Le Conseil de gouvernement a adopté, jeudi 4 juin, le projet de décret n° 2.25.561 modifiant et complétant le décret n° 2.90.554 du 18 janvier 1991 relatif aux établissements universitaires et aux résidences universitaires. Présenté par Azzedine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, ce texte marque une nouvelle étape dans la modernisation du système universitaire marocain et ouvre la voie à une transformation progressive des facultés pluridisciplinaires en établissements davantage spécialisés.
Cette réforme intervient dans un contexte marqué par l’augmentation continue des effectifs étudiants et par l’évolution rapide des besoins du marché du travail. Depuis plusieurs années, les universités marocaines, notamment les établissements à accès ouvert, font face à une forte pression démographique qui pèse sur leurs capacités d’accueil, leurs moyens d’encadrement et leur organisation pédagogique. Dans le même temps, les régions développent des stratégies économiques de plus en plus différenciées, nécessitant des compétences adaptées à leurs spécificités sectorielles.
À travers ce décret, le gouvernement entend mieux aligner l’offre de formation universitaire sur les transformations démographiques, économiques, sociales et scientifiques que connaît le Royaume. L’objectif affiché est de construire une université plus proche des territoires, plus efficace dans sa gouvernance et davantage tournée vers les besoins de l’économie nationale.
Les facultés pluridisciplinaires occupent aujourd’hui une place importante dans le paysage universitaire marocain. Créées pour élargir l’accès à l’enseignement supérieur dans plusieurs villes du Royaume, elles regroupent généralement au sein d’un même établissement des formations en droit, économie, gestion, sciences humaines, lettres, langues ou encore sciences sociales. Ce modèle a contribué à démocratiser l’accès aux études supérieures, notamment dans les régions éloignées des grands centres universitaires.
Toutefois, cette organisation atteint aujourd’hui certaines limites. La coexistence de disciplines très diverses au sein d’une même structure rend parfois plus complexe la gestion académique et administrative des établissements. Elle limite également leur capacité à développer des stratégies de spécialisation et à renforcer leur visibilité dans certains domaines d’excellence.
La réforme prévoit ainsi une réorganisation progressive de ces facultés afin de créer des établissements disposant d’une identité académique plus claire. Plusieurs structures pourraient être transformées en facultés spécialisées dans les sciences juridiques, économiques et sociales, dans les sciences de gestion ou encore dans les lettres et les sciences humaines. L’objectif est de permettre à chaque établissement de concentrer ses ressources sur des missions précises et de développer des formations davantage adaptées aux besoins de son environnement.
Le ministère souligne également que cette évolution doit contribuer à améliorer la qualité de l’enseignement et des services offerts aux étudiants. Des établissements plus spécialisés devraient permettre un meilleur suivi pédagogique, une organisation académique plus cohérente et un renforcement de l’encadrement. La réforme vise également à améliorer les conditions de développement de la recherche scientifique en favorisant l’émergence de pôles d’expertise mieux identifiés.
Cette nouvelle organisation s’inscrit dans une logique de régionalisation de l’enseignement supérieur. Les universités seront encouragées à renforcer leurs liens avec les acteurs économiques de leur territoire afin de développer des cursus répondant aux besoins réels du marché de l’emploi. Les régions à vocation industrielle, agricole, touristique ou technologique pourront ainsi bénéficier de formations plus ciblées et de compétences mieux adaptées à leurs priorités de développement.
Pour les étudiants, les autorités mettent en avant la perspective de parcours plus cohérents et d’une meilleure insertion professionnelle. En rapprochant les formations des besoins des entreprises et des administrations locales, le gouvernement espère réduire l’écart entre les compétences acquises à l’université et les attentes du marché du travail.
Cette réforme s’inscrit dans un chantier plus large de modernisation de l’enseignement supérieur marocain engagé ces dernières années. Développement de la recherche scientifique, amélioration de l’employabilité, renforcement de l’innovation et adaptation de la gouvernance universitaire figurent parmi les priorités affichées par le ministère. Le décret adopté devra désormais être complété par des textes d’application précisant les établissements concernés ainsi que les modalités de mise en œuvre de cette restructuration. Les premiers effets pourraient être perceptibles dès la rentrée universitaire 2026-2027, avec l’ambition de faire de l’université marocaine un acteur plus performant du développement économique et social des territoires.




