Alors que 90 % des enfants en Afrique subsaharienne ne maîtrisent pas la lecture à l’âge de dix ans, selon la Banque mondiale, l’accès à une éducation de qualité demeure l’un des défis majeurs du continent. C’est dans ce contexte que Huawei a organisé, du 18 au 20 août 2025, en marge de la Global Smart Education Conference de Pékin, le tout premier Forum africain sur l’Éducation inclusive. L’événement a réuni plus de 30 représentants gouvernementaux et académiques venus d’Égypte, du Sénégal, de la République Démocratique du Congo, du Cameroun et d’autres pays africains.
Le mot d’ordre : utiliser les technologies numériques et intelligentes pour dépasser les barrières traditionnelles de l’éducation – qu’elles soient géographiques, économiques ou infrastructurelles.
Du discours à l’action : accords bilatéraux et projets pilotes
Plusieurs accords stratégiques ont été signés en marge du forum, traduisant la volonté de passer à l’opérationnel. En République Démocratique du Congo, la ministre de l’Enseignement supérieur, Pr. Dr Sombo Ayanne Safi Mukuna, a scellé une lettre d’intention avec Huawei. L’accord prévoit le déploiement d’infrastructures numériques universitaires, la création de classes intelligentes et d’une plateforme nationale d’e-learning, ainsi qu’un laboratoire d’innovation pour la formation de talents digitaux.
Au Sénégal, un protocole d’accord tripartite entre le ministère de l’Éducation nationale, Sonatel et Huawei vise à renforcer les équipements numériques, la formation des enseignants et l’accès équitable au savoir, à travers des contenus digitalisés.
Ces coopérations ne sont pas isolées. Selon un rapport 2024 de l’UNESCO, près de 70 % des pays africains ont intégré le numérique dans leur politique éducative, mais seuls 20 % disposent d’un financement dédié. C’est précisément ce « gap » que Huawei entend combler par des partenariats public-privé.
Une approche intégrée pour répondre aux défis africains
Pour Liu Yue, Directrice de l’Éducation inclusive chez Huawei Northern Africa, le modèle africain d’inclusion éducative ne peut pas être calqué sur celui des pays développés. « La pénurie d’enseignants qualifiés, l’inégalité d’accès au réseau internet et l’obsolescence des équipements imposent une réponse systémique, de bout en bout », a-t-elle déclaré.
Huawei propose ainsi une architecture complète – « device-pipe-cloud-intelligence » – combinant classes intelligentes, terminaux abordables, connectivité optimisée pour les zones rurales, et plateformes cloud adossées à l’IA. Ce modèle, déjà testé en Chine, pourrait être transposé à l’échelle africaine, avec des adaptations locales.
Un exemple marquant a été présenté pendant le forum : un enseignant numérique propulsé par l’intelligence artificielle, capable d’adapter les contenus en temps réel au niveau de chaque élève. Cette technologie permet non seulement une individualisation de l’apprentissage, mais aussi un déploiement massif dans des zones à très faible densité de personnel enseignant.
Capital humain : le maillon faible ou la clé de voûte ?
Au-delà de l’infrastructure, la réussite de cette ambition repose sur la montée en compétences des acteurs éducatifs. Peter Zhang, vice-président de Huawei Global Public Sector BU, a rappelé que le groupe a déjà formé plus d’un million d’étudiants à travers ses 3 000 Huawei ICT Academies implantées dans plus de 120 pays. « Le développement des talents est le levier principal d’une transformation éducative durable », a-t-il affirmé.
Pour les DRH africains, cette dynamique soulève une question centrale : comment anticiper les compétences numériques critiques de demain, et contribuer à leur diffusion dès la formation initiale ? Alors que le continent peine déjà à recruter dans les métiers du digital, il devient urgent d’articuler politiques éducatives, besoins des entreprises et trajectoires de développement.
Une étude menée en 2023 par PwC Africa montre que 78 % des DRH africains estiment que leur organisation souffre d’un déficit de compétences numériques, particulièrement dans les fonctions techniques, mais aussi dans les fonctions support (finance, RH, logistique).
Vers un modèle africain de l’éducation intelligente ?
Les visites de terrain organisées à Pékin, Shenzhen et Dongguan ont permis aux décideurs africains de constater les effets concrets de l’éducation intelligente sur l’équité des apprentissages en Chine. Ce transfert d’expérience Sud-Sud, encore peu développé, pourrait inspirer un nouveau modèle éducatif africain fondé sur trois piliers : accessibilité, adaptabilité et durabilité.
Encore faut-il lever certains freins. La faible couverture internet dans les zones rurales (moins de 30 % selon l’Union africaine), l’absence de politiques nationales unifiées, et le manque de formation des enseignants freinent la généralisation de ces initiatives.
Mais le cap est posé : l’Afrique ne pourra relever son défi démographique sans un saut qualitatif dans l’éducation. Et ce saut sera numérique – ou ne sera pas.
Pour les DRH, il ne s’agit plus seulement de gérer les talents, mais de s’impliquer activement dans la fabrique des compétences futures, en contribuant à des écosystèmes éducatifs où la technologie devient un facteur d’équité – et de compétitivité.




