L’idée d’un monde universellement prospère peut sembler relever de l’utopie. Pourtant, le nouvel ouvrage publié par le McKinsey Global Institute, A Century of Plenty, propose une lecture radicalement différente de l’avenir. L’ambition de ses auteurs n’est pas simplement d’esquisser un scénario optimiste : ils avancent, chiffres à l’appui, l’hypothèse qu’un niveau de prospérité comparable à celui de la Switzerland actuelle pourrait, d’ici la fin du siècle, devenir accessible à l’ensemble de l’humanité.
Derrière cette thèse audacieuse se cache un vaste travail de recherche mené par l’institut. Les auteurs – parmi lesquels Sven Smit, Chris Bradley, Nick Leung et Marc Canal – s’appuient sur une analyse approfondie du siècle écoulé pour comprendre les mécanismes qui ont permis l’élévation spectaculaire du niveau de vie mondial. Leur conclusion : la dynamique de progrès qui a transformé l’économie mondiale au cours des cent dernières années pourrait, sous certaines conditions, se poursuivre et même s’accélérer.
Un siècle de progrès sans précédent
L’ouvrage commence par rappeler une réalité souvent sous-estimée : les cent dernières années ont produit une transformation économique et sociale d’une ampleur inédite dans l’histoire humaine. L’espérance de vie a considérablement augmenté, la pauvreté extrême a reculé à l’échelle mondiale et l’accès à l’éducation, aux soins ou à l’énergie s’est élargi de manière spectaculaire.
Ces avancées ne relèvent pas d’un simple concours de circonstances. Les auteurs identifient ce qu’ils appellent la « machine du progrès », un ensemble de mécanismes interdépendants combinant innovation technologique, accumulation de capital, amélioration de la productivité et diffusion des connaissances. C’est cette dynamique qui a permis à des sociétés entières de multiplier leur richesse et d’améliorer leurs conditions de vie en quelques générations.
L’analyse historique proposée par le livre montre ainsi que le progrès économique n’est ni linéaire ni automatique, mais qu’il repose sur des choix collectifs, des investissements massifs dans la science et l’industrie, ainsi qu’une capacité constante à repousser les limites technologiques.
Une économie mondiale huit fois plus grande
La projection centrale du livre est particulièrement ambitieuse. Pour que chaque habitant de la planète bénéficie d’un niveau de prospérité comparable à celui des pays les plus riches aujourd’hui, l’économie mondiale devrait être multipliée par huit d’ici 2100.
Une telle croissance soulève naturellement des questions fondamentales. Les ressources de la planète seront-elles suffisantes ? L’humanité pourra-t-elle produire assez d’énergie, de nourriture, de métaux et de minéraux pour soutenir un tel développement ? L’innovation technologique pourra-t-elle suivre le rythme nécessaire ?
Les chercheurs du McKinsey Global Institute répondent par l’affirmative, à condition que plusieurs transformations structurelles se poursuivent. Parmi elles figurent l’accélération de l’innovation scientifique, l’amélioration de l’efficacité énergétique, le développement de nouvelles technologies industrielles et la diffusion mondiale des gains de productivité.
Autrement dit, la croissance nécessaire ne reposerait pas uniquement sur une exploitation accrue des ressources naturelles, mais sur une transformation profonde des modes de production et de consommation.
Le défi de la durabilité
L’une des dimensions centrales de l’ouvrage concerne la compatibilité entre prospérité globale et protection de l’environnement. L’idée d’une économie mondiale huit fois plus grande pourrait, à première vue, apparaître incompatible avec les impératifs climatiques.
Les auteurs défendent pourtant une vision différente : selon eux, l’innovation technologique constitue la clé permettant de concilier croissance et durabilité. Les progrès dans les domaines de l’énergie, des matériaux, de l’agriculture ou de l’économie circulaire pourraient permettre de produire davantage tout en réduisant l’empreinte environnementale.
