Le retour généralisé au bureau ne semble pas se profiler en Allemagne. Selon le rapport sectoriel publié en août 2026 par le Centre Leibniz pour la recherche économique européenne de Mannheim (ZEW), peu d’entreprises envisagent de restreindre leurs dispositifs de télétravail au cours des deux prochaines années. Les pratiques devraient rester proches de leur niveau actuel, avec toutefois d’importantes différences selon les secteurs et la taille des organisations.
Dans l’économie de l’information, qui regroupe notamment les entreprises des technologies de l’information et de la communication, les médias et les services à forte intensité de connaissances, 85 % des entreprises permettent actuellement à au moins une partie de leurs collaborateurs de travailler depuis leur domicile au minimum un jour par semaine. Près des deux tiers proposent des formules comprenant au moins deux jours de télétravail, tandis qu’environ la moitié autorisent trois jours ou davantage.
Cette diffusion contraste fortement avec la situation observée dans l’industrie manufacturière. Moins de la moitié des entreprises de ce secteur proposent au moins une journée hebdomadaire à distance. Seules 30 % permettent au moins deux jours de télétravail et 15 % offrent des formules comprenant trois jours ou plus. La nature des activités, souvent liée à la production, aux équipements et à une présence physique sur site, limite mécaniquement les possibilités d’organisation à distance.
Les projections pour juin 2028 montrent néanmoins une remarquable stabilité. Dans l’économie de l’information, les entreprises anticipent que 25 % du temps de travail total sera effectué à domicile, contre 24 % en juin 2026. Avant la pandémie de Covid-19, cette proportion ne dépassait pas 9 %. Le télétravail devrait ainsi conserver un niveau près de trois fois supérieur à celui constaté avant la crise sanitaire.
Dans l’industrie manufacturière, sa part devrait rester limitée à 5 % du temps de travail, soit le même niveau qu’en 2026, contre 3 % avant la pandémie. Le développement du travail à distance y apparaît donc plus modeste, sans pour autant connaître de recul.
La taille de l’entreprise constitue également un facteur déterminant. Parmi les organisations de l’économie de l’information comptant au moins 100 collaborateurs, 84 % prévoient de proposer en 2028 des modèles comprenant au minimum deux jours de télétravail par semaine. Cette proportion tombe à 61 % parmi les structures employant entre 5 et 19 personnes.
Le même écart apparaît pour les formules comprenant au moins trois journées à domicile : elles devraient être proposées par 68 % des grandes entreprises, contre 40 % des petites structures. Dans les organisations comptant au moins 100 collaborateurs, près d’un tiers du temps de travail est actuellement réalisé à distance. Cette proportion, estimée à 32 %, devrait rester inchangée en 2028. Elle n’atteignait que 11 % avant la pandémie.
Les résultats reposent sur l’enquête conjoncturelle menée par le ZEW en juin 2026 auprès d’environ 1 000 entreprises allemandes employant au moins cinq personnes. Les organisations ont été interrogées sur leurs pratiques actuelles et sur leurs prévisions à deux ans, selon plusieurs configurations allant d’une à cinq journées de télétravail par semaine.
Ces données suggèrent que le débat ne porte plus sur la disparition ou le maintien du télétravail, mais sur son intégration dans les politiques d’organisation. Dans les activités compatibles avec le travail à distance, le modèle hybride s’est stabilisé. Pour les directions des ressources humaines, l’enjeu consiste désormais à structurer cette pratique autour de règles claires, d’outils de management adaptés et d’un équilibre durable entre flexibilité, coordination des équipes et performance collective.




