L’obtention des documents chinois nécessaires à l’investissement à l’étranger consolide le développement du projet porté par Shengtai au Maroc. Pour le marché du travail, l’enjeu se mesure d’abord à son ampleur : constituer un effectif de 7 000 personnes en moins de cinq ans suppose de planifier les recrutements, de préparer les compétences techniques et de structurer l’encadrement suffisamment tôt.
Shengtai avait annoncé en mars 2025 la construction d’un parc textile intégré au Maroc. Prévu sur environ 34 hectares, le projet doit réunir des activités de filature, de tissage, de teinture, de finition et de confection. Le programme comprend également des installations destinées à la production de chaleur et au traitement des eaux usées, deux composantes importantes pour le fonctionnement et la performance environnementale du complexe.
Le groupe envisage un déploiement par phases sur une période pouvant atteindre cinq ans. À terme, les capacités annoncées comprennent 100 000 broches de filature, 10 800 tonnes de tissus teints, 15 millions de mètres de tissus tissés et 22 millions de vêtements par an. Ce calendrier doit conduire à la constitution d’un effectif stable de 7 000 personnes à l’horizon 2030.
Cette intégration de plusieurs étapes de la chaîne de valeur élargira fortement les besoins en capital humain. Les recrutements devraient concerner les opérateurs de production, les techniciens de maintenance, les responsables de ligne, les spécialistes du contrôle qualité, les logisticiens et les cadres de gestion industrielle. Des profils spécialisés seront également nécessaires pour superviser la teinture, la finition, la production de chaleur et le traitement des eaux industrielles.
La dimension environnementale du projet modifie la nature des qualifications attendues. Un parc de textile vert ne repose pas uniquement sur l’utilisation de matières plus responsables. Il exige la maîtrise de procédés permettant de réduire la consommation d’eau et d’énergie, de contrôler les substances chimiques, de traiter les effluents et de limiter les pertes de production. Les compétences en hygiène, sécurité et environnement, en efficacité énergétique et en maintenance automatisée devraient donc occuper une place importante.
La formation des futurs collaborateurs devra être organisée à plusieurs niveaux. Les établissements de l’OFPPT spécialisés dans les métiers du textile et de l’habillement peuvent préparer les opérateurs et les techniciens aux fondamentaux de la filature, du tissage, de la confection, de la maintenance et du contrôle qualité. Des programmes adaptés aux procédés de Shengtai pourraient être développés dans les régions qui accueilleront les unités industrielles.
L’ESITH de Casablanca constitue un autre point d’appui pour les techniciens spécialisés, ingénieurs et cadres intermédiaires. Ses formations couvrent notamment la production textile, l’habillement, la logistique, le sourcing et l’hygiène-sécurité-
Une partie de l’apprentissage devra néanmoins être réalisée directement sur le futur site. La création d’un centre interne ou d’une usine-école permettrait de former les recrues aux machines, aux procédés et aux standards industriels propres au groupe avant leur prise de poste. Des experts chinois pourraient intervenir aux côtés de formateurs marocains afin d’organiser le transfert de savoir-faire et de constituer progressivement une équipe locale de formateurs.
Les universités et les écoles d’ingénieurs pourraient compléter ce dispositif dans les domaines de la chimie des matériaux, de l’automatisation, du traitement de l’eau, de l’énergie et du management environnemental. L’ANAPEC interviendrait plutôt dans la constitution des viviers, la présélection des candidats et l’accompagnement vers l’emploi. Aucun partenariat précis avec ces organismes n’a toutefois encore été officiellement annoncé.
Le volume de recrutements nécessitera enfin une coordination territoriale entre Shengtai, les acteurs publics de l’emploi et les établissements de formation. Les besoins devront être détaillés par métier, niveau de qualification et phase de démarrage. La réussite de cet investissement de 2,29 milliards de dirhams dépendra ainsi autant de la construction du parc industriel que de la capacité à former, intégrer et fidéliser les 7 000 collaborateurs nécessaires à son fonctionnement.