Cette perspective repose sur une hypothèse forte : celle d’une accélération continue de l’innovation, comparable à celle observée lors des grandes révolutions industrielles. L’histoire économique montre en effet que de nombreuses contraintes considérées comme insurmontables ont été dépassées grâce à la technologie.
Le rôle déterminant du récit collectif
Au-delà des chiffres et des projections économiques, A Century of Plenty développe une thèse plus politique et culturelle : le progrès dépend aussi du récit que les sociétés se racontent sur leur avenir.
Selon les auteurs, les périodes d’innovation et de croissance ont souvent été portées par une vision optimiste du futur. À l’inverse, lorsque les sociétés doutent de leur capacité à progresser, les investissements dans l’innovation et les infrastructures tendent à ralentir.
Dans cette perspective, l’ouvrage plaide pour l’émergence d’un nouveau récit économique, dans lequel la croissance n’est pas perçue uniquement comme une source de risques ou d’inégalités, mais comme un levier permettant d’améliorer les conditions de vie de l’ensemble de la population mondiale.
L’optimisme comme stratégie
L’un des messages les plus marquants du livre réside dans cette affirmation : le progrès n’est pas inévitable, il résulte d’un choix collectif. Les auteurs rappellent que de nombreuses avancées qui paraissaient irréalistes à une époque – de l’électrification mondiale à l’explosion des technologies numériques – sont devenues des réalités en quelques décennies.
En ce sens, l’optimisme n’est pas présenté comme une posture naïve, mais comme une stratégie économique et politique. L’histoire montre, soulignent-ils, que les sociétés qui investissent dans l’innovation et dans le développement du capital humain sont souvent celles qui façonnent les grandes vagues de prospérité.
Une réflexion stratégique pour les décideurs
Au-delà de la prospective économique, A Century of Plenty s’adresse clairement aux décideurs politiques, économiques et institutionnels. Le livre invite à repenser les politiques publiques, les stratégies d’investissement et les priorités de recherche afin de soutenir une dynamique de croissance inclusive et durable à l’échelle mondiale.
Pour les dirigeants d’entreprises comme pour les responsables publics, l’enjeu consiste désormais à transformer ce qui est théoriquement possible en réalité probable. Cela suppose des investissements massifs dans l’innovation, l’éducation et les infrastructures, mais aussi une coopération internationale renforcée face aux défis globaux.
À l’horizon 2100, la question posée par l’ouvrage dépasse finalement le simple cadre économique : l’humanité choisira-t-elle de ralentir par crainte de ses propres limites, ou décidera-t-elle d’accélérer la « machine du progrès » pour construire un monde d’abondance ?
C’est sur cette interrogation que se conclut l’analyse du McKinsey Global Institute — avec une conviction assumée : si l’histoire est un guide fiable, les optimistes pourraient bien, une fois de plus, avoir raison.
![[LIVRE] A Century of Plenty : le pari audacieux d’une prospérité mondiale d’ici 2100 l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/03/LIVRE-A-Century-of-Plenty-750x375.jpg)
![[LIVRE] Les vacances sont-elles vraiment bénéfiques ? Ce que révèle le livre Work, Vacation and Well-being de Dalia Etzion l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/07/LIVRE-Work-Vacation-and-Well-being-1024x499.jpg)
![[LIVRE] Le pouvoir du repos selon John Fitch et Max Frenzel dans "Time Off" l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/07/LIVRE-Time-Off-1024x499.jpg)
![[LIVRE] ESG et performance : la rupture stratégique du modèle « Net Positive » l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/04/LIVRE-Net-Positive-1024x499.jpg)
![[LIVRE] Repenser la performance RH à l’ère ESG : une lecture stratégique de Sustainable Human Resource Management Strategies and Practices l DRH.ma](https://drh.ma/wp-content/uploads/2026/03/LIVRE-Sustainable-Human-Resource-Management-Strategies-and-Practices-1024x499.jpg)