Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a rendu publique sa note relative à la situation du marché du travail en 2025. Le document dresse le bilan d’une année marquée par une accélération de la création d’emplois, avec 193 000 postes nets générés à l’échelle nationale, contre 82 000 un an auparavant. Cette évolution s’accompagne d’une légère baisse du taux de chômage, désormais établi à 13 %. Pour autant, l’analyse détaillée des indicateurs révèle un marché du travail toujours déséquilibré, où la dynamique quantitative de l’emploi ne se traduit pas mécaniquement par une amélioration durable des conditions d’insertion professionnelle.
Une reprise portée par l’emploi urbain et rémunéré
Entre 2024 et 2025, la totalité des emplois créés l’a été sous forme d’emplois rémunérés. Le volume de l’emploi salarié progresse de 249 000 postes, tandis que l’emploi non rémunéré recule de 55 000 postes. Cette évolution traduit une transformation progressive de la structure de l’emploi, mais elle reste fortement polarisée géographiquement. Le milieu urbain concentre plus de 200 000 créations nettes, alors que le milieu rural enregistre une perte de 10 000 emplois.
Cette fracture territoriale reflète le recul continu de l’emploi agricole et la dépendance persistante des zones rurales à des formes d’activité vulnérables. Elle explique également la stagnation du taux d’activité national, qui demeure à 43,5 %, malgré la reprise de l’emploi.
Tableau 1 – Principaux indicateurs du marché du travail (2024–2025)
| Indicateur | 2024 | 2025 |
| Créations nettes d’emplois | 82 000 | 193 000 |
| Taux d’activité (%) | 43,5 | 43,5 |
| Taux d’emploi (%) | 37,7 | 37,8 |
| Taux de chômage (%) | 13,3 | 13,0 |
| Taux de sous-emploi (%) | 10,1 | 10,9 |
Des moteurs sectoriels concentrés
La reprise de l’emploi en 2025 repose sur un nombre limité de secteurs. Les services demeurent le principal moteur, avec 123 000 postes créés, soit près des deux tiers des nouvelles opportunités d’emploi. Les activités financières, immobilières, scientifiques, techniques et de services administratifs constituent le principal contributeur, suivies des services sociaux destinés aux collectivités.
Le secteur du BTP enregistre 64 000 créations nettes, soutenu par la dynamique des chantiers et des infrastructures. L’industrie contribue à hauteur de 46 000 emplois, principalement en milieu urbain. À l’inverse, l’agriculture, la forêt et la pêche poursuivent leur contraction, avec une perte nette de 41 000 emplois, confirmant la fragilisation durable de l’emploi rural.
Chômage : une amélioration globale, des catégories toujours exposées
Le nombre de personnes en situation de chômage recule légèrement en 2025 pour s’établir à 1,62 million. Le taux de chômage diminue de 0,3 point au niveau national, atteignant 13 %. Cette évolution reste toutefois contrastée selon les profils.
Le chômage progresse chez les femmes, dont le taux atteint 20,5 %, contre 19,4 % un an auparavant. Les jeunes de 15 à 24 ans demeurent la catégorie la plus exposée, avec un taux de chômage de 37,2 %. Les diplômés affichent également un niveau élevé, à 19,1 %, traduisant un décalage persistant entre les formations dispensées et les besoins effectifs du marché du travail.
Le sous-emploi, angle mort de la reprise
En parallèle de la baisse du chômage, le sous-emploi connaît une progression marquée. Le nombre de collaborateurs concernés atteint 1,19 million en 2025, contre 1,08 million l’année précédente. Le taux national de sous-emploi s’élève ainsi à 10,9 %, en hausse aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.
Tous les secteurs sont touchés, avec des niveaux particulièrement élevés dans les BTP et l’agriculture. Le sous-emploi lié à l’insuffisance du revenu et à l’inadéquation formation-emploi progresse plus rapidement que celui lié à la durée du travail, révélant une difficulté croissante à transformer l’emploi en vecteur de stabilité économique.
Tableau 2 – Chômage et sous-emploi selon les principaux profils (2025)
| Profil | Taux de chômage (%) | Taux de sous-emploi (%) |
| Ensemble national | 13,0 | 10,9 |
| Femmes | 20,5 | 13,2 |
| Hommes | 10,8 | 9,6 |
| Jeunes 15–24 ans | 37,2 | 12,3 |
| Milieu urbain | 16,4 | 9,6 |
| Milieu rural | 6,6 | 13,2 |
Une amélioration quantitative sans transformation structurelle
Les données publiées par le HCP montrent une amélioration réelle du volume de l’emploi en 2025. Elles confirment toutefois que cette reprise reste fragile et inégalement répartie. Le marché du travail continue de produire des emplois marqués par la précarité, une couverture sociale limitée et une inadéquation persistante entre compétences et besoins économiques.
Sans évolution structurelle des politiques de formation, d’insertion et de qualité de l’emploi, la dynamique observée en 2025 risque de rester conjoncturelle. Les indicateurs rappellent que la performance du marché du travail ne peut se mesurer uniquement à l’aune des emplois créés, mais à la capacité du système à offrir des trajectoires professionnelles durables, inclusives et socialement protectrices.




