’intelligence artificielle. Les outils comme Copilot sont désormais déployés à grande échelle, notamment dans les entreprises du Fortune 500, où ils prennent en charge des tâches telles que la gestion des courriels, la synthèse de réunions ou la production de documents. Cette diffusion rapide traduit un changement de statut de l’IA, qui passe d’un outil d’assistance à un système capable d’exécuter des processus complets.
Mustafa SULEYMAN justifie cette trajectoire par des facteurs structurels. La puissance de calcul disponible a été multipliée de manière exponentielle au cours des quinze dernières années. Les infrastructures, notamment les data centers à l’échelle du gigawatt, permettent désormais d’entraîner et de déployer des modèles de plus en plus complexes. Microsoft poursuit en parallèle une stratégie d’intégration verticale, visant à renforcer son autonomie technologique dans le développement de ses modèles, malgré son partenariat avec OpenAI jusqu’en 2030.
Cette prise de position intervient dans un contexte où plusieurs signaux convergent. Le 19 mars 2026, le Wall Street Journal révélait que Jeff BEZOS envisage de lever un fonds de 100 milliards de dollars pour automatiser des entreprises manufacturières via l’intelligence artificielle. Cette stratégie cible les métiers industriels, après une première phase d’automatisation dans les entrepôts d’Amazon. L’ensemble dessine une dynamique où l’intelligence artificielle ne se limite plus aux fonctions numériques, mais s’étend progressivement à l’ensemble des activités économiques.
L’économiste et entrepreneur Andrew YANG, connu pour ses prises de position sur le revenu universel, décrit cette évolution comme une transformation systémique du travail. Dans plusieurs interventions publiques en 2026, il évoque une séquence en deux temps : automatisation des métiers intellectuels, suivie d’une transformation accélérée des emplois industriels. Cette lecture met en évidence l’ampleur potentielle des ajustements à venir sur le marché du travail.
Les impacts sectoriels commencent à être observables. Dans les services financiers, les cabinets juridiques ou les activités de conseil, certaines tâches traditionnellement confiées à des profils juniors sont désormais automatisées. La production de rapports, l’analyse de données ou la génération de contenus peuvent être réalisées en quelques minutes par des systèmes d’IA. Cette évolution modifie la structure des équipes et réduit la demande pour certaines fonctions d’entrée.
Dario AMODEI, dirigeant d’Anthropic, avance un horizon légèrement plus étendu, estimant que la transformation complète des métiers pourrait s’opérer sur plusieurs années. D’autres acteurs, comme Salman KHAN, fondateur de Khan Academy, alertent sur les conséquences sociales d’une automatisation rapide. Une réduction significative des emplois qualifiés pourrait affecter des segments entiers de la classe moyenne, avec des répercussions économiques et sociales difficiles à anticiper.
En Europe, les débats sur la régulation s’intensifient. Plusieurs dirigeants politiques, dont Emmanuel MACRON et Olaf SCHOLZ, appellent à encadrer le déploiement de ces technologies afin de limiter les risques systémiques. La question ne porte plus uniquement sur l’innovation, mais sur la capacité des institutions à accompagner une transformation rapide du travail.
Au Maroc, l’exposition concerne principalement les activités externalisées et les services à forte intensité administrative. Les centres de services partagés, les activités BPO ou certaines fonctions de support pourraient être directement impactés par l’automatisation des tâches numériques. Cette évolution pose la question de la montée en compétences et de la repositionnement des profils concernés.
Les marchés financiers ont déjà intégré une partie de ces anticipations. Début 2026, les investissements massifs dans l’intelligence artificielle ont suscité des interrogations sur la rentabilité à court terme, entraînant des ajustements sur les valorisations de certaines entreprises technologiques. Cette volatilité reflète l’incertitude entourant le rythme et l’ampleur de la transformation en cours.
La perspective d’un monde où une part significative des tâches intellectuelles serait automatisée soulève plusieurs scénarios. Certains défendent l’idée d’une redistribution des gains de productivité, notamment à travers des mécanismes de revenu universel. D’autres insistent sur la nécessité d’une adaptation rapide des systèmes éducatifs et de formation, afin de préparer les collaborateurs à des rôles complémentaires à l’intelligence artificielle.
Mustafa SULEYMAN résume cette transition comme un moment charnière. L’intelligence artificielle ne se limite plus à assister les professionnels. Elle tend à redéfinir le contenu même du travail, en transférant aux machines les activités routinières et en repositionnant l’humain sur des fonctions d’arbitrage, de créativité et de supervision. La question centrale porte désormais sur la capacité des économies à absorber cette transformation sans rupture majeure.




